aller à la navigation

La vraie Habiba mercredi 16 janvier 2008 à 09:32

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentaires

Il n’y a pas “une” vraie Habiba, et, comme de juste, “toute ressemblance, etc…”, les prénoms, les circonstances ont été changés.

Il y a pourtant, dans une banlieue lilloise, une femme, rencontrée il y a quelques années, qui n’arrivait pas à cacher derrière le sourire poli de façade, la profondeur de sa tristesse.

On m’a expliqué pourquoi, et les premières phrases d’Habiba sont venues sous ma plume (enfin mon clavier). L’imagination a fait le reste.

A un moment, je me suis arrêtée dans cette histoire, je ne savais pas pourquoi, les chemins étaient pourtant tout tracés, mais je n’arrivais pas à les écrire.

Tout c’est débloqué cet été, quand j’ai revu la “vraie Habiba”. (more…)

Habiba - 28 mercredi 16 janvier 2008 à 09:30

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 1 commentaire seulement

Zoubida redescendait de sa chambre à ce moment-là. Avec méchanceté, avec rancœur elle a jeté à son frère “Tu vois, Leïla, elle comprend les choses, elle, elle ne détruit pas tout autour d’elle sous prétexte qu’elle a un truc en plus …. Tu parles, c’est un cerveau en moins que tu as.
- Mais oui, mais je sais bien que tu étais d’accord, c’était la plus belle bêtise que tu faisais, tu ne te rends pas compte, tu gâchais tout, enfin, on n’est plus au pays, tu n’as pas besoin de faire ça.
- Et tu voulais que je fasse quoi ? Comme Malika ? Que je me sauve ? Tu sais très bien qu’il n’aurait jamais voulu. Il ne comprend pas ces trucs là, il a rendu Maman malheureuse toute sa vie. Adnan au moins il ne mentait pas.
- Ah bon ? Epouser une fille et en aimer une autre, c’est pas mentir ?
- A son père, peut-être, pas à moi !
- Et au Dieu ? Le mariage, c’est pas un moyen de se sauver de son père.
- Le Dieu, si il ne veut pas qu’on fasse ça, il n’a qu’à s’occuper de nos pères. Et puis toi, tu te prends pour qui, à te mêler de tout ça ? Tu te prends pour mon père ?
- Non je me prends pour ton frère. Papa il s’en fout de ce qui t’arrive, du moment qu’il t’a donnée vierge et que ça ne lui fait pas de souci. Mais moi je sais par quoi tu vas passer après, ça va te détruire. Toutes les filles elles cherchent à les éviter, ces mariages-là, et toi tu construis ta prison toi-même.
- Ma prison, n’importe quoi, pas de prison, Adnan et moi on était clairs, on était d’accord. Qu’est-ce que tu imagines ? Qu’il avait envie de me toucher ? Trop occupé avec sa copine. Le sang de poulet c’est pas fait seulement pour les filles qui ont couché. Nous aussi on aurait montré les draps, le lendemain. T’es vraiment idiot, t’as rien compris.” (more…)

Habiba - 27 mardi 15 janvier 2008 à 09:30

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaire

C’est Hassan, mon ombrageux silencieux, qui a découvert le secret d’Adnan, et j’ai cru revivre mon déchirement, des années auparavant, il avait la même expression que mon frère, le soir où il est rentré de Marrakech.
Pendant que ma fille suivait ses cours, loin, Adnan sortait avec une autre fille. Une française.
Alors qu’il était fiancé, il la trahissait déjà !

Comme mon Aziz était fou de rage, comme il se fâchait pour défendre l’honneur de sa fille et interdire qu’on la trompe, comme il frappait du poing sur la table et élevait la voix, à la mesure de ses espoirs déçus. Une fille sauvée, une fille abandonnée, non il n’avait vraiment pas de chance, mais au moins, cette fois-ci, il pouvait s’en prendre à un autre. (more…)

Habiba - 26 lundi 14 janvier 2008 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentaires

Il y avait des choses qu’on évitait de dire, des phrases un instant suspendues, comme des murmures qui se détournaient. Il ne fallait surtout pas parler de ce qui pouvait fâcher, et même si je voyais bien que tous les enfants y pensaient, je voulais surtout recréer une paix familiale, et profiter de ce moment où Aziz était heureux, où je retrouvais enfin la fébrilité des femmes de mon enfance, en préparant le mariage.

