Nathalie de Ouarzazate lundi 11 février 2008 à 00:07
Publié par Marie-Aude in : Littératures, Maroc, Nathalie , 4commentairesA huit heures du soir, les petites rues de Ouarzazate sont bien sombres. Je n’aurais pas reconnue Nathalie, si elle ne s’était pas arrêtée, en m’appelant “Hassan ! Comme ça fait plaisir ! Comment tu vas ? Labes alik ? Et la famille…” et moi de regarder ce tout petit bout de femme, une européenne, bien sûr, qui n’avait plus rien de commun avec la fille solaire, chaleureuse, envoûtante avec qui j’avais partagé un été, quelques années plus tôt, à Marrakech.
Moi non plus, je n’étais plus le même, parti en France, expulsé, je venais enfin d’oser rentrer chez moi, avec un peu d’argent, quand même, gagné en faisant le samsar, dans toutes sortes d’affaires, des papiers, des ventes et des reventes, en profitant de cette fièvre qui passe sur la ville rouge.
Ouarzazate aussi est rouge, rouge de la poussière du désert, et gris de l’ennui de ses habitants; de ce silence qui tombe sur la ville avec l’obscurité. Et dans la lueur jaune tremblotante, il y avait Nathalie, les cheveux gris et tombant, les vêtements routard usé, le visage un peu ridé, et le sourire hésitant.
On ne savait pas trop quoi faire. Je n’allais pas la raccompagner chez elle, ça ne se fait pas. Ni aller prendre un café, ça peut se faire, mais ce soir là je n’avais plus un dirham en poche, et je voulais quand même l’inviter.
Alors on a échangé nos numéros de téléphone, on a noté dans nos portables, et on s’est rappelés tout de suite, pour être sûrs de ne pas s’être trompés.
Et j’ai rejoins le salon de l’hôtel Royal, pour y passer la nuit, sans trop savoir quoi faire avec ce numéro. Il n’y avait pas eu de vrai amour entre nous, on avait profité de la chaleur et de l’été, je n’espérais même pas qu’elle m’emmène en France, des bons moments, c’est tout.
Mais là, je l’avais, son numéro. Elle avait l’air fragile comme une vieille dentelle, un peu usée, et tellement contente de me revoir, je me doutais que ça la décevrais si je restais silencieux. Et puis elle vivait là, on se croiserait tout le temps, alors autant jouer le mec sympa.
Petit dej, huile d’olive, et après avoir rabattu un client, je suis parti m’acheter une carte jawal, 100 dirhams pour recharger le portable, et je l’ai appelée.
Cette fois-ci, il va falloir de l’indulgence et de la patience. Alors que “Habiba” était écrit aux trois-quarts quand j’ai commencé à publier son histoire, pour Nathalie, c’est du direct-live.
C’est d’ailleurs pour ça que je mets cet extrait ici, pour me pousser au cul à écrire, je compte sur vous pour râler quand je traîne trop, enfin si ça vous plaît.
Il y a en projet toute une série d’histoires.
Coteletta de pollo con pesto a la marocaine. lundi 04 février 2008 à 13:50
Publié par Marie-Aude in : Cuisine, Maroc , 1 commentaire seulementC’est très simple… on commence par une de mes nièces, qui a été brusquement rapatriée d’Italie au Maroc cet été, à sa demande rassurez-vous âmes sensibles, il ne s’agit pas d’un mariage forcé ou de tout autre truc de ce genre ; mais le fait est qu’elle a quitté papa-maman, les copines et son pays d’adoption depuis maintenant sept mois, et que pour certaines choses ça fait long.
On continue avec moi, et avec une discussion sur la cuisine italienne, les pasta al pesto, et les coteletta de pollo (j’ignorais que le poulet avec des côtelettes, mais bon…) et devant les yeux brillants de ma nièce, je décide de lui faire quelque chose.
“Facile”, suffit de trouver du basilic.
“Mon chéri, tu peux me ramener du basilic du souk ?” (Moi j’aime bien que les hommes berbères aient l’habitude de faire les courses pour leur femme…)
“Du ???”
Arghhh… c’est justement le jour où Wikipedia décida de tomber en panne au Maroc. Or dans ces cas-là, ma méthode est de trouver la page Wikipedia en français, de cliquer sur le petit “العربية” dans la colonne de gauche et de dire “Bilaaaaal comment tu dis ça ?” et de noter ensuite soigneusement la prononciation phonétique. Quand maken arabiya, ken mouchkil (quand y’a pas d’arabe, y’a un problème). C’est parfois un peu moins simple que ça, mais en général c’est efficace, et pour les besoins quotidiens, ça suffit. (more…)
Aslatoun, le grand philosophe de la Renaissance vendredi 01 février 2008 à 12:29
Publié par Marie-Aude in : Maroc , ajouter un commetaireLa mésaventure de gballand dont une amie cherchait un livre de Platon m’a fait repenser à ce grand moment d(éducation marocaine.
