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Grève à l’école mercredi 18 juillet 2007 à 12:08

Publié par Marie-Aude in : Allemagne, France, Politique , rétrolien

Je découvre que “Le secrétaire général de la FSU Gérard Aschieri estime que l’idée d’étendre le service minimum à l’Education nationale est une “provocation”, et témoigne d’une volonté “de restreindre l’expression même du droit de grève”.

Dixit Yahoo News.

Je me souviens de la stupéfaction de mes copains - copines allemands, professeurs de carrière, apprenant que les profs faisaient grêve en France. Ici, la grève est interdite aux fonctionnaires (comme en France, théoriquement), et un fonctionnaire faisant la grève serait immédiatement “licencié” pour faute grave.

Curieusement, ça n’empêche pas le dialogue social.

J’aime pô Sarkozy, mais je fais partie des gens qui pensent que le service minimum est une chose normale, pas seulement dans les urgences des hôpitaux. A condition bien sûr que les salariés et fonctionnaires puissent s’exprimer et être entendus, au lieu de se voir imposer des suppressions de postes innombrables pendant les vacances, sans avoir leur mot à dire sur l’impact que cela aura ensuite.

Pour mémoire c’est un peu ce que Sarkozy avait fait au Ministère de l’Intérieur, et la suppression des ilotiers a surement à voir avec le taux de récidive … en tout cas avec sa “non-baisse”. Mais il vaut mieux faire une loi. La seule chose rassurante, c’est que si cette loi est appliquée comme la précédente de 2002, toujours pas en place, finalement ça aura occupé les députés pour pas grand chose.

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Commentaires»

1. Pierre-O - 19 juillet 2007

Ouh la… disons que :

1/ Je pointe d’un doigt sévère le côté systématique bovin des profs à devoir faire grève par esprit corpo. Je sais de quoi je parle, c’est parfois caricatural mais c’est vrai.

2/ Cela dit, attention il est toujours dangereux, d’une manière que ce soit, de revenir (même un p’tit peu, même par touchettes et même par effet d’annonce) sur les droits de la grève (je dis bien “les droits de la grève” et j’invite à soupeser cette grande nuance).

3/ Je pense que - et alors je vais paraître terriblement intolérant et caricatural - que les affaires d’éducation, ne se règlent pas sur des plateaux télé en opposant une partie des Français aux autres. En somme, les affaires d’éducation (dans le sens de l’instution s’entend) se règlent avec les gens du milieu. C’est-à-dire que trop souvent nombre de gens ont des avis formidables sur comment faire ou comment dire ou comment ne pas faire sur l’éducation nationale sans en connaître les moindres rouages si ce n’est que d’emmener leur enfant à l’école et de dire bonjour à la maîtresse.

95% de la population (que ce soit des ouvriers, des artisans ou des ingénieurs : sur l’éducation ils ont les mêmes clichés…) savent si peu de choses sur l’éducation (l’institution, je répète) que moi ça me met en colère quand j’entends tout ce que l’on dit. Les ingénieurs ne supporteraient que quelqu’un de l’extérieur leur indique qu’ils se plantent dans leur protocole, les artisans ou entrepreneurs n’aimeraient pas qu’on leur dise qu’ils font des erreurs de compta… qu’entenderait-on ? “Vous n’y connaissez rien, alors vos gueules !”.

Et bien, donc, pour ce qui est de mon intolérance je serais comme lesdits ingénieurs, j’ai envie de dire à tous ceux qui traitent de loin (pensant de traiter de près) les problèmes de l’éducation qu’il ne suffit pas d’avoir été à l’école ou d’avoir des gamins qui y vont pour prétendre tout connaître. C’est un peu plus compliqué que “ah ben les profs, moins ils en font mieux ils se portent”.

