Quand l’histoire se répète avril 30 2010
Publié par Marie-Aude in : Mékisonkon , 4commentairesIl y a des moments où le découragement devant la marée d’imbécilité, de haine, de poujadisme, de vite fait mal pensé, de grands effets de manches facile, de préjugés annoncés comme vérité d’évangile pousse à se demander si cela sert encore à quelque chose de parler, d’essayer de réfléchir, de raisonner, et si « l’action citoyenne » a encore un sens devant la médiatisation facile de bas étage qui fait vendre et oublier les vrais problèmes.
Je viens d’entendre sur RTL Muriel Gremillet, une femme, de gauche (engagée chez Montebourg), aller si loin dans le rejet de la burqua, qu’elle demandait que la loi interdise que « personne ne se balade avec des gants pour aller faire des courses ».
Même en hiver ?
La même reprend le cliché qu’une femme intégralement voilée serait obligatoirement forcée à le faire. Obligatoirement oppressée (rappelons que les voilées intégrales sont le plus souvent des converties, saisies du zèle excessif des converties…), donc hors de son bon sens, avec une voix qu’on ne peut plus accepter d’entendre.
Quoi qu’il en soit….
J’ai discuté récemment de tout cela avec des amis allemands. J’ai entendu « si ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à partir ».
Et le twit de mon ami Al Kanz, de plus en plus de musulmans pensent à quitter la France. Ca fera plaisir à bcp, hein :)
La dernière fois qu’on a réussi à bouter une minorité religieuse hors de France, c’était en 1740, révocation de l’Edit de Nantes. On était super contents d’être entre bons catholiques, d’avoir chassé le parpaillot.
Oui mais voilà, le parpaillot, il avait un côté industrieux, commerçant, que la noblesse française ne se permettait pas. Il inventait, il manufacturait. Il a fait l’industrie allemande, qui a l’exception de l’Airbus, nous a toujours taillé des croupières. On est resté avec nos fromages, notre pinard et nos tapisseries d’Aubusson.
Oui, si on continue comme ça, de nombreux musulmans quitteront la France. Ceux qui ont les moyens de le faire, d’aller ailleurs, donc ceux qui ont réussi, qui ont un métier, des revenus, en clair, ceux qui bouffent l’air des bons français parce qu’ils réussissent chez nous.
Chez nous ? Je ne me sens plus vraiment partie prenante de ce « nous ».
Enfin, j’espère qu’on ne m’interdira pas de faire les courses en gants.
J’espère qu’on n’interdira pas les gants à tous les phobiques du microbe qui ne supportent pas de toucher une rampe dans le métro.
Et pour finir sur le sujet, avant de retourner dans mon silence désemparé, je vous recopie un commentaire que j’ai laissé chez Embruns :
J’espère que tous ceux qui veulent interdire la burqua au nom d’une culture islamique qui oppresse la femme se positionneront autant pour interdire le port du sari, emblématique d’une culture hindoue qui tue les petites filles à la naissance (ou du nouvel an chinois, pour les mêmes motifs), tuer un bébé pour son sexe et sans même qu’il ait la possibilité de se sauver et de demander l’asile politique en France terre des droits de l’homme, me semblant quand même nettement plus oppresseur que tout les excès auxquels peuvent se livrer un certain nombre de dingues extrémistes et de pauvres gens illetrés et donc incapables de se révolter contre le bourrage de crâne qu’on leur fait. (et comment leur en vouloir quand on voit comment le bon peuple français marche comme un seul homme derrière les envolées poujadistes de son président chéri).
J’espère que les mêmes tenants de la libération de la femme, si ils ont un poste de responsabilité dans leur entreprise, peuvent certifier qu’aucune femme, chez eux, n’est payée 25% de moins qu’un homme à travail égal, et que le pourcentage de cadre dirigeants femmes épouse fidèlement celui de la population française, soit légèrement au dessus de 50%
J’espère que les mêmes tenants de nos valeurs judéo chrétiennes demandent l’exclusion des chrétiens convaincus, en effet, cette religion qui laisse exciser les petites filles (En Egypte, les Copte, qui sont chrétiens, excisent tout autant que les musulmans, sinon plus), et dont certains membres se permettent de tuer au nom du droit de la vie.
