Le beau visage de la démocratie

Je n’aurais jamais cru dire cela un jour, mais j’ai eu un sentiment de dégoût en lisant Maitre Eolas.

Pas la prose du « Maître » bien sûr, ce remarquable billet sur la manipulation de l’appel 2012 (si vous y encore échappé, lisez simplement le billet, si vous avez eu la tentation de signer, ou si vous avez signé, lisez encore plus le billet).

Non, c’est comme d’habitude, clair, factuel, humain sans être larmoyant, et ça remet bien les choses en place.

Ce qui est ahurissant, ce sont les commentaires. Bien sûr le sujet a attiré les tenants de l’appel, les partisans de la peine de mort, du tous en prison n’importe quand, du yakafaukon, k’on les zigouille, qu’on renvoie les bougnoules, et Marine au pouvoir.

D’habitude, j’évite.

Là j’ai lu.

Et je me dis que le principe de la démocratie, c’est de laisser avoir un impact sur ma vie, et sur la vie des gens que j’aime à ces cons, ces décervelés, ces gens méchants, hargneux, frustrés, dont le discours pue la haine, la bêtise, la frustration, l’alcoolisme héréditaire et la consanguinité dégenérescente.

Ça fait peur.

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Prêche musulman contre les attentats terroristes

Image de prévisualisation YouTube

La vidéo est assez longue, mais elle vaut le coup d’être écoutée. C’est in cinglant démenti à ceux qui prétendent que jamais les musulmans ne se prononcent contre les attentats terroristes. Cette vidéo a été filmée montre un prêche fait juste après l’attentat qui a détruit le café Argana à Marrakech.

Un peu de contexte : Rachid Abou Houdeyfa est imam dans une mosquée à Brest, et il manifestement un prêcheur connu dans la communauté musulmane française. On trouve de nombreuses vidéos de lui sur le net, il a un site web, une chaine YouTube.

Comme on peut le voir sur la vidéo, c’est un « vrai barbu ». Sur d’autres vidéos on le voit en dehors du prêche du vendredi, il ne porte pas alors de chêche, ni de djellabah « à la saoudienne » comme ici, mais il a toujours son système pileux et au moins un kamis (chemise longue). Continue reading

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Protégé : Veines de chair, veine de bois

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L’histoire de Pierrot qui criait au loup.

Comme les petits enfants sont trop jeunes pour apprendre que « l’honneur c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois », on leur inculque cette vérité première par d’autres moyens.

Moi on m’a raconté l’histoire de Pierrot qui criait au feu, ou au loup, alors qu’il n’y avait pas de danger, pour s’amuser. Alors les villageois se sont lassés, et n’y sont pas revenus, quand Pierrot était vraiment en danger. Et Pierrot est mort.

Pourquoi est-ce que j’y repense à propos de l’affaire DSK ?

Il y a les preuves, et les absences de preuves. Il y a ce qu’on raconte, et les preuves qu’on peut trouver pour valider ce qu’on raconte.

Le problème dans cette affaire, c’est que, comme dans beaucoup de cas de la même nature, c’est finalement du parole contre parole.

Alors oui, quand on joue à parole contre parole, il est important, il est essentiel de ne pas mentir. Nafissatou Diallo n’a pas seulement, comme le disent beaucoup de féministes, menti il y a longtemps, menti sur son passé, elle a surtout énormément menti pendant l’enquête. Au sujet des faits mêmes dont elle accusait DSK. Et cela dans un contexte où il n’y a pas de preuve matérielle probante. Continue reading

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Veines de chair, veines de bois

Une série de photos que j’avais faites avec Kali, une excellente photographe, qui pour une fois avait accepté de passer de l’autre côté de l’objectif. (Si vous êtes dans la région bordelaise et que vous avez besoin d’une photographe, prenez contact avec elle, c’est la reine des portraits !)
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Protégé : Le récit de Karyl – suite

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Protégé : Le récit de Karyl

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Avis de désordre passager

Il y a fort longtemps, j’ai complètement planté mon blog. Il me restait une vieille sauvegarde, et je sentais bien, j’intuitais, quelque part, au plus profond de mon vécu, que la réintégration de ces articles dont le plus récent datait de fin 2007, donc grosso modo d’une version de WordPress totalement différente, la 2.3 dans une petite 3.2.1 toute frétillante n’allait pas être simple.

