Ce qu’internet a fait dans ma vie. dimanche 17 décembre 2006 à 18:30
Publié par Marie-Aude in : Généalogie, Internet , rétrolienAu temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais qui remonte simplement à 10-15 ans, je ne pouvais pas :
- téléphoner gratuitement à mon Grand Caravanier, et essayer d’avoir une conversation romantique avec lui, malgré les crachotements et faiblesses des différents casques de cyber-cafés marocains …
- commander à trois heures du matin les calendriers pour mon ami Dorian, et qu’il les reçoive directement chez lui à plus de 1.000 kilomètres de là
- découvrir un après-midi où
je m’emmerdaisje disposais d’un léger instant de répit entre deux défis passionnants au bureau que les indiens du bassin de la Vaupès (quelque part en Amérique du Sud), ont cinq mode verbaux différents, distinguant entre les niveaux de certitude quant à l’action : perception visuelle, perception non-visuelle, déduction à partir de preuves évidentes, commérage, hypothèse, et non pas comme chez nous en fonction de l’acteur de l’action, qui la fait (actif), la subit (passif) ou l’ordonne (impératif), ni me demander maintenant, en bonne photographe, si la preuve visuelle est effectivement plus forte que la preuve auditive, et lequel de nos sens se laisse le plus facilement abuser. - découvrir sur un site disparu depuis que mon arrière-grand-mère Juliette, qui avait tout fait pour cacher ses origines, était arrivée à 15 ans, avec toute une famille composée étrangement, un soir de Noël 1848, pour coloniser l’Algérie, dont elle s’échappera quelques années plus tard pour mettre le grapin sur un Môssieur le Comte qui ne régularisera sa relation heureuse-mais-coupable avec elle que vingt ans plus tard, grâce aux chamboulements d’une Commune que son âme de conservateur royaliste réprouvait totalement.
- Pouvoir trouver des billets d’avion deux fois moins chers que ceux proposés par mon agence de voyage, me faire livrer à la maison des tas de choses, y compris un livre illustré par un sans-doute grand-oncle russe que j’avais aussi découvert par internet
- communiquer avec suffisamment de francophones et d’anglophones pour ne jamais avoir réussi à apprendre correctement l’allemand depuis que je suis arrivée dans ce pays
- savoir à peu près tout ce que je cherchais sur tous les sujets, en une demi-journée environ, y compris pourquoi il n’y a pas de mot pour dire “Eau de Javel” en allemand, mais en même temps, être obligée de douter de la véracité de toutes ces informations.
- pouvoir, une fois sortie du monde des grandes entreprises, monter ma petite affaire et vendre jusqu’au Etats-Unis et je n’aurais pas non plus appris l’existence de l’homme de théâtre Alexandre Koiransky, dont le lien avec nous reste un mystère à éclaircir. Je n’aurais pas découvert non plus les Koiransky allemands, dont il ne reste plus rien, mais qui étaient médecins, et qui ont accueilli à son exil de Russie (enfin URSS) Georges, le frère d’Alexandre.Je peux continuer mes recherches à distance, la France numérise peu à peu ses archives, il est dix heures du soir, je me prends un thé et je consulte les actes d’Etat Civil finalement bien plus confortablement qu’en salle.La généalogie a été totalement chamboulée par Internet et l’informatique. Dans le sens positif, parce que les données sont plus facilement échangeables, que l’accès à l’immense base de données des Mormons, parce que les fichiers s’échangent, les mises en rapport sont plus faciles. Mais surtout, je pense, parce que Google facilite la recherche de ces “bouts de branche”, ces chaînons manquants qui nous bloquent brutalement. Plus encore, il est de plus en plus facile d’en apprendre plus, les fonds d’archive divers sont indexés, les livres, les citations, les “a propos” tous ces indices qui permettent de raccrocher un wagon et de repartir.Je lui dois environ un tiers de mon arbre.Dans l’autre sens, nous détruisons aujourd’hui les archives de demain. Je n’acris plus de journal parce que j’ai un blog. Comment mes arrières-petit-machin pourront-ils le connaître ? Les listes de passager sont informatisées, qui pensera à les archiver ? Les photos
nes’imprimentplusde moins en moins, comment retrouver plus tard l’équivalent de ces albums poussiéreux où nous découvrons des choses que nous n’avons jamais sues ?Plus encore, comment éviter de reconstruire la mémoire ? Un journal papier ne se modifie pas facilement, il faut (à moins de le jetter) enlever les pages, les raturer, mais cela laisse des traces. Ici… message delete.
Edit :
Après cette campagne présidentielle de 2007, internet a fait beaucoup plus encore pour moi. Il m’a permis - alors que je ne suis plus en France - de suivre de près les débats, de me tenir informée aussi bien, sinon plus, que je ne l’aurais fait via la presse écrite et télévisuelle. Internet a suppléé la relative carence des chaines télé gratuites sur le cable, le coût exhorbitant de la presse française à l’étranger. Plus encore, grâce à YouTube il m’a permis de voir un accéléré d’émissions “grand public” du type Ruquier, Ardisson… et de sentir l’ambiance de mon pays alors que je n’y vis plus depuis des années.
Tags: Généalogie, Internet


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