J’espère que ceux qui sont pour l’interdiction du voile intégral manifesteront avec la même vigueur contre le port de la perruque pour les femmes. En effet, cette pratique que suivent les juives pratiquantes traditionalistes, est exemplaire d’une religion en désaccord avec nos principes: chaque matin le juif religieux remercie dieu de ne pas l’avoir fait femme, cet être imparfait qui n’est même pas capable de suivre les commandements de Dieu. Et le juif religieux qui suit les préceptes de la pureté familiale doit laisser sa femme malade se démerder toute seule, et ne la toucher sous aucun prétexte quand elle a ses règles, même simplement pour l’aider à se lever. Car la femme est importe, et inférieure à l’homme.
Bref, quoi qu’on puisse penser d’une religion, et de ceux qui la suivent, il est inadmissible qu’un état soi disant laïc se propose de légiférer au cas par cas et CONTRE une religion, et pas contre un fait. Il est inadmissible qu’un ministre commette un délit en diffusant sur twitter des faits qui devaient rester confidentiels, juste pour remuer un peu le populo contre le vilain musulman. Il est à la fois triste à pleurer et ridicule que ce soit un ministre vivant actuellement en concubinage et dont l’ex femme a étalé les nombreuses aventures, qui soit chargé d’accuser de polygamie un homme qui légalement n’est marié qu’une seule fois.
La laicité n’a jamais été contre “une” seule religion. Elle est contre toute manifestation religieuse dans le cadre des fonctions étatiques, ou dans la manifestation d’un pouvoir émanant d’un fonctionnaire. Elle s’interdit de régir ce que doivent penser les gens, comment ils doivent s’habiller, tant qu’ils ne contreviennent pas à une loi existante. Et elle ne cherche pas toutes les cinq minutes à inventer une loi innaplicable pour pouvoir “cacher ce musulman qu’on ne saurait voir”.
Les étranges idées du chef de l’Etat. janvier 19 2010
Publié par Marie-Aude in : Mékisonkon , ajouter un commetaireSuis la seule que l’idée de mettre Alain Jupé à la tête de la Cour des Comptes fait doucement rigoler ? Rappelez-mois pourquoi il a été jugé ?
L’identité nationale novembre 27 2009
Publié par Marie-Aude in : Mékisonkon , ajouter un commetaireA ma grande flemme de ressortir une vieille sauvegarde de ce blog, et un article sur tous ces étrangers qui sont des gloires française se rajoutait une lassitude, ce débat m’énerve et me hérisse, mais en même temps, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif (vieux proverbe français), ni dire des choses intelligentes à Eric Raoult.
Heureusement, les citations me sauvent.
Celle ci, sortie d’un « site blog » un peu atypique, celui de Louis-Jean Calvet, un linguiste qui titille avec beaucoup plus de talent que moi les mêmes zones d’intérêt, et que j’ai découvert en flânant chez Jean Véronis (qui se fait rare, d’ailleurs).
Alors je cite, avec plaisir et sans vergogne.
Le débat sur l’identité nationale me hérisse le poil, non pas en tant que tel mais par la façon dont, et les raisons pour lesquelles, il a été lancé. Pourtant, lorsqu’on se promène entre les langues, lorsqu’on butine, comme j’aime à le faire, des différences sémantiques, on récolte des points de vue différents qui peuvent éclairer le débat. Pour faire simple, tenons nous-en au français et à l’anglais. Dans la première langue on est de quelque part, dans la seconde on belong to somewhere. La structure française permet, en passant, de régler définitivement la vieille série de questions (Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ?) : je suis moi, je viens de chez moi, je retourne chez moi…. Mais restons sérieux : entre être de quelque part et to belong to somewhere il y a plus qu’une nuance, il y a toute la différence entre identité et appartenance, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Justement, Michel Serres, dans Libération de jeudi dernier, proposait de distinguer, à la lumière des mathématiques, entre ces deux notions: a est a, c’est une identité, a est inclus dans l’ensemble X, c’est une appartenance. Or, poursuit Serres, confondre les deux conduit non seulement à une erreur logique mais au racisme. Tout individu est lui-même, et n’est que lui-même, mais il peut avoir plusieurs appartenances. Suis-je Français ? Méditerranéen ? Français de Tunisie ? Linguiste ? Guitariste du dimanche ? Ecrivain ? Je suis tout cela à la fois, et d’autres choses encore, j’ai plusieurs appartenances, qui constituent peut-être mon identité. Et, dès lors, le syntagme identité nationale confond deux choses, une identité (un individu) et une appartenance (ici nationale) parmi d’autres. C’était juste une modeste contribution à l’éducation de monsieur Besson. Mais il est vrai que pour lui ses appartenances successives peuvent lui poser des problèmes d’identité.
Que ça ne vous empêche pas de partir à la pêche de toute ce qui se trouve d’intéressant disséminé dans son site.
Il n’y manque qu’une chose, un petit fil rss.