On ne ferait pas tout comme là-bas, ce ne serait pas possible bien sûr. Mais quand même, on mettrait nos plus beaux caftans, nos takchitas, ces surcots de gaze brodées, nos babouches dorées, et nos bijoux massifs. On ferait du couscous, on demanderait au boucher de nous réserver un bœuf, et un mouton, et des poulets. Une semaine avant le mariage, toutes les femmes se mettraient à cuisiner, tous ces petits gâteaux si vite avalés et si long à faire. (more…)

Habiba - 25 lundi 31 décembre 2007 à 09:15

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentaires

Aziz a décidé de renvoyer Zoubida au Maroc. Tout de suite, pour qu’elle ne fasse pas comme sa soeur, pour qu’elle ne se sauve pas. Une fois là-bas, au bled, elle serait en sécurité, il n’y aurait pas d’aroumin pour lui tourner la tête, et elle pourrait prendre le temps de se trouver un bon mari.

Mais c’était déjà trop tard. Ma Zoubida aussi avait la tête tournée. Et pire encore, mais ça je ne le savais pas encore. Elle a rusé, comme une marrakchia.

Quand son père lui a dit de faire ses bagages parce que le lendemain ils retournaient au pays, elle lui a répondu que ce n’était pas la peine, elle, elle voulait se marier ici, et avec le fils du boucher. Il la regardait depuis longtemps, elle le savait, il lui plaisait bien, alors plutôt que de payer un aller-retour pour la faire revenir se marier ici, et peut-être lui faire perdre les papiers entretemps, il ferait mieux d’aller s’entendre avec son ami, et voir quand ils pourraient être unis. (more…)

Habiba - 24 mercredi 19 décembre 2007 à 09:47

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 6commentaires

Non je ne te comprends pas, tu détruis tant de choses pour l’espoir d’un bonheur, crois-tu que cela en vaille la peine, dans cinq ans ton bel amour ne sera plus qu’un mari, un homme auquel sourire quand il rentre tard, un homme que tu devras garder toute ta vie, même quand il te trompe, même quand il t’oublie.

Tout en lui massant les épaules avec la crème, je gardais tout cela pour moi. Partagée entre la colère, la pitié

Elle m’a parlé.
Elle voulait que je la comprenne.
Que j’accepte son choix, que je la soutienne. (more…)

Tags: ,

Habiba - 23 mardi 18 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 1 commentaire seulement

Comme moi. J’étais un peu étrangère ici, pas beaucoup, mais plus tout à fait chez moi. Notre chambre sentait bien un peu la poussière, malgré le grand ménage fait avant notre arrivée, et le lit me paraissait bien dur. C’était sans doute ce que Brahim et Leila appréciait le plus, de pouvoir dormir avec leurs cousins, à point d’heure, se couchant où le sommeil les prenait, l’instant d’avant en train de jouer, et brusquement plongés dans le sommeil. Les semaines où Aziz rejoignait son autre femme, je retournais dans le salon des femmes, et Leila se blottissait contre moi, redevenant une toute petite fille.

Quand nous sommes rentrés, j’ai eu l’impression d’avoir laissé sur place une autre Habiba, celle qui courait librement dans le douar, qui s’émerveillait des petits immeubles de Zagora, et qui avait une place où elle était chez elle, tout le monde la connaissait, toute sa vie s’était déroulée là, et rien n’était différent entre elle et les autres. Celle petite Habiba, je l’ai enfermée quelque part dans mon cœur, et puis je suis rentrée en France, où j’étais aussi, autant, aussi peu chez moi. (more…)

Tags: ,

Habiba - 22 lundi 17 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 1 commentaire seulement

C’est l’année des dix-huit ans de Hassan que tout a explosé. Il avait passé son bac brillamment, et il allait entrer à l’université à la rentrée. Nous étions tellement fiers de lui ! Aziz avait même décidé de réduire la fréquence de ses voyages au pays pour économiser pour les études de son fils.