J’avais raison !

L’essentiel est fait, les articles sont là. Pour des raisons qui m’échappent, un bon tiers a perdu son titre, les liens sont cassés… on va remettre tout ça en place.

Deux heures après, l’essentiel du ménage est fait. Je retiendrai les injures qui concernent les mélanges d’encodage dans une base, et le temps passé à corriger tout ça. Il doit rester quelques petits liens cassés, par ci, par là, et puis si vous tombez sur des caractères bizarres, prévenez moi.

Je rajouterai peu à peu des pages de l’ancien site, qui étaient en dehors du blog, et vous trouverez tout cela dans le menu du haut. Il y a déjà « Habiba » qui peut vous occuper un certain temps !

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Protégé : Le récit d’Irmin

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J’ai un très grand malaise

…. j’avoue que cette histoire de DSK – la New Yorkaise – ne m’a jamais parue crédible « en l’état », le mec qui saute à travers toute la chambre sur la femme de ménage, non ça ne passe pas. Elle aurait raconté qu’il aurait essayé au moins cinq minutes de la séduire, et que ça avait mal tourné – comme l’histoire parisienne – j’aurais pu imaginer la scène, mais là, malgré tout, non, ça ne passe pas. Pas « comme ça », pas « sans raison ».

En sens inverse, les révélations sur Nafissatou Diallo m’ont mise très mal à l’aise dans l’autre sens, parce que tout ce qu’on lui reprochait pour la transformer en quasi prostituée déliquante, tout cela, dans une culture plus africaine, moins américaine, ça passe sans problème et ça se fait tous les jours.

Mentir pour obtenir sa carte de séjour ? Combien l’ont fait, combien le feront ? Et, à sa place, combien d’entre nous le feraient ?

En posant la question autrement, qui n’a pas embelli son CV ? Menti pour échapper à une prune ? Et donc qui ne serait pas capable de faire bien pire pour arriver dans le saint des saints ? Emigration organisée ? Scénarios appris à l’avance et répétés jusqu’à être crédibles ? Rien de nouveau, rien d’inconnu, ça se passe tous les jours, c’est le quotidien de ceux qui trient les dossiers de demandes d’asile d’arriver à faire le tri, et bien sûr, il y en a qui passent à travers les mailles du filet.

Que son histoire d’alors porte sur le même registre de viol qu’aujourd’hui est très gênant pour elle, mais ne prouve rien.

Comme les histoires de téléphone, de versements sur son compte. Eh oui ça se passe comme ça dans l’émigration pauvre, on paye pour un tel, on reçoit de l’argent pour un autre. Donc en soi, elle peut avoir trouvé normal des faits en réalité délictueux, s’être faite avoir par son mec ou un membre de sa famille.

Tous ces « détails » étaient très gênants. Mais qui d’entre nous n’a pas des petits secrets dans sa vie qui accumulés par des personnes malveillantes, mis au jour, brosseraient de nous un portrait beaucoup plus noir qu’en réalité ?

Et puis elle a accepté une interview à la télé.

Et là quelque chose m’a profondément choquée. Quelque chose qui est en profond décalage avec le personnage qu’on nous a décrit d’une femme tranquille, effacée, pieuse, portant un voile (enfin cachant ses cheveux).

C’est que pour son interview, elle ne portait pas de voile. Et, pour démontrer ce que DSK lui aurait fait, elle a touché sa poitrine en imitant le geste.

Et les deux choses, même séparément, ça ne passe pas.

Il faut savoir d’abord que quand on porte sincèrement le voile, on ne le retire pas « comme ça », pour se faire belle à la télé, c’est une pratique de tous les jours, et on va le garder encore plus à la télé. Au « pire », mettre un turban, mais le garder.

