Aveuglement samedi 12 janvier 2008 à 20:23
Publié par Marie-Aude in : Le reste... , rétrolienQuand j’étais toute petiote, j’avais un œil qui avait décidé de s’arrêter de travailler. J’ai donc passé la petite enfance avec les séances de gymnastique oculaire, et régulièrement un cache sur l’œil qui fonctionne bien, pour forcer l’autre à se réveiller.
Sans plus d’effet que les surnoms sympa à l’école, et une paresse définitive de l’oeil droit, qui fait que je vois en deux dimensions. Chose un peu étrange pour un photographe, finalement, je vois tout plat comme une photo.
J’en gardais sans doute une fascination pour les romans d’enfant qui parlaient d’aveugles, souvent miraculeusement guéris par les progrès de la science, et je me souviens notamment de l’histoire d’une petite gitane, dans la bibliothèque Rouge et Or, qui devenait aveugle suite à une chute. Celui qui l’avait bousculée, perclus de remords, devenait son ami, la faisait soigner, opérer… bingo, miracle et happy end.
L’histoire d’Helen Keller aussi me fascinait.
C’est grâce à elle que, très jeune, j’ai compris la convention du langage, le miracle de la représentation de la chose, plus encore de l’action, par un symbole. Car finalement, faire un équivalent entre un signe et une chose, c’est presque facile, on les met côte à côte, et puis voilà. Mais symboliser par exemple “penser”, “mentir”….
Et puis d’une façon générale, je me suis toujours demandé ce qui se passerait si mon bon oeil s’arrêtait de travailler. Un ophtalmo m’avait rassurée, l’autre se remettrait à la tâche au bout de deux à trois semaines.
Tout ça pour dire que jeudi soir très tard, après une trop longue nuit de travail, d’un seul coup, je ne supportais plus la lumière, les yeux gonflés et larmoyants, et douloureux au point que c’était difficile d’enlever les lentilles. Ce genre de choses m’est déjà arrivé… mais jamais aussi longtemps. Toute la journée de vendredi a été passée les yeux fermés, avec le masque, pour éviter l’agression lumineuse. Et le soir, même les lampadaires ou les signes lumineux visibles par les fenêtres faisaient mal.
Une nuit passée à tricoter du cerveau, “et si ça ne se remet pas en place, et si le gonflement de l’oeil a abimé le nerf, et si, et si…” et puis d’avance l’angoisse d’aller au service d’urgence, d’expliquer tout ça en allemand, d’être soumise à leurs examens plus que trop précautionneux où il va y en avoir pour une semaine au moins alors que je devais partir au Maroc mardi (et que mon petit doigt me dit que la pression c’est pas trop bon sur un oeil gonflé).
Ce matin, ça allait déjà mieux. Je sentais encore quelque chose, mais je pouvais au moins voir normalement, la lumière ne me faisait plus mal. Peu à peu tout est rentré dans l’ordre. J’ai pu regarder les numéros de téléphone sur mon portable et appeler les copains, lire mes mails et répondre que j’allais répondre dans quelques temps (en bénissant ma capacité à taper sans regarder le clavier), manger normalement (parce que c’est vrai que manger proprement sans voir c’est pas évident)… et me dire que décidément à choisir entre être sourde et aveugle… eh bé jé sais pas !



Commentaires»
Une journée supplémentaire ou deux à ménager ses yeux, ça n’aurait peut-être pas été un luxe !
Oui mais après c’est le choix entre “je me fais du bien parce que je suis raisonnable” et “je m’ennuie trop” :)
Mais je me ménage quand même !
Si tu n’es pas raisonnable tu t’ennuieras plus encore.
Signé le gronchon sentencieux.