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Deux poids deux mesures ? lundi 16 juin 2008 à 12:52

Publié par Marie-Aude in : Culture et religions, Mékisonkon , rétrolien

Après la levée de bouclier contre la conception rétrograde et machiste de la femme par ces vilains musulmans qui veulent qu’une femme arrive vierge au mariage et arrivent même à pervertir les institutions de la république pour faire annuler un mariage…

je m’étonne qu’on ne s’insurge pas contre la tradition étouffante de la pureté chrétienne, qui a conduit un couple de braves catholiques romains à séquestrer leur fille pendant 18 ans parce qu’elle était tombée enceinte en dehors des liens du mariage.

Moralité : comme je le répète régulièrement, dans chaque religion il y a des fidèles tolérants et des fidèles fous… et ce serait bien de balayer devant sa porte et de retirer sa propre paille avant d’inspecter l’œil du voisin.
L’excision frappe autant les chrétiennes que les musulmanes, les anti-IVG évangélistes sont capables de tuer au nom du respect de la vie, etc.

Commentaires»

1. Yves - 17 juin 2008

Même si ça ne changera rien à la marche du monde, il est bon de temps en temps de parler :
- de la paille et de la poutre,
- du fait que l’excision est aussi pratiquée par les chrétiens (coptes catholiques) ; ce n’est donc pas l’apanage d’animistes ou de musulmans attardés,
- des barbares et des imbéciles épais qu’on trouve, généralement dans la même proportion, tant chez les gens dits religieux (chrétiens, musulmans, juifs, hindouistes…) que chez les autres.
Les musulmans dans certains pays, dans certaines classes sociales, ont dans leur tête un retard d’une génération ou deux par rapport aux occidentaux et cela, même s’ils ont un portable et connaissent internet. Ce n’est pas irrémédiable. Cela s’estompera nécessairement avec le développement économique, avec l’instruction des femmes, les changements de leur rôle dans la société…
Faut-il rappeler qu’il y a 40-50 ans, ici, on regardait les femmes divorcées, les “filles mères” (on ne disait pas mères célibataires) comme de vraies putes et qu’on les traitait comme telles? On ne les fréquentait pas, on les regardait de travers. Faut-il rappeler qu’on cassait la gueule aux “pédés” ? Faut-il rappeler qu’au Québec, il y a 40-50 ans, on refusait carrément d’accueillir dans les hôpitaux les personnes qui n’étaient pas catholiques ?

2. Larbi - 18 juin 2008

L’exemple le plus frappant est en effet les anti-IVG évangélistes. Quand je les voit s’exprimer , avec hargne et violence, criminalisant les mères je me dis que c’est l’extrémisme à son apogée. Et curieusement personne ne dénonce cela outre-atlantique et ne parle d’extrémisme religieux.
Très triste le sort de cette fille. Vraiment. Comme par hasard je viens de lire l’histoire chez toi Marie-Aude , aucun médias, en tout cas ceux que je lise, n’en a parlé.

3. Marie-Aude - 19 juin 2008

@Larbi Eh oui… j’ai vu passer la news sur Yahoo, elle n’est pas restée très longtemps en première page. On en a parlé en Allemagne, j’en ai parlé avec une amie qui était au courant… mais clairement pas avec la même exposition médiatique que si cela avaient été des parents musulmans.

@Yves, on en discutait un jour avec des clients à l’Oasis, d’origine italienne (décidémment) qui reconnaissaient que le mariage de leurs parents avait été ‘”arrangé”, pareil dans les années 50.

4. Reda - 19 juin 2008

il y aussi l’histoire dernièrement du curé italien qui a refuser de marier u n couple car l’homme était impuissant.

http://hamadiblog.blogspot.com/2008/06/o-il-est-question-de-vice-cach.html

5. Marie-Aude - 19 juin 2008

@Reda, dans le cas que tu cites, on tombe encore plus bas dans la bêtise humaine, car l’évêque outrepasse ce que dit la religion…

6. andrem - 30 juin 2008

Contrairement à mes habitudes, je n’ai pas suivi le raisonnement d’Eolas sur la question du mariage annulé. C’est un peu long à expliquer, et d’ailleurs je ne suis pas certain de la qualité de mes arguments.