Peut être ses avocats ont-ils fait pression, islamophobie rampante, 11 septembre, séduire les femmes noires, se fondre dans le cliché des minorités. Peut être s’est elle laissée faire.

Mais ce geste de toucher ses seins à pleine main, en public, non ça j’en suis certaine, le type de femme que l’on nous a décrit ne le ferait pas. On ne passe pas ainsi « sous la pression de ses avocats » par dessus 30 années de conditionnement culturel et religieux.

Ce soir j’ai acquis la certitude que Nafissatou Diallo n’est plus depuis longtemps la femme qui a été élevée en Guinée, celle qu’elle serait toujours restée au milieu de la grande ville.

(Et puis en plus, quand on voit cette grande femme vigoureuse…. beaucoup plus grande que DSK, euh là non plus, maintenant que je vois je n’y crois pas)

Personne ne saura jamais ce qui s’est réellement passé dans cette chambre d’hôtel. Du pire des scénarios, celui du piège à l’autre pire d’un viol, personne ne saura jamais la réalité. Mais avec ce que j’ai vu ce soir, je suis maintenant intimement convaincue que Nafissatou Diallo ment au moins sur qui elle est.

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Peut-on faire un procès en 140 caractères ?

Il y a quelque chose de paradoxal à lire toutes les remontrances sur les prises de positions sur l’affaire Strauss-Kahn. Il faudrait réussir l’impossible conjugaison du respect de la présomption d’innocence, du respect de la présomption de véracité chez la victime, du respect de la famille des uns, des autres, de la vie privée, de l’honneur de tous, ne pas juger avant les juges, mais avoir une opinion, inattaquable, et tant qu’à faire juste.

Or une enquête, un procès se justifient par le fait même qu’il y a toujours, et dans les deux sens, doute. Sinon à quoi bon ? On enregistrerait toutes les plaintes, en disant « merci beaucoup, vous dites qu’il vous a fait ça, hop il écope de 15 ans » (six mois, à vie, castration chimique, amende, remplacez par ce que vous voulez).
Douter, vérifier, avérer, prouver, questionner… tous ces mots sont l’essence d’un processus qui permet de respecter en même temps les droits du plaignant, de l’accusé, de la société, et d’arriver à une décision aussi juste que possible.

On peut questionner la réalité d’un témoignage sans insulter la personne qui l’exprime, sans la mépriser. Et plus particulièrement quand elle est personnellement impliquée, et de façon aussi émotivement violente que dans le cas présent.
Pourquoi pas ? Des expériences répétées montrent la fragilité du témoignage direct. La perception sélective, la déformation rapide, les contre vérités même qui peuvent être rapportées par des témoins d’un événement même quelques minutes après qu’il soit survenu rendent nécessaires les preuves matérielles.

De plus, ici, on est dans un système américain, assez différent du notre, et où la communication est encore plus importante. Les différentes versions de la plainte ont tellement évolué sur les deux ou trois premiers jours, l’identité de la plaignante, l’heure de l’attentat, le déroulement de l’affaire, tout ceci a changé régulièrement. On peut douter de certains points, surtout quand ils ont ensuite été infirmés.
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Le voile et le viol

On a parfois des illuminations, comme ça, au saut du lit. La mienne a été de comprendre que toute la « problématique » du voile tournait autour du viol, et je suis désolée de cet apparentement lacanien à la noix entre les deux mots.

Le voile, la maman et la putain

A la base, en Islam, le voile est une protection, une différenciation visuelle entre les femmes « de bonnes mœurs », les musulmanes, en l’occurrence, les femmes libres, et d’autre part, les esclaves, les femmes de « mauvaise vie », celles qui se promènent les seins à l’air, en très gros, et qu’on a le droit d’utiliser. Une musulmane doit se couvrir pour ne pas être confondue avec celles dont on peut user. Dans les temps troublés des commencements de l’Islam, c’est une protection, et une valorisation.