Les choses devenaient difficiles, pour nous marocains. Il y avait eu cet attentat horrible, les deux tours écroulées, et la montée de a méfiance à notre encontre. Dans notre petite banlieue, entre le marché et la mosquée, je n’étais pas ennuyée, mais Youssef, Hassan et Mohammed en avaient assez d’être tout le temps contrôlés, « traités » comme disait mon fils, qui ne concevait pas qu’on puisse être « bien traité » par les autorités. Le raccourci lui était naturel, traduisant ses énervements quotidiens. Il y avait eu toutes ces lois, des émeutes de temps en temps, et pour nos amis clandestins, les difficultés de plus en plus grandes et les expulsions de plus en plus nombreuses, et Youssef disait souvent « je ne sais pas si je pourrais passer, aujourd’hui ». Nos papiers nous protégeaient, à leur majorité nos enfants demandaient à être français, mais rien ne nous évitait les regards en coin, les remarques aigres et les mesquineries. (more…)

Tags: ,

Habiba - 21 dimanche 16 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 3commentaires

Cette année là, Aziz ne fit pas le sacrifice avec nous. Quand il m’annonça qu’il allait partir là-bas, pour tuer le mouton avec elle, je me sentis dépossédée de tout. S’il y a chez nous une fête de la famille, c’est bien celle là, où le père tue un mouton pour ses enfants, en souvenir du premier sacrifice d’Abraham. Un homme sans femme ne tue pas le mouton, un homme sans enfant non plus, il mange le mouton de son père. Et moi, qui allait tuer le mouton ? Qui allait égorger la bête en prononçant les paroles rituelles, apporter la chance sur nous pour l’année à venir ? Il avait quatre enfants ici, et il partait là-bas égorger une bête, pour une fille dont le ventre était toujours vide !

Cette nuit là, les portes ont claqué dans notre petite maison. Youssef a crié, pour la première fois sans doute. Et au téléphone, Aziz s’est énervé avec son père, à qui il demandait de venir ici, tuer pour lui notre bête.
Mes filles se sont réveillées, elles sont venues dans mon lit, et je les ai bercées, heureuse pour une fois qu’elles ne comprennent pas assez le berbère pour comprendre ce qui se passait, et perdre leur respect pour leur père. (more…)

Tags: ,

Habiba - 20 samedi 15 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaire

Il me parla, avec respect, et m’annonça qu’il voulait se marier avec la marrakchia, une femme de bien , qu’il avait le cœur assez grand pour deux femmes, tout le respect pour la mère de ses enfants, et qu’il avait eu tort de ne pas me parler plus tôt. Je ne pouvais pas attendre plus, je le savais.
Il nous traiterait en équité, respectueux de sa religion, il voulait notre bonheur à toutes les deux, et celui de ses enfants et de ceux qu’il aurait d’elle, et surtout, surtout le sien.

Il avait besoin de mon accord, car si je ne lui donnais pas, il savait que ses parents et mon frère continueraient à lui battre froid.

Mais je ne pouvais pas refuser. (more…)

Tags: ,

Habiba - 19 vendredi 14 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 3commentaires

Ma mère et Mâalou, avec Amina, sont restées pour toute la fête du mariage, jusqu’au septième jour, mais je suis rentrée tout de suite. J’ai passé quelques jours chez Lalla Zahra. Finalement, j’étais toujours chez les autres, chez mon père, chez mes beaux-parents, et dans la maison d’un homme qui ne me respectait pas.
Elle a passé son temps à me donner des conseils, pour récupérer Aziz et le garder. Elle était dure, réaliste, froide, calculatrice. A l’entendre, je me demandais où étais l’amour entre elle et Ami Hassan, et pourquoi elle avait tant cherché, par tous les moyens, à le garder.

Non, cela je le savais. Une femme sans homme n’est rien, et un mauvais homme chez nous doit être bien effroyable pour être pire que pas de mari du tout. (more…)

Tags: ,

Habiba - 18 jeudi 13 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentaires

On décida de deux choses. D’abord ne pas brusquer Aziz, qui était en France. On lui parlerait, mais face à face, et Ami Hassan décida qu’il rentrerait avec nous. Mais en attendant, je devais faire comme si de rien n’était et rester aimable, quand Aziz nous appelait le samedi soir. Parce que maintenant il fallait compter avec l’autre, et à chaque fois, se dire que si nous fâchions Aziz, il irait se plaindre à elle, et elle le consolerait, elle lui dirait qu’il avait raison, et se l’attacherait encore plus.

