…. j’avoue que cette histoire de DSK – la New Yorkaise – ne m’a jamais parue crédible « en l’état », le mec qui saute à travers toute la chambre sur la femme de ménage, non ça ne passe pas. Elle aurait raconté qu’il aurait essayé au moins cinq minutes de la séduire, et que ça avait mal tourné – comme l’histoire parisienne – j’aurais pu imaginer la scène, mais là, malgré tout, non, ça ne passe pas. Pas « comme ça », pas « sans raison ».
En sens inverse, les révélations sur Nafissatou Diallo m’ont mise très mal à l’aise dans l’autre sens, parce que tout ce qu’on lui reprochait pour la transformer en quasi prostituée déliquante, tout cela, dans une culture plus africaine, moins américaine, ça passe sans problème et ça se fait tous les jours.
Mentir pour obtenir sa carte de séjour ? Combien l’ont fait, combien le feront ? Et, à sa place, combien d’entre nous le feraient ?
En posant la question autrement, qui n’a pas embelli son CV ? Menti pour échapper à une prune ? Et donc qui ne serait pas capable de faire bien pire pour arriver dans le saint des saints ? Emigration organisée ? Scénarios appris à l’avance et répétés jusqu’à être crédibles ? Rien de nouveau, rien d’inconnu, ça se passe tous les jours, c’est le quotidien de ceux qui trient les dossiers de demandes d’asile d’arriver à faire le tri, et bien sûr, il y en a qui passent à travers les mailles du filet.
Que son histoire d’alors porte sur le même registre de viol qu’aujourd’hui est très gênant pour elle, mais ne prouve rien.
Comme les histoires de téléphone, de versements sur son compte. Eh oui ça se passe comme ça dans l’émigration pauvre, on paye pour un tel, on reçoit de l’argent pour un autre. Donc en soi, elle peut avoir trouvé normal des faits en réalité délictueux, s’être faite avoir par son mec ou un membre de sa famille.
Tous ces « détails » étaient très gênants. Mais qui d’entre nous n’a pas des petits secrets dans sa vie qui accumulés par des personnes malveillantes, mis au jour, brosseraient de nous un portrait beaucoup plus noir qu’en réalité ?
Et puis elle a accepté une interview à la télé.
Et là quelque chose m’a profondément choquée. Quelque chose qui est en profond décalage avec le personnage qu’on nous a décrit d’une femme tranquille, effacée, pieuse, portant un voile (enfin cachant ses cheveux).
C’est que pour son interview, elle ne portait pas de voile. Et, pour démontrer ce que DSK lui aurait fait, elle a touché sa poitrine en imitant le geste.
Et les deux choses, même séparément, ça ne passe pas.
Il faut savoir d’abord que quand on porte sincèrement le voile, on ne le retire pas « comme ça », pour se faire belle à la télé, c’est une pratique de tous les jours, et on va le garder encore plus à la télé. Au « pire », mettre un turban, mais le garder.
Peut être ses avocats ont-ils fait pression, islamophobie rampante, 11 septembre, séduire les femmes noires, se fondre dans le cliché des minorités. Peut être s’est elle laissée faire.
Mais ce geste de toucher ses seins à pleine main, en public, non ça j’en suis certaine, le type de femme que l’on nous a décrit ne le ferait pas. On ne passe pas ainsi « sous la pression de ses avocats » par dessus 30 années de conditionnement culturel et religieux.
Ce soir j’ai acquis la certitude que Nafissatou Diallo n’est plus depuis longtemps la femme qui a été élevée en Guinée, celle qu’elle serait toujours restée au milieu de la grande ville.
(Et puis en plus, quand on voit cette grande femme vigoureuse…. beaucoup plus grande que DSK, euh là non plus, maintenant que je vois je n’y crois pas)
Personne ne saura jamais ce qui s’est réellement passé dans cette chambre d’hôtel. Du pire des scénarios, celui du piège à l’autre pire d’un viol, personne ne saura jamais la réalité. Mais avec ce que j’ai vu ce soir, je suis maintenant intimement convaincue que Nafissatou Diallo ment au moins sur qui elle est.