Mais c’est en même temps quelque chose de très pervers : cela désigne a contrario toute femme non voilée comme utilisable et abusable à volonté. C’est le sens de la formule utilisée par je ne sais plus quel cheikh saoudien, qui disait grosso modo que quand la viande était étalée, le chat se servait. Tous les musulmans ne raisonnent pas comme cela, loin de là, mais c’est une réalité : la femme musulmane qui choisit de ne pas se voiler est souvent déconsidérée (et je vous traduirai bientôt un article d’Organica là dessus).

La visibilité du voile induit automatiquement un classement, une analyse « celle là suit sa religion, celle là pas, celle là est vertueuse, celle là pas », qui est beaucoup moins forte pour les hommes, le port de la djellabah et de la barbe ne relevant pas d’un commandement de Dieu, mais simplement de la sunna, de l’imitation dans ses moindres gestes de ce que faisait le prophète. Elle est aussi un processus de renforcement, une façon de se prouver sa propre vertu, soit en le portant, soit en étant marié avec une femme qui le porte, alors que – tous les musulmans sont d’accord – il y a des choses nettement plus essentielles à observer.

Le voile c’est sexuel

Pour résumer, le voile doit être porté par une femme devant tout homme avec lequel un mariage – et donc une relation sexuelle – serait possible. Les hommes qui ne peuvent pas l’épouser, du fait des lois de l’Islam sont autorisés à la voir « en cheveux ». Là dessus se rajoutent les particularités locales. Je ne parlerai que de celles que je connais un peu …. au sud du Maroc, les femmes restent avec un foulard sur la tête en toute circonstance, ne l’enlevant que le soir, dans l’intimité de la chambre. Parce que notamment, il peut toujours y avoir un homme qui entre, les femmes ne sont pas enfermées dans un gynécée. D’autres, plus généralement en ville, porte le voile à l’extérieur, l’enlèvent à l’intérieur entre femmes, tout en ayant toujours sous la main une étoffe qu’elles peuvent poser sur leur tête au cas où. Mais dans ma belle famille, il y a beaucoup de femmes dont je n’ai jamais vu les cheveux. Cheveux qui justement dans la culture locale ont un poids érotique très fort.
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J’étais une intégriste – 2

La suite de l’article traduit hier, toujours par Organica. Encore plus intéressant à mon avis, parce que, à travers les réponses aux différents commentaires sur son premier article, elle démonte beaucoup d’idées fausses sur les femmes qui portent le niqab (et c’est là où je voulais en venir en publiant cette traduction), et elle montre que cet intégrisme peut s’inscrire dans une évolution … sans doute beaucoup plus facilement si on ne renforce par la personne dans une posture de martyre, en lui interdisant par exemple de porter le niqab pour la « libérer ».
Voilà la traduction :

J’ai prévu de répondre à chacun de vos commentaires, de vos mails, qui posent des questions comme « qui vous avait lavé le cerveau » ? « que pensez vous maintenant ? » etc.
D’abord, tout ce que j’ai listé comme « extrémiste » [j'ai traduit intégriste] ne l’est pas obligatoirement à mes yeux. J’essayais de me décrire le mieux possible pour vous, les lecteurs. Je n’ai jamais prétendu que baisser les yeux n’était pas islamique, ou était extrémiste, mais je vous expliquais ce que cela signifiait pour moi, à l’époque, baisser les yeux. Je n’essaye pas de vous donner des règles, ou de juger quiconque qui est comme mon ancien moi. Mon point est le suivant : la foi poussée à l’extrême est un phénomène qui existe, et qui est répandu dans nos communautés. Je partage simplement le voyage qu’une musulmane a fait du l’Islam extrême à l’Islam modéré, une musulmane qui continue à chercher et à apprendre chaque jour.

Deuxièmement, sentez vous libre de me juger. C’est volontairement que je rends mon expérience publique, pour que vous puissiez analyser, critiquer et réfléchir.