Je m’explique. Le service minimum est une connerie puisque n’en déplaise à qui veut : il existe déjà ! Puisque en effet tous les profs ne sont pas grévistes, loin s’en faut vraiment… partout où je suis passé (quand j’étais pion notamment, donc en première ligne en cas d’absences), je n’ai jamais vu d’établissements fermer, encore moins des quinzaines sans un prof/instit sur place… alors évidemment, les journaux se gargarisent de l’exception dans tel collège ou telle école où ça fait 3 semaines que les élèves n’ont pas classe… mais ça c’est un établissement sur 10000 mais le fait de faire un sujet de 3/4 d’heure a un effet de loupe terrible… on parle toujours des “trains qui n’arrivent pas à l’heure”, et c’est super usant.

Après, il faudrait peut-être en effet s’interroger sur le pourquoi des grèves… c’est au 3/4, quand on veut bien s’intéresser au sujet et pas qu’à sa gueule, des grèves qui cherchent avant tout à protéger la qualité de l’institution et pas la vie rêvée des profs ou des personnels en général. Les demandes de revalorisation salariale sont rarissimes voire inexistantes comme dans d’autres types de grèves (ouvrières par exemple). La plupart du temps c’est pour demander des moyens pour l’école ou des postes et je n’aime pas cette idée qui transpire que les profs (ce tas de blaireaux donc à en entendre certains) défendent leurs “privilèges” ou je ne sais quoi par rapport à la pauvre masse laborieuse qui trime (et qui est la seule à travailler donc pour des salaires mirobolants).

Ensuite, on peut être licencié quand on est prof (et oui, même si c’est très compliqué !!!), seulement ça arrive évidemment très rarement pour une raison simple c’est qu’on ne vire pas des fonctionnaires pour des raisons budgétaires/financières comme dans une entreprise ; bref le prétexte n’est pas aussi simple. En revanche, dans cet esprit, que fait-on alors ? On supprime des postes !

Alors ceux qui gueulent quand ils disent que les profs sont tout le temps en grève sont les mêmes qui chialent dès que leur môme se retrouve dans une classe de 40 élèves, que le prof ne “personnalise” pas assez son enseignement… ce sont les mêmes à chialer et à crier au scandale dès qu’on ferme une école de campagne… alors que deux ans avant les profs/instits ont fait grève en essayant d’expliquer que telle ou telle mesure risquait d’entrainer ce qui justement s’est vérifié plus tard et qu’ils se sont fait traiter de feignasses… là, il y a un bins avec la carte scolaire où le blaireau de base va te dire “ben oui quand-même ! On peut mett’ not’ petit où qu’on veut quand-même ! J’ai pas envie qu’il soit qu’avec des Arabes, ben oui hein !!”… sans se rendre compte que ça va nuire à moyen à la qualité et l’équité du système “ben oui, quand-même”… encore une fois où l’on confond liberté sauvage avec égalité…

Moi j’en ai ras-le-bol qu’on pointe une sorte d’égocentrisme corpo-grégaire chez les profs alors que les premiers égoïstes sont souvent les parents d’élèves qui ne “supportent pas que Kévin il ait pas eu classe de maths depuis 2 jours”… etc… c’est pas par atavisme suspect que les profs/instits font grèves, ni par souci de vouloir garder leur si grands privilèges (ce sont pas les profs qui vont aux Bahamas en vacances mais davantage les carreleurs… là aussi, expérience perso !). Les profs sont les CSP les plus mal payées pour un niveau bac+4/5 (licence ou maitrise+un année minimum pour préparer le concours), on peut donc comprendre qu’il y ait au moins une compensation horaire. De la même façon je met au défis les gens d’expliquer à un prof de lycée qu’il peut faire 35 heures de classe, quand tu sais que le simple fait de chercher un texte pour une heure de classe peut te prendre 1h30… en France, par exemple, un élève de terminale à le niveau première année de fac des autres pays souvent. Une copie de philo à corriger prend en général minimum 3/4 d’heure… (oui, quand on veut bien faire son travail, ça va de soi, mais il y a des mauvais dans tous les métiers qui se cahcnet et ne se font pas forcément virer)

