Compétition Simply Moroccan

Un grand cri, des pleurs, et ma petite fille qui arrive en courant, toute pleine de son malheur d’enfant

« Wîlî, wîlî, Babaaaaaaaaaaa, adoud  » et le reste devient totalement incompréhensible dans les hoquets.
Pas trop inquiet, j’ai l’habitude des ces crises, Noura a le coeur et les émotions sans retenue je vais la rejoindre dans le jardin.

« Chouff, Babaaaaaaaaaaaaa »

C’était un bien grand malheur, surtout pour une si petite fille. Elle avait passé l’après-midi de la veille à courir après les papillons, sautant et dansant dans la lumière. Et à la fin de la journée, nous avions fait pour eux une grande cage avec de fins filets de gaze, Dâr lfarashat, le palais des papillons.

Mais ce matin, le chat est passé, et d’un coup de patte, il a ouvert le palais, et les papillons ingrats ont préféré le ciel.

Alors je la prends dans mes bras, je la console, je la taquine « Allez habiba, Noura, ce n’est pas grave, ils doivent bien jouer eux aussi, on n’enferme pas les gens, on n’enferme pas les papillons, arrêtes de pleurer, tu as les yeux rouges, le nez tout plein de khnôna, allons, allons Noura, ce n’est pas grave ».

Tout en la consolant, je repensais à ma soeur, déjà enfermée à son âge, à faire la bonne chez « Ami Aziz », ce khleb, ce ttqrzîz d’Aziz, qui, non content de la faire travailler à six ans, la battait, et ne l’envoyait même pas à l’école.

Mais on n’avait pas le choix, avec la grande sécheresse, après les criquets, il ne nous restait plus d’autre possibilité, cela faisait une bouche de moins à nourrir.

Non, vraiment, en berçant ma toute petite, je ne regrette pas ce soir où je suis monté dans lbabbôr, en toute hâte, sans rien, sans papiers, juste quelques euros économisés pour les premiers jours, cette nuit d’angoisse à croire que notre barque allait chavirer à chaque instant, ni ces mois à sursauter à chaque coin de rue, avant d’avoir enfin mes papiers. Encore des années à travailler, mais cela valait vraiment la peine !

Hamdullilah, la seule chose qui fait pleurer ma petite Noura, c’est de perdre ses papillons, pas les coups d’un ttqrzîz qui la coincera dans les ombres du patio quelques années plus tard.

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Voilà le deuxième billet un peu « bizarre » en deux jours, mais c’est la saison des jeux d’écritures sur les blogs.
Celui-ci est une réponse au défi de SimplyMoroccan. Je n’ai pas respecté les règles, parce que j’ai fait plus de 200 mots… mais ce n’est pas grave, je participe ‘hors concours ».

Bon finalement, participant « en concours » je rajoute le lien vers le sponsor SpeakMoroccan

J’ai commencé mon histoire sans avoir les 200 mots en tête, et puis je n’ai pas eu envie de l’abandonner, en pensant à toutes ces petites marocaines des campagnes (ou des villes d’ailleurs) qui sont envoyées chez un « oncle » plus fortunée. Pour quelques unes, elles auront une éducation, et seront accueillies avec amour, mais pour la très grande majorité, c’est une vie de petite esclave qui les attend, travaillant 10 à 12 heures par jour, dormant sur un matelas dans un placard, et plus tard servant même de passe-temps aux hommes de la famille.

Les liens vous enverront vers la traduction des mots imposés.
Les autres :
Baba : Papa
Adoud : Viens (en fait c’est du berbère)
Chouff : regarde
Habiba : ma chérie. C’est aussi un prénom, l’équivalent d’Aimée
Ami : mon oncle
Khleb : le chien.

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L’autre billet, « Le Vieux Pont« , est une participation au Sablier d’Automne, organisé par Kozlika et Samantdi

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12 Responses to Compétition Simply Moroccan

  1. Nous en avons ici aussi, à Paris, de ces petites cousines données par leurs familles à d’autres à peine plus riches mais qui promettent l’école en échange des services. Et combien tiennent leur promesse…

  2. Marie-Aude says:

    @Akynou, tout à fait. On verra si les lois Sarkozy ont au moins l’intérêt d’éviter ça à l’avenir….

  3. 5estrellas says:

    Mais se restreindre a 200 mot n’est une condition tu peux écrire ton texte en 300 mots ou plus! Relis les conditions!

  4. Marie-Aude says:

    @Sestrellas, les conditions ont changé. Initialement, le texte devait faire 200 mots.

  5. @les deux:
    Oui, j’ai adapté mal pas de règles: nombre de mots, date limite :).
    Marie-Aude, une seule condition manque à ta participation, c’est le lien vers SpeakMoroccan.
    Merci :).

  6. Marie-Aude says:

    Voilà c’est mis à jour

  7. Ah les vrais malheurs des (petites) filles, ça me retourne toujours…

    Je te lis depuis déjà quelques temps ici, à l’oasis et je viens de voir que tu es aussi sur casawaves. Je n’ai jamais commenté mais j’aime beaucoup ce que tu fais et ta vision du monde…

  8. Marie-Aude says:

    @petitejaponaise, merci :)

    Oui, je suis « bavarde » :) j’attends de te lire, toi… au boulot !

  9. Bill Day says:

    Brava! Quelle histoire charmante!

  10. 3az3ouza says:

    Trés bien écrit Marie Aude, on dirait une vraie marocaine :) Et tu traites de sujets qui fonts des malheurs à notre pays.
    Merci bien

  11. Marie-Aude says:

    @3az3ouza voilà un complement qui me va au fond du coeur :)

  12. Oups ! je n’avais pas vu que tu m’avais répondu… Mais je m’y étais mise quand même !
    Bon c’est le début, ça manque sacrément de profondeur… il va falloir que j’améliore ça :)

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