La question la plus répandue « Qui vous a lavé le cerveau, Organica ? »

Personne ne m’a lavé le cerveau, du moins au début. Comme avec tout, quand vous commencez quelque chose, vous vous jetez dedans avec intensité, jusqu’à ce que vous atteigniez la modération. Cela se produit souvent avec les convertis et ceux qui retournent vers la religion — mon cas.
J’étais jeune. Peut être 16 ans ? Encore au lycée, il me manquait pas mal de choses, la maturité, une éducation, des modèles positifs, et la connaissance. Une jeune fille, étudiant toute seule sa religion, avec tant de manques dans beaucoup de domaine, peut facilement arriver aux conclusions étranges que j’ai données dans mon précédent article.
La plupart de mes conclusions étaient basées sur une fatwa que j’avais lue et suivi aveuglément. Aucune autre opinion ne pouvait être tolérée, encore moins acceptée. Et plus ces sentiments (L’Iman [la Foi]) m’émouvaient, plus je voulais être stricte. Par exemple, une femme devrait passer de vêtements européens avec un foulard, à une djellabah avec un foulard, puis à un niquab en couleurs, pour arriver au vêtement entièrement noir couvrant le visage, les yeux et les mains. Vous pouviez soudainement arrêter ce que vous aviez l’habitude de faire, parce que c’était haraam (interdit). Le changement soudain, c’est ce qui cause le burn out. Vous changez d’un seul coup tout ce que vous connaissiez pour quelque chose de nouveau et de strict – et dans mon cas, en suivant aveuglément et sans questionnement (très commun).
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« J’étais une intégriste »

Pour alimenter la réflexion sur le voile, le niqab, la burqua, la laïcité, l’intégrisme, le pop-corn, la jupe, les quartiers, la liberté de pensée, tout ça, tout ça, j’ai décidé de publier ici la traduction d’articles d’un blog en anglais, celui d’Organica qui est une des figures de la blogosphère féministe musulmane anglophone. Son pseudo d’abord, Organica, anciennement Organic Muslimah peut se traduire par « intrinsèquement, naturellement musulmane ».

Pour la présenter rapidement, Organica est une américaine d’origine égyptienne. Élevée entre deux mondes, deux cultures, elle a trouvé son équilibre entre les deux. Elle est éducatrice (cette année je crois dans une institution pour enfants autistes, l’année dernière c’était dans une institution « en zone sensible », elle étudie et finance ses études par son travail. Elle est aussi une excellente photographe, elle a un superbe sens des couleurs, elle aime les fleurs, le jardinage, la cuisine (malgré un besoin de faire des régimes de temps en temps), elle a une famille nombreuse et – parfois – envahissante, elle porte de nombreux foulards, et juste avant la promotion de la loi anti-burqa, sa photo de profil montrait une jeune femme assez star, avec d’énormes lunettes de soleil, un foulard bleu turquoise, et un énorme sourire.
Elle a un petit chien (trop petit pour mon goût, mais avant c’était un chat comme je les adore), une voiture qu’elle conduit de façon intrépide, il semble qu’elle ait eu un fiancé, mais elle n’en parle plus, des problèmes de budget, bref c’est quelqu’un d’absolument normal, que j’aimerais bien rencontrer en chair et en os.

Son blog n’est pas très apprécié dans certaines sphères « musulmanes bien pensantes », où on l’accuse de trop frayer avec les non musulmans, et de plein d’autres choses, que ma connaissance imparfaite de la religion musulmane ne me permet pas de qualifier. Pour moi cela a été un espace de discussion et de découvertes, un des tout premier blogs musulmans que j’ai lu régulièrement quand j’ai commencé à m’intéresser à l’Islam. A l’époque, on y parlait beaucoup de polygamie, quelque chose que je cherchais à comprendre. J’y ai beaucoup lu, j’y ai aussi posé des questions, exprimé ma surprise ou mon incompréhension, et c’est un endroit où je me suis toujours sentie bien. Une des choses que j’apprécie chez Organica, c’est sa clarté sur ce qu’elle croit, ce qu’elle considère comme bien pour elle, et quelles sont ses priorités dans la vie.

