Habiba - 20 décembre 15 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaireIl me parla, avec respect, et m’annonça qu’il voulait se marier avec la marrakchia, une femme de bien , qu’il avait le cœur assez grand pour deux femmes, tout le respect pour la mère de ses enfants, et qu’il avait eu tort de ne pas me parler plus tôt. Je ne pouvais pas attendre plus, je le savais.
Il nous traiterait en équité, respectueux de sa religion, il voulait notre bonheur à toutes les deux, et celui de ses enfants et de ceux qu’il aurait d’elle, et surtout, surtout le sien.
Il avait besoin de mon accord, car si je ne lui donnais pas, il savait que ses parents et mon frère continueraient à lui battre froid.
Mais je ne pouvais pas refuser. (Lire la suite…)
Habiba - 19 décembre 14 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 3commentairesMa mère et Mâalou, avec Amina, sont restées pour toute la fête du mariage, jusqu’au septième jour, mais je suis rentrée tout de suite. J’ai passé quelques jours chez Lalla Zahra. Finalement, j’étais toujours chez les autres, chez mon père, chez mes beaux-parents, et dans la maison d’un homme qui ne me respectait pas.
Elle a passé son temps à me donner des conseils, pour récupérer Aziz et le garder. Elle était dure, réaliste, froide, calculatrice. A l’entendre, je me demandais où étais l’amour entre elle et Ami Hassan, et pourquoi elle avait tant cherché, par tous les moyens, à le garder.
Non, cela je le savais. Une femme sans homme n’est rien, et un mauvais homme chez nous doit être bien effroyable pour être pire que pas de mari du tout. (Lire la suite…)
Habiba - 18 décembre 13 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentairesOn décida de deux choses. D’abord ne pas brusquer Aziz, qui était en France. On lui parlerait, mais face à face, et Ami Hassan décida qu’il rentrerait avec nous. Mais en attendant, je devais faire comme si de rien n’était et rester aimable, quand Aziz nous appelait le samedi soir. Parce que maintenant il fallait compter avec l’autre, et à chaque fois, se dire que si nous fâchions Aziz, il irait se plaindre à elle, et elle le consolerait, elle lui dirait qu’il avait raison, et se l’attacherait encore plus.
Elle était déjà dans le lit de mon mari, et elle était maintenant arrivée dans ma vie, avant d’entrer dans ma maison. Mais c’est notre sort, à nous les femmes, d’accepter la volonté de notre mari. Et tout ce que je pouvais faire risquait d’éloigner Aziz encore plus, il me répudierait et il garderait les enfants.
Mon père décida de lutter contre la marrakchia avec ses propres armes, et d’aller chez un marabout qui pourrait peut-être libérer Aziz de son emprise. Il emmena chez le saint homme deux beaux boucs, et nous avons tous espéré que cela serait efficace. (Lire la suite…)
Habiba - 17 décembre 12 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 2commentairesEn préparant le pain du soir, pendant qu’elle pétrissait le pâton, Mina me raconta ce qu’ils avaient appris. Que la famille à laquelle Aziz avait acheté la maison à Marrakech était la famille du Hajj, une de ses sœurs et ses enfants. Qu’il n’y allait pas pour faire des affaires, mais simplement pour rendre visite à ces femmes. Et qu’on disait dans le quartier qu’il allait épouser une des filles aussitôt qu’il pourrait la faire venir en France.
J’étais en colère, j’étais humiliée, j’étais triste, j’avais peur. J’ai commencé par pleurer, tellement pleurer, toute la soirée. Je me suis cachée dans la chambre, et Mâalou et ma mère sont venues essayer de me consoler, mais que pouvait-elles faire ?
Vous ne pouvez pas comprendre cela, vous, dont les femmes chassent les hommes infidèles, et reçoivent de l’argent, et gardent leurs enfants. Je risquai de tout perdre, en plus de l’estime et de l’affection que j’avais pour Aziz, qui s’étaient écroulées en un instant. (Lire la suite…)
Habiba - 16 décembre 11 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaireAprès Malika, Mohammed et Zoubida commençaient l’école coranique. Ils se rendaient à notre mosquée, et je les aidais à répéter leurs toutes premières sourates, et leurs toutes premières lettres, Youssef rentrait trop tard, et seulement le week-end il pouvait les interroger. Comme c’était différent de mes souvenirs, où le fquih nous faisait entrer l’intelligence dans le cerveau à coups de canes sur les doigts. Mais ici ce genre de choses ne se faisait plus, parce que les écoles françaises étaient beaucoup plus douces, et que les enfants avaient déserté les méthodes plus dures que le fqui voulait appliquer, ici comme au fond du douar. Les petits apprenaient tout aussi sérieusement, finalement, et je préférais cela. Nous faisons tant de choses par peur, au pays, peur des corrections du maître d’école ou du père, peur de ce que diront les gens quand nous faisons une erreur, peur de nous faire remarquer, qu’on parle de nous et qu’on s’attire ainsi le mauvais œil. Mais dans mes études, il n’y avait pas eu de peur, juste l’envie que Youssef, puis l’infirmier, m’avaient donnée. (Lire la suite…)
Habiba - 15 décembre 10 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaireNos voisins étaient un couple de vieux Français, des charmantes personnes, qui devaient vivre ici depuis au moins quarante ans. Ils avaient été bien réservés au début, et puis peu à peu, par-dessus la haie de notre jardin, ils nous demandaient des nouvelles des enfants, nous donnait des pommes ou des salades. Et puis elle avait été malade, et j’étais venue pour l’aider, lui faire un peu son ménage, parce que son mari avait une jambe raide, et que leurs enfants étaient trop loin pour venir les voir plus d’une fois par mois.