Comme toujours, il faut pouvoir décortiquer les secrets détours de la réflexion, échapper aux préjugés, aux réflexes, qui nous poussent dans les arguments boomerangs ôù, à coup de bons sentiments laïcs, on tombe dans le piège de la quelquechosephobie. Les débats encore inachvés que je lis ici et là m’apportent sous la croûte des anathèmes quelques éléments (aliments) pour me nourrir, et je pense aller au bout.

Voilà. Un jour peut-être j’en écrirai davantage là-dessus, rien n’est moins sûr, mais je ne me résouds pas à l’argumentation du maïtre. Je voulais te le dire.

7. Marie-Aude - 2 juillet 2008

Je serais intéressée de savoir le pourquoi.

C’est de toutes façons un sujet compliqué, car on sent bien, derrière tout ça, qu’il y a effectivement le poids d’une tradition macho et patriarcale, et le spectre de ses excès.

En suivant l’affaire, j’ai finalement appris la raison du choix de l’annulation : cela leur permettait de se séparer sans se revoir, à la différence du divorce, où la présence des deux époux est indispensable.

Sur un autre blog, je me suis fait traitée de cul-cul romantique, parce que finalement, au fond des choses, pour moi ce n’était pas un mariage. La condition “essentielle” pour moi c’est la confiance mutuelle, et elle n’était pas là.

Mais ce qui me choque, dans cette affaire, ce n’est pas le fond, c’est la façon de tordre la loi, encore…

8. andrem - 3 juillet 2008

Il faut du temps devant soi pour trouver les bons mots, et surtout pour désemmêler ce qui trouble, la part de l’indiscible, la part des peurs et des préjugés, et la part d’une conviction laïque des relations entre hommes et femmes, même dans l’intime. Non pas antirligieuse, mais laïque.

Déjà, rien que ce paragraphe contient sa bonne dose d’ambigüités à lever et de malentendus à dissiper, non seulement entre toi et moi, entre lecteur et écriveur, mais entre moi et moi. C’est pourquoi je ne me suis pas lancé dans le débat, au demeurant souvent pitoyable tel qu’il a fleuri chez Eolas, sans faira avancer aucun schmilblick. Un pitoyable dont je ne tiens pas rigueur à Eolas, il développe ses arguments avec sa force habituelle et sa clarté irréfutable, je pense seulement à de nombreuses réponses dans les commentaires, qu’elles soient d’ailleurs pour ou contre la position d’Eolas.

Ce qui me sépare d’Eolas, et probablement de toi, est que je ne peux exclure la question de la virginité du débat. Mais, fautif ou non, J’ai compris que cette question n’avait pas à être évacuée comme un contingence ordinaire, comme une origine lointaine sans importance au regard de l’élément qui serait essentiel, à savoir la perte de confiance (confiance à sens unique, ceci dit, celle de l’homme en la femme).

Voilà. Il reste à étayer le pourquoi de l’impossibilité d’évacuer la question de la virginité. C’est le plus difficile, et c’est ce qui pourrait me prendre un temps fou. Et comme je ne sais pas dire les choses à moitié, je ne suis pas certain d’avoir vraiment envie d’approfondir ce point, le temps qui manque étant un alibi à la panne d’écriture du temps présent.

La seule chose que ,j’ai bien éclaircie, parce qu’il fallait commencer par elle avant d’aller plus loin, est que mes impossibilités n’ont aucun relent d’islamophobie, à la différence de beaucoup de ceux qui se sont indignés du jugement. Et s’il apparaissait que les relents existaient dans l’inconscient, j’en ferais mon affaire, je sais parfaitement que ces “traditions” n’ont rien à voir avec les religions, Islam ou autres, mais avec les pratiques et les usages dont la persistance date de bien avant l’arrivée du Livre. Mon Moine a écrit sur ce sujet bien mieux que je ne ferais ici.