Et pourtant, alors que sa mère ne porte même pas le plus petit foulard, Organica a été, pendant une époque, une intégriste. Une fondamentaliste. Une niqabi. Avec son accord, je vais donc vous traduire un certain nombre d’articles, en commençant par ceux où elle raconte son évolution, ceux qui m’ont fait commencer à remettre en question ma conception d’alors sur le niqab, ceux qui m’ont fait comprendre qu’on ne peut jamais forcer quelqu’un à changer sa pensée, et que ce n’est pas l’habit qui compte, mais l’échange.

Cet article date d’environ cinq ans. Organica semble l’avoir retiré de son blog, mais elle m’a envoyé le texte en anglais, pour que je puisse traduire.

J’étais une intégriste

Je couvrais mon visage en permanence. Je me sentais coupable quand un collègue du sexe opposé me parlait, pour une raison quelconque. Je croyais que, parce que j’étais une musulmane, Allah m’avait faite « moins » qu’un homme. Mon seul chemin pour entrer au paradis était d’obéir à mon Mahram1 masculin, en espérant qu’il ne se retourne pas contre moi un jour en me rejetant en enfer. Je croyais que moi, une femme, je ne devais pas sortir de la maison — jamais ! Je croyais que j’étais trop fragile pour pouvoir faire quoi que ce soit sans un homme. Je n’étais pas aussi intelligente que les hommes. Je croyais que je devais baisser la tête, pour éviter les regards des hommes, et voiler ma face. Baisser la tête, par respect et par soumission. Après tout, j’étais le sexe faible, le maillon faible.
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Ne même plus être un souvenir…

Le portrait d’une personne a sa propre vie. Les morts survivent par le souvenir qu’on a d’eux. J’ai toujours trouvé émouvantes et tristes ces photos totalement anonymes, albums abandonnés, histoires à décrypter dont on a perdu la clé. Dans les brocantes, on trouve de vieilles photos, des sourires, des familles dont on ne saura jamais rien, des jeunes femmes qui posent dans leur plus belle robe, ont-elles trouvé un mari ? des soldats fiers dans un uniforme monochrome, ont-ils survécu l’enfer des grandes guerres ? des enfants bouclés et dodus, dont on ignorera toujours ce qu’ils sont devenus…. tant d’histoires aussi définitivement impossibles à connaître que des langages trop anciens, trop parcellaires pour qu’ils puissent être déchiffrés.

Celui qui fait un portrait, celui qui l’imprime, qui le garde dans son portefeuille, ou qui l’accroche au mur dans un beau cadre, tous partagent le même souhait, donner un point d’appui au souvenir, sauvegarder l’image de un tel qui a fait tant de choses bonnes, admirables, gentilles, qui a donné de l’amour à une femme, un homme, une famille.

Je me souviens d’une nouvelle ‘de je ne sais plus qui’ (souvenirs imparfaits) où des fantômes se retrouvaient dans une vieille maison, avant de disparaître, au petit matin, parce que la dernière personne qui se souvenait encore d’eux venait de mourir. Je cherche à fixer les traces de ceux qui passent, et mes obsessions conjuguées de la photo, de l’histoire, de la généalogie viennent sans doute en partie de ce texte. Peut être que je partage inconsciemment un peu de l’animisme de ceux qui croyaient perdre leur âme quand ils se faisaient prendre en photo ? On ne maltraite pas un portrait, on ne jette pas une photo. Il y a là un manque de respect qui me choque…

A un mois d’intervalle, trois images, trouvées chez Embruns :
au lendemain du tremblement de terre au Japon, Exposures

Photographie Lee Jae-Won/Reuters

et

Photographie Mark Baker/AP Photo

et « Sauvetage de mémoire« , un mois après

Photographie Toru Hanai/Reuters, source The Big Picture

Des gestes qui peuvent sembler dérisoires face aux « vrais urgences » sont aussi très nécessaires.

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