Elle était déjà dans le lit de mon mari, et elle était maintenant arrivée dans ma vie, avant d’entrer dans ma maison. Mais c’est notre sort, à nous les femmes, d’accepter la volonté de notre mari. Et tout ce que je pouvais faire risquait d’éloigner Aziz encore plus, il me répudierait et il garderait les enfants.

Mon père décida de lutter contre la marrakchia avec ses propres armes, et d’aller chez un marabout qui pourrait peut-être libérer Aziz de son emprise. Il emmena chez le saint homme deux beaux boucs, et nous avons tous espéré que cela serait efficace. (more…)

Tags: ,

Habiba - 17 mercredi 12 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 2commentaires

En préparant le pain du soir, pendant qu’elle pétrissait le pâton, Mina me raconta ce qu’ils avaient appris. Que la famille à laquelle Aziz avait acheté la maison à Marrakech était la famille du Hajj, une de ses sœurs et ses enfants. Qu’il n’y allait pas pour faire des affaires, mais simplement pour rendre visite à ces femmes. Et qu’on disait dans le quartier qu’il allait épouser une des filles aussitôt qu’il pourrait la faire venir en France.

J’étais en colère, j’étais humiliée, j’étais triste, j’avais peur. J’ai commencé par pleurer, tellement pleurer, toute la soirée. Je me suis cachée dans la chambre, et Mâalou et ma mère sont venues essayer de me consoler, mais que pouvait-elles faire ?

Vous ne pouvez pas comprendre cela, vous, dont les femmes chassent les hommes infidèles, et reçoivent de l’argent, et gardent leurs enfants. Je risquai de tout perdre, en plus de l’estime et de l’affection que j’avais pour Aziz, qui s’étaient écroulées en un instant. (more…)

Tags: ,

Habiba - 16 mardi 11 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaire

Après Malika, Mohammed et Zoubida commençaient l’école coranique. Ils se rendaient à notre mosquée, et je les aidais à répéter leurs toutes premières sourates, et leurs toutes premières lettres, Youssef rentrait trop tard, et seulement le week-end il pouvait les interroger. Comme c’était différent de mes souvenirs, où le fquih nous faisait entrer l’intelligence dans le cerveau à coups de canes sur les doigts. Mais ici ce genre de choses ne se faisait plus, parce que les écoles françaises étaient beaucoup plus douces, et que les enfants avaient déserté les méthodes plus dures que le fqui voulait appliquer, ici comme au fond du douar. Les petits apprenaient tout aussi sérieusement, finalement, et je préférais cela. Nous faisons tant de choses par peur, au pays, peur des corrections du maître d’école ou du père, peur de ce que diront les gens quand nous faisons une erreur, peur de nous faire remarquer, qu’on parle de nous et qu’on s’attire ainsi le mauvais œil. Mais dans mes études, il n’y avait pas eu de peur, juste l’envie que Youssef, puis l’infirmier, m’avaient donnée. (more…)

Tags: ,

Habiba - 15 lundi 10 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaire

Nos voisins étaient un couple de vieux Français, des charmantes personnes, qui devaient vivre ici depuis au moins quarante ans. Ils avaient été bien réservés au début, et puis peu à peu, par-dessus la haie de notre jardin, ils nous demandaient des nouvelles des enfants, nous donnait des pommes ou des salades. Et puis elle avait été malade, et j’étais venue pour l’aider, lui faire un peu son ménage, parce que son mari avait une jambe raide, et que leurs enfants étaient trop loin pour venir les voir plus d’une fois par mois.

On se voyait de temps en temps, dans la semaine, et ils apprenaient à Malika et Zoubida des histoires qu’on raconte aux enfants d’ici, de femmes qui s’endorment à cause d’une pomme, ou qui vivent dans des nuages très froids, et j’écoutais, pour être capable de leur redire le soir. Mais Ami Hassan n’aimait pas trop cela, il avait toujours peur que nous imitions les chrétiens. (more…)

Tags: ,