Un de mes neveux, Nourdine, en sixième, arrive un jour à la maison pour que je l’aide à chercher sur internet la biographie d’Aslatoun ce grand philosophe de la Renaissance, c’est la prof qui leur a demandé cela (et sans écrire au tableau le nom), il faut apprendre à chercher sur internet et préparer le cours d’histoire en même temps.
Mon sourcil d’ex-littéraire se soulève un peu, car Assatoun, ça ne me dit vraiment rien, et une brève recherche sur Google le confirme. Et j’ai beau faire le grand écart, j’imagine mal passer d’Aslatoun à Averroès. Et même en enlevant le “Al”, Slato, ça ne me dit rien non plus. (more…)
Un nouveau blog marocain vendredi 01 février 2008 à 11:12
Publié par Marie-Aude in : Maroc , ajouter un commetaireEn surfant je viens de tomber sur le blog de Stephan Carville, qui me plait beaucoup.
Ajouté direct dans la blogliste (j’en profite pour vous signaler qu’hier j’ai fortement enrichi la page de liens… allez y jeter un coup d’oeil).
Censure ? … même pas ! mercredi 30 janvier 2008 à 20:34
Publié par Marie-Aude in : Maroc , 5commentairesDepuis que je suis au Maroc, je n’arrive plus à accéder à Wikipedia. Quel que soit le poste et la connexion.
Et ailleurs, dans d’autres pays, ça marche.
Mais je n’ai pas non plus vu la levée de boucliers habituels, comme pour la censure de Google Earth.
Alors de deux choses l’une : ou bien les marocains n’utilisent pas wikipedia, ou bien un vilain djinn a décidé que je ne pouvais plus accéder à mon encyclopédie en ligne.
La question est : pourquoi donc censurer Wikipedia ?
La réponse semble être : par simple maladresse, selon Motic http://motic.blogspot.com/ il y a des problèmes aléatoires depuis lundi, à Casa et Rabat. Bref, il y a quelqu’un qui a mis les doigts dans les cables. On en parle aussi ici.
Et ce jeudi, à 15h26 marocaines, c’est revenu !!
La vraie Habiba mercredi 16 janvier 2008 à 09:32
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentairesIl n’y a pas “une” vraie Habiba, et, comme de juste, “toute ressemblance, etc…”, les prénoms, les circonstances ont été changés.
Il y a pourtant, dans une banlieue lilloise, une femme, rencontrée il y a quelques années, qui n’arrivait pas à cacher derrière le sourire poli de façade, la profondeur de sa tristesse.
On m’a expliqué pourquoi, et les premières phrases d’Habiba sont venues sous ma plume (enfin mon clavier). L’imagination a fait le reste.
A un moment, je me suis arrêtée dans cette histoire, je ne savais pas pourquoi, les chemins étaient pourtant tout tracés, mais je n’arrivais pas à les écrire.
Tout c’est débloqué cet été, quand j’ai revu la “vraie Habiba”. (more…)
Habiba - 28 mercredi 16 janvier 2008 à 09:30
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 1 commentaire seulementZoubida redescendait de sa chambre à ce moment-là. Avec méchanceté, avec rancœur elle a jeté à son frère “Tu vois, Leïla, elle comprend les choses, elle, elle ne détruit pas tout autour d’elle sous prétexte qu’elle a un truc en plus …. Tu parles, c’est un cerveau en moins que tu as.
- Mais oui, mais je sais bien que tu étais d’accord, c’était la plus belle bêtise que tu faisais, tu ne te rends pas compte, tu gâchais tout, enfin, on n’est plus au pays, tu n’as pas besoin de faire ça.
- Et tu voulais que je fasse quoi ? Comme Malika ? Que je me sauve ? Tu sais très bien qu’il n’aurait jamais voulu. Il ne comprend pas ces trucs là, il a rendu Maman malheureuse toute sa vie. Adnan au moins il ne mentait pas.
- Ah bon ? Epouser une fille et en aimer une autre, c’est pas mentir ?
- A son père, peut-être, pas à moi !
- Et au Dieu ? Le mariage, c’est pas un moyen de se sauver de son père.
- Le Dieu, si il ne veut pas qu’on fasse ça, il n’a qu’à s’occuper de nos pères. Et puis toi, tu te prends pour qui, à te mêler de tout ça ? Tu te prends pour mon père ?