Je serais curieux de connaître le salaire des profs allemands, eux qui peuvent, notamment dans les facs je crois, négocier leurs revenus… et je me dis qu’”humainement”, si les gens ne protestent pas, ce n’est pas tellement par grandeur d’âme ou déontologie féérique mais plutôt parce qu’il y a peut-être moins à se plaindre aussi. Je ne vois pas en les Allemands ou les Français une nation “supérieure” (qualitativement) à l’autre. En soi, je déteste les comparaisons puisqu’elles sont inopérantes. En Allemagne le système éducatif n’est pas si formidable, les profs ne bossent 60 heures par semaine non plus avec leur demi-journée de classe. Je crois aux différences culturelles, de visions sur l’éducation aussi.

Si la France est un “pays de grévistes”, c’est aussi parce que nous ne sommes pas le pays de la négociation, et j’ai tendance à penser que si, certes, les syndicats sont parfois butés, il en est de même avec les ministères/les politiques qui (sous la gauche ou la droite) pondent d’abord des lois pour après les négocier. Les gens défileraient moins si on leur faisait pas de surprises.

Ce qui me gêne, c’est surtout, une fois de plus, de montrer du doigt une catégorie qui finalement serait l’origine de bien des maux ; comme si les profs étaient responsables de l’augmentation du prix du baril… c’est aiguiser des jalousies, un peu comme quand on oppose le secteur privé et le secteur public : les gens regardent dans la gamelle du voisin non pas pour avoir autant à manger que lui, mais pour qu’on lui en enlève… toujours tirer vers le bas…

Il n’y a jamais eu de négociations pour revaloriser les salaires depuis 40 ans dans l’Education Nationale, jamais eu de négociations directes avec les “gens du terrain” (pour employer une expression de winner de droite) pour écouter leur avis hormis quelques simulacres devant caméra ; on a toujours, du côté des dirigeants politiques, d’abord essayé de finasser pour enfumer l’opinion publique, balancer des trucs incroyables, très popu, en plein été pour agiter tout le monde.

Moi je demande seulement pourquoi tout le monde pense (sans connaître) que les profs, l’Education Nationale, est une espèce de paradis peuplé de feignasses qui se vautrent sur des privilèges… qu’ont-ils à se reprocher autant face aux finesses d’analyse des plombiers sur l’instutution… pourquoi en somme, seraient-ils toujours suspects a priori et jamais, eux aussi, de bon citoyen a posteriori ? Il y a-t-il toujours qqch de pervers qui coule dans leurs veines ? Passent-ils toujours des concours en rêvant de ne rien foutre plus ttard et de se plaindre ? la vocation, la “valeur travail” n’existe-t-elle que chez les ingénieurs ou les monteurs de pneus de chez Peugeot ? Enfin, faut-ils qu’ils ferment leur gueule parce que les autres la ferme aussi ? Faut-il que puisque justement leur satut leur permet d’être vigilant et moins risquer de se compromettre que les autres, ils se taisent ? Dans ces cas-là, ne seraient pas idiots à ne se taire ?

Voilà, juste mon grain de sel, qui - à dessein - est caricatural mais à l’image aussi de la caricature de ceux qui s’attaquent à cette catégorie paticulière…

;)

2. Marie-Aude - 19 juillet 2007

Waow ça c’est du commentaire.

1. Nous sommes d’accord.

2. Statutairement, en France non plus, comme en Allemagne, les fonctionnaires n’ont pas le droit de grève. Ils l’ont grignoté peu à peu mais le package global c’est la sécurité de l’emploi quasiment assurée (je parle des titulaires), la douce retraite, et pas le droit de grève. Alors mon côté “schpountz” dit que personne ne les a forcés à devenir fonctionnaire, mais que si on l’est on a signé un “contrat” et si on veut le changer on le fait légalement, par le biais des députés… On vire d’autant moins un fonctionnaire qu’on n’a pas besoin de le virer, il suffit d’une mise à disposition sans solde, c’est la pire des sanctions.