On se voyait de temps en temps, dans la semaine, et ils apprenaient à Malika et Zoubida des histoires qu’on raconte aux enfants d’ici, de femmes qui s’endorment à cause d’une pomme, ou qui vivent dans des nuages très froids, et j’écoutais, pour être capable de leur redire le soir. Mais Ami Hassan n’aimait pas trop cela, il avait toujours peur que nous imitions les chrétiens. (Lire la suite…)
Habiba - 14 décembre 9 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentairesLa première chose que nous avons faite, ça a été la circoncision du petit Mohammed. Si Youssef avait pu voyager, nous aurions sans doute attendu d’être au village pour le faire, pour que toute la famille puisse venir, et faire la fête, pour ce premier garçon, le premier petit-fils de Lalla Zahra et son mari.
Une toute petite fête, parce que nous n’avions pas beaucoup d’argent, ni toute la famille.
Mais Mina a revêtu ses beaux habits, son caftan et s’est drapée dans un grand tissu de dentelle bleu clair qu’elle a accroché avec ses fibules d’argent. Elle a enduit ses cheveux de safran, et tracé sur son visage des lignes qui suivaient le contour de ses joues et de ses yeux, a serré sur sa tête son foulard rouge, et mis son tour de tête en argent, et s’est finalement enveloppée de son châle noir brodé de laine vive. Youssef et Aziz avaient leur djellabas blanches, et le petit Mohammed portait une jolie tunique blanche brodée, et un petit tarbouche vert et or. Il pleurait un peu dans les bras de sa mère, et puis le médecin est arrivé, et Mina a porté son fils à Youssef, et nous sommes restées dans la chambre, pendant que le médecin opérait. (Lire la suite…)
Habiba - 13 décembre 8 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 2commentairesOui j’étais seule. A l’hôpital, seule Lalla Zahra et deux voisines étaient venues me tenir compagnie. Mina ne pouvait pas bouger, et Youssef n’osait pas trop, il était passé une heure rapidement.
Et j’étais heureuse, curieusement, de cette solitude. C’est si rare chez nous qu’une mère puisse profiter ainsi de son nouveau-né. Toute la famille s’en occupe, les mères, les grands-mères et les tantes, et malgré ma fatigue, et mes nuits trop courtes et mes jours épuisants, et les murs de l’appartement trop étouffant en ces chaleurs d’été, malgré tout cela, je goûtais mon intimité avec Zoubida, les curiosités de Malika, mes deux bras chargés de mes deux trésors.
Lalla Zahra restait avec sa fille, dont le fils, Mohammed, était né avant terme, juste quelques jours après ma fille. Mais tout allait bien, même s’il était petit et maigre comme un criquet. (Lire la suite…)
Habiba - 12 décembre 7 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaireAu printemps, Youssef était parti en Espagne, avec un contrat de saisonnier, pour ramasser des oranges. Il avait dû prendre les papiers d’un de ses cousins, pour faire croire qu’il était marié avec des enfants au village. On ne l’aurait pas laissé venir sinon, mais là, avec une photo qui lui ressemblait plutôt, il a réussi. Et bien sûr il est resté.
Il nous a rejoints par ses propres moyens. Il avait des amis dans l’orangeraie où il travaillait en Espagne, il est remonté en camion avec eux, et puis il a pris un train, un peu de stop, et voilà, il était en France, avec presque plus un sou en poche. Il a eu de la chance, beaucoup de chance, de ne jamais être contrôlé, jamais renvoyé. (Lire la suite…)
Habiba - 11 décembre 6 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 2commentairesJe me suis habituée à tout le reste, rapidement. Aziz travaillait chez un transporteur, parfois il était absent toute la semaine, mais nos week-ends étaient des retrouvailles heureuses. Nous appelions la famille, quelques minutes. Mina s’ennuyait de Youssef, elle ne voyait pas la fin, c’était aussi un peu difficile pour elle, elle aurait bien voulu échapper au joug de sa mère.