- Non je me prends pour ton frère. Papa il s’en fout de ce qui t’arrive, du moment qu’il t’a donnée vierge et que ça ne lui fait pas de souci. Mais moi je sais par quoi tu vas passer après, ça va te détruire. Toutes les filles elles cherchent à les éviter, ces mariages-là, et toi tu construis ta prison toi-même.
- Ma prison, n’importe quoi, pas de prison, Adnan et moi on était clairs, on était d’accord. Qu’est-ce que tu imagines ? Qu’il avait envie de me toucher ? Trop occupé avec sa copine. Le sang de poulet c’est pas fait seulement pour les filles qui ont couché. Nous aussi on aurait montré les draps, le lendemain. T’es vraiment idiot, t’as rien compris.” (more…)
Habiba - 27 mardi 15 janvier 2008 à 09:30
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaireC’est Hassan, mon ombrageux silencieux, qui a découvert le secret d’Adnan, et j’ai cru revivre mon déchirement, des années auparavant, il avait la même expression que mon frère, le soir où il est rentré de Marrakech.
Pendant que ma fille suivait ses cours, loin, Adnan sortait avec une autre fille. Une française.
Alors qu’il était fiancé, il la trahissait déjà !
Comme mon Aziz était fou de rage, comme il se fâchait pour défendre l’honneur de sa fille et interdire qu’on la trompe, comme il frappait du poing sur la table et élevait la voix, à la mesure de ses espoirs déçus. Une fille sauvée, une fille abandonnée, non il n’avait vraiment pas de chance, mais au moins, cette fois-ci, il pouvait s’en prendre à un autre. (more…)
Habiba - 26 lundi 14 janvier 2008 à 09:00
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentairesIl y avait des choses qu’on évitait de dire, des phrases un instant suspendues, comme des murmures qui se détournaient. Il ne fallait surtout pas parler de ce qui pouvait fâcher, et même si je voyais bien que tous les enfants y pensaient, je voulais surtout recréer une paix familiale, et profiter de ce moment où Aziz était heureux, où je retrouvais enfin la fébrilité des femmes de mon enfance, en préparant le mariage.
On ne ferait pas tout comme là-bas, ce ne serait pas possible bien sûr. Mais quand même, on mettrait nos plus beaux caftans, nos takchitas, ces surcots de gaze brodées, nos babouches dorées, et nos bijoux massifs. On ferait du couscous, on demanderait au boucher de nous réserver un bœuf, et un mouton, et des poulets. Une semaine avant le mariage, toutes les femmes se mettraient à cuisiner, tous ces petits gâteaux si vite avalés et si long à faire. (more…)
Habiba - 25 lundi 31 décembre 2007 à 09:15
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentairesAziz a décidé de renvoyer Zoubida au Maroc. Tout de suite, pour qu’elle ne fasse pas comme sa soeur, pour qu’elle ne se sauve pas. Une fois là-bas, au bled, elle serait en sécurité, il n’y aurait pas d’aroumin pour lui tourner la tête, et elle pourrait prendre le temps de se trouver un bon mari.
Mais c’était déjà trop tard. Ma Zoubida aussi avait la tête tournée. Et pire encore, mais ça je ne le savais pas encore. Elle a rusé, comme une marrakchia.
Quand son père lui a dit de faire ses bagages parce que le lendemain ils retournaient au pays, elle lui a répondu que ce n’était pas la peine, elle, elle voulait se marier ici, et avec le fils du boucher. Il la regardait depuis longtemps, elle le savait, il lui plaisait bien, alors plutôt que de payer un aller-retour pour la faire revenir se marier ici, et peut-être lui faire perdre les papiers entretemps, il ferait mieux d’aller s’entendre avec son ami, et voir quand ils pourraient être unis. (more…)
Habiba - 24 mercredi 19 décembre 2007 à 09:47
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 6commentairesNon je ne te comprends pas, tu détruis tant de choses pour l’espoir d’un bonheur, crois-tu que cela en vaille la peine, dans cinq ans ton bel amour ne sera plus qu’un mari, un homme auquel sourire quand il rentre tard, un homme que tu devras garder toute ta vie, même quand il te trompe, même quand il t’oublie.
Tout en lui massant les épaules avec la crème, je gardais tout cela pour moi. Partagée entre la colère, la pitié
Elle m’a parlé.
Elle voulait que je la comprenne.