Ce qui rend aussi difficile une approche raisonnée, qui ne se contente pas de décortiquer les textes du droit, mais qui élargi le champ, le fait originel étant tout sauf anodin, c’est la part de stratégie personnelle qui existe en chacun des deux protagonistes de l’affaire, l’homme et la femme. Je ne peux m’en faire qu’une idée très partielle, où je vais apporter le poids de mes propres préjugés, et faire penser à l’un et à l’autre ce que peut-être ils n’auraient jamais eu l’idée de penser, et inversement.

Or, la réflexion sur leur cas, dont l’intérêt est qu’elle débouche sur les interrogations de notre société, ne peut pas commencer sans ces secrets de leur intimité. Et nous n’y avons pas accès, sauf à regarder par le trou de la serrure. C’est pourquoi je ne peux aller plus loin. Ce n’est pas un échappatoire, c’est une véritable impasse et nous devons en prendre notre partie, et assumer les extrapolations que ce que nous savons de l’affaire nous fait faire. Tu en as évoqué un petit aspect en indiquant que l’annulation était préférable au divorce, qui leur évite de se revoir. Pour la même raison exactement inverse, j’aurais défendu le divorce plutôt que l’annulation, pour la nécessité qu’ils ont, tous deux, de se revoir pour en finir avec leurs propres mensonges, leurs propres principes, leurs propres exigences. Pour au moins se les entendre dire.

Notre Société vit mieux en chassant les non-dits.

Voilà, mon alibi du temsp qui manque n’a pas fonctionné cette fois-ci, voilà une heure que je tape. Et le devoir reste à la pelle. Tu m’as obligé d’avancer un chouïa dans le jungle. Je terminerai donc par une remarque un peu légère: ayant lu beaucoup de commentaires et d’articles sur cette affaire, je me suis dit qu’il était encore heureux que la juge ait été une femme. Que n’aurait-on lu sous la plume de certains si le juge avait été homme. Pour le coup, les enjeux en auraient été encore plus opaques.

Si tu t”y intéresse, je peux te renvoyer au billet que le Moine Théolone a écrit sur le sujet de la paternité et de la virginité :
http://theolone.canalblog.com/archives/2005/09/28/845940.html

9. Marie-Aude - 3 juillet 2008

Je suis assez d’accord avec toi sur le fait que “la virginité” soit importante dans ce débat.

D’abord parce que cette annulation, qui se fait pour les époux dans l’optique de suivre leur loi religieuse à travers la loi civile - cette annulation donc, est clairement musulmane.

Aussi déçu qu’il soit, un chrétien ne peut pas annuler son mariage parce que sa femme a péché avant. Le mensonge et la luxure sont deux péchés mortels, mais, unis pour le pire et le meilleur, on reste marié avec une pécheresse une fois qu’on a consommé.

Je ne me cache pas la vérité. Dans cette demande de ce couple, il y a toute la morale rigoureuse d’une certaine vision de l’Islam (je dis une “certaine”, car tous ne la pratiquent pas de la même façon, et les bédouins d’Arabie, par exemple, étaient nettement plus tolérants que leurs cousins des villes, si on croit ce que rapporte Thesiger).

Et cette vision, quelque part, est totalement incompatible, sur ce point avec notre inconscient judeo-chrétien.
En gros, on est face à une sorte de double contrainte : cette annulation ne serait acceptable que l’époux et l’épouse étaient tous les deux sincèrement convaincus que la tromperie était “essentielle”, et elle ne peut être essentielle que dans une vision morale et religieuse…

… mais justement notre vision morale et religieuse nous interdit d’accepter une annulation pour cette raison.

On parlait d’inné et d’acquis tout à l’heure… il y a beaucoup d’inconscient dans notre acquis.

Personnellement, je trouve que la condition de la virginité est stupide. ‘En soi”.
Après, comme tu le dis, nous ne sommes pas dans l’intimité de ce couple, nous ne savons pas ce qu’ils se sont dits, ce que leur famille ont dit, la raison du mariage, pourquoi elle a espéré que “ça passerait”.

Bien qu’en total désaccord avec eux, je ne me reconnais pas le droit de leur refuser de vivre comme ils le souhaitent.

Le moine Théolone a tout a fait raison. Lui et moi raisonnons sur deux plans différents.