Elle est venue habiter chez nous. Même si je restais un peu seule dans la journée, à cause de son travail, au moins, le soir, quand Aziz était sur les routes, nous nous tenions compagnie. J’avais ma meilleure amie, mon mari, il ne me manquait que mon frère pour avoir mon monde parfait. (Lire la suite…)
Habiba - 10 décembre 5 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 2commentairesJ’ai souvent refait ce voyage, j’en ai maintenant tant de souvenirs qui se superposent les uns aux autres, je ne sais plus en quelle année il y a eu l’accident qui nous a retardé, ni la femme qui a failli accoucher sur le bateau, il y a eu des arrivées par beau temps, par grand froid, de jour, de nuit.
Rien n’a effacé cette première impression, ce choc brutal d’un monde étranger, adouci par une fatigue qui me donnait l’impression de flotter dans du coton, et cette promesse de chance et de bonheur que la pluie me murmurait.
Le père d’Aziz est venu nous chercher, avec une vieille voiture, il m’a souhaité la bienvenue. Il nous a emmenés chez eux, pour que je puisse passer ma première journée à me reposer. Mina m’attendait, et toute la famille nous a fait la fête. (Lire la suite…)
Habiba - 9 décembre 4 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 2commentairesComme à l’été, nous sommes repartis tous ensemble jusqu’à Marrakech. Aziz a donné les papiers de son appartement, et Youssef a refait une demande, avec le contrat de travail de Mina. Comme c’est différent de nos coutumes, que vous obligiez un homme à dépendre du travail de sa femme pour arriver chez vous….
Comme à l’été, nous sommes quittés à la gare routière. La prochaine fois, si Dieu le voulait, je suivrais Aziz.
Il m’avait apporté des photos de là-bas, un petit livre que sa ville donnait aux étrangers, « profites-en puisque tu sais lire et que tu parles bien français, ça sera plus facile pour toi », et j’essayais d’imaginer comment serait ma vie. (Lire la suite…)
Habiba - 8 décembre 3 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , ajouter un commetaireLe mur de la chambre avait été peint de palmes blanches, pour nous porter bonheur.
Aziz a été patient et tendre, il avait de l’expérience, et je lui ai donné ma virginité avec plaisir.
Le douar a fait la fête bruyamment cette nuit là, et Mina et moi nous étions contentes de voir nos mères exhiber notre fierté.
Au bout d’une semaine, Mina et moi avons reçu de nos belles-mères notre ceinture, et les fibules pour attacher nos manches. Nous avons fait notre premier thé, notre premier tajine, et les derniers invités sont partis.
Et une semaine après, Mina et Aziz rentraient en France. Youssef et moi les avons accompagnés jusqu’à Marrakech, pour faire les papiers. (Lire la suite…)
Habiba - 7 décembre 2 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 4commentairesOn nous a construit une chambre pour nos noces, au douar. Je quittais le salon des femmes, j’allais avoir ma pièce, avec mon cadenas, mon lit et mon armoire, et toute ma dot, tous les meubles du ménage, les ustensiles, les tapis, les couvertures, tout cela qui m’appartenait pour la vie, selon nos coutumes. Et si je divorçais, je repartais avec, en laissant à mon mari une chambre vide.
Je sais que ma chambre existe toujours. La dernière fois que je suis repartie là-bas, ma mère m’a redonné la clé de mon cadenas et m’a aidée à tout nettoyer, à enlever la poussière, à ressortir les couvertures au soleil. Tous les deux ou trois mois elle nettoie ma pièce, et même si je n’y suis pas allée depuis trop longtemps, j’ai un endroit où je suis chez moi, dans le monde. (Lire la suite…)
Habiba - 6 décembre 1 2007
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , 3commentairesVers la fin de l’après midi, pour préparer le petit déjeuner, ma mère et mes tantes nous rejoignaient, celles qui vivaient en Europe étaient tellement heureuses de retrouver cela, malgré la canicule, malgré l’inconfort auquel elles n’étaient plus habituées. On disait que là-bas toutes les maisons étaient comme celles du caïd. Nous préparions le thé et le café, les œufs, les épices et le msamem, cette crêpe aux mille trous qu’on recouvre de miel ou d’huile d’olive.
Peu à peu, les femmes voyaient que je savais travailler aussi bien que les autres. Mes études ne m’avaient pas gâché les mains, ni les jambes, je portais aussi lourd que les autres, je pouvais restée courbée aussi longtemps, et ma cuisine était tout aussi bonne. (Lire la suite…)