Que j’accepte son choix, que je la soutienne. (more…)
Habiba - 23 mardi 18 décembre 2007 à 09:00
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 1 commentaire seulementComme moi. J’étais un peu étrangère ici, pas beaucoup, mais plus tout à fait chez moi. Notre chambre sentait bien un peu la poussière, malgré le grand ménage fait avant notre arrivée, et le lit me paraissait bien dur. C’était sans doute ce que Brahim et Leila appréciait le plus, de pouvoir dormir avec leurs cousins, à point d’heure, se couchant où le sommeil les prenait, l’instant d’avant en train de jouer, et brusquement plongés dans le sommeil. Les semaines où Aziz rejoignait son autre femme, je retournais dans le salon des femmes, et Leila se blottissait contre moi, redevenant une toute petite fille.
Quand nous sommes rentrés, j’ai eu l’impression d’avoir laissé sur place une autre Habiba, celle qui courait librement dans le douar, qui s’émerveillait des petits immeubles de Zagora, et qui avait une place où elle était chez elle, tout le monde la connaissait, toute sa vie s’était déroulée là, et rien n’était différent entre elle et les autres. Celle petite Habiba, je l’ai enfermée quelque part dans mon cœur, et puis je suis rentrée en France, où j’étais aussi, autant, aussi peu chez moi. (more…)
Tags: Habiba, MarocHabiba - 22 lundi 17 décembre 2007 à 09:00
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 1 commentaire seulementC’est l’année des dix-huit ans de Hassan que tout a explosé. Il avait passé son bac brillamment, et il allait entrer à l’université à la rentrée. Nous étions tellement fiers de lui ! Aziz avait même décidé de réduire la fréquence de ses voyages au pays pour économiser pour les études de son fils.
Les choses devenaient difficiles, pour nous marocains. Il y avait eu cet attentat horrible, les deux tours écroulées, et la montée de a méfiance à notre encontre. Dans notre petite banlieue, entre le marché et la mosquée, je n’étais pas ennuyée, mais Youssef, Hassan et Mohammed en avaient assez d’être tout le temps contrôlés, « traités » comme disait mon fils, qui ne concevait pas qu’on puisse être « bien traité » par les autorités. Le raccourci lui était naturel, traduisant ses énervements quotidiens. Il y avait eu toutes ces lois, des émeutes de temps en temps, et pour nos amis clandestins, les difficultés de plus en plus grandes et les expulsions de plus en plus nombreuses, et Youssef disait souvent « je ne sais pas si je pourrais passer, aujourd’hui ». Nos papiers nous protégeaient, à leur majorité nos enfants demandaient à être français, mais rien ne nous évitait les regards en coin, les remarques aigres et les mesquineries. (more…)
Tags: Habiba, MarocHabiba - 21 dimanche 16 décembre 2007 à 09:00
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 3commentairesCette année là, Aziz ne fit pas le sacrifice avec nous. Quand il m’annonça qu’il allait partir là-bas, pour tuer le mouton avec elle, je me sentis dépossédée de tout. S’il y a chez nous une fête de la famille, c’est bien celle là, où le père tue un mouton pour ses enfants, en souvenir du premier sacrifice d’Abraham. Un homme sans femme ne tue pas le mouton, un homme sans enfant non plus, il mange le mouton de son père. Et moi, qui allait tuer le mouton ? Qui allait égorger la bête en prononçant les paroles rituelles, apporter la chance sur nous pour l’année à venir ? Il avait quatre enfants ici, et il partait là-bas égorger une bête, pour une fille dont le ventre était toujours vide !
Cette nuit là, les portes ont claqué dans notre petite maison. Youssef a crié, pour la première fois sans doute. Et au téléphone, Aziz s’est énervé avec son père, à qui il demandait de venir ici, tuer pour lui notre bête.
Mes filles se sont réveillées, elles sont venues dans mon lit, et je les ai bercées, heureuse pour une fois qu’elles ne comprennent pas assez le berbère pour comprendre ce qui se passait, et perdre leur respect pour leur père. (more…)
Habiba - 20 samedi 15 décembre 2007 à 09:00
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaireIl me parla, avec respect, et m’annonça qu’il voulait se marier avec la marrakchia, une femme de bien , qu’il avait le cœur assez grand pour deux femmes, tout le respect pour la mère de ses enfants, et qu’il avait eu tort de ne pas me parler plus tôt. Je ne pouvais pas attendre plus, je le savais.
Il nous traiterait en équité, respectueux de sa religion, il voulait notre bonheur à toutes les deux, et celui de ses enfants et de ceux qu’il aurait d’elle, et surtout, surtout le sien.
Il avait besoin de mon accord, car si je ne lui donnais pas, il savait que ses parents et mon frère continueraient à lui battre froid.
Mais je ne pouvais pas refuser. (more…)
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