3. Oui. L’éducation nationale est un mammouth qui ne veut pas bouger, alors que la plupart des gens qui composent ce mammouth ont envie de bouger et de bosser “correctement” pour le bien des mômes. Mais c’est le côté figé de l’ensemble, qui est plus pris dans sa cangue qu’une défense de mammouth dans le permafrost.
Et les erreurs du politique n’améliorent pas. D’un autre côté, à chaque fois que le politique fait quelque chose, c’est mal :). Les tentaitives de grandes réformes ont toutes été tuées dans l’oeuf, et finalement il y a un seul consensus pour dire que ça ne va pas aussi bien qu’avant, mais aucune solution communément acceptée qui se dégage.

Contrairement à ce que mon post pouvait faire penser, je suis assez d’accord pour qu’on se mete en grève quand un prof ou un pion se fait attaquer… (d’ailleurs ce n’est pas de la grève c’est de l’abandon légitime de poste dans des conditions de sécurité insuffisante), et ce qui menace le plus l’accueil des gamins à l’école, ce ne sont pas les grèves mais les suppressions de poste…

En fait ce qui me gêne, c’est qu’on est à des kilomètres des vrais problèmes. D’un côté t’as un président pile électrique qui fait passer des lois qui itèrent simplement les choses (comme tu le dis, à l’école; le service minimum est “de facto” assuré, et quand il ne l’est pas c’est parce que le élèves font grève…), et en face des syndicats qui hurlent sur les principes, et à côté de la plaque.

La situation des profs d’école primaire et de lycée est similaire à celle des profs français en Allemagne. Les profs sont souvent des femmes, car c’est une des rares possibilité de travail à temps partiel, et les négociations ne sont pas particulièrement bonnes. Mes copines ne gagnent pas vraiment beaucoup, mais elles s’accrochent à leur boulot pour ne pas tourner chèvre. La situation est évidemment différente pour les Herr Doktor, ce sont eux qui peuvent réellement négocier leurs salaires dans les Universités, mais pour le reste du personnel, on leur impose, et comme tout ce qui est “public” et “para public” il n’est pas mirobolant.

Mais mes copines profs bossent énormément, comme les profs français, préparation de cours, correction, etc… avec simplement la charge de leurs enfants, puisque l’école est fermée l’après midi.

Les Allemands ne sont pas supérieurs aux Français. Mais la société allemande a une dynamique totalement différente, surtout dans les relations de travail.
Cela vient en partie de la culture allemande en elle même, “discussion sérieuse” et consensus, cela vient en partie de l’époque de prospérité économique, ou finalement on négociait les augmentations… Cela vient aussi d’un immobilisme plus fort, il y a énormément de gens qui font toute leur carrière dans une entreprise, et à côté d’un sentiment d’appartenance et de loyauté plus important.

Un Allemand souhaite être reconnu pour son rôle dans le cadre du groupe, alors q’un Français souhaite briller. Un allemand met le verbe en fin de phrase, ce qui pousse à écouter la phrase jusqu’au bout…

Le système craque bien sûr, avec la crise, mais malgré tout les grèves sont beaucoup moins fréquentes qu’en France, depuis que je suis ici j’en ai perdu l’habitude, et malgré tout les salaires progressent.

Il est illusoire de tenter importer ce système en France. La “co gestion” avec les syndicats est une réalité ici. j’ai connu en Belgique un système encore différent, où le consensus était le maitre mot officiellement, mais les syndicats beaucoup plus dictatoriaux. Avec jusqu’à 80% de syndiqués dans une entreprise, c’est assez normal…

Disons que j’ai relevé une différence culturelle :)