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Habiba - 10 mercredi 05 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolien

J’ai souvent refait ce voyage, j’en ai maintenant tant de souvenirs qui se superposent les uns aux autres, je ne sais plus en quelle année il y a eu l’accident qui nous a retardé, ni la femme qui a failli accoucher sur le bateau, il y a eu des arrivées par beau temps, par grand froid, de jour, de nuit.
Rien n’a effacé cette première impression, ce choc brutal d’un monde étranger, adouci par une fatigue qui me donnait l’impression de flotter dans du coton, et cette promesse de chance et de bonheur que la pluie me murmurait.

Le père d’Aziz est venu nous chercher, avec une vieille voiture, il m’a souhaité la bienvenue. Il nous a emmenés chez eux, pour que je puisse passer ma première journée à me reposer. Mina m’attendait, et toute la famille nous a fait la fête.

Ils avaient un tout petit appartement. Bien sûr, chez nous aussi, toutes les maisons ne sont pas immenses. Même de simple pisé, cela coûte de monter des murs. Même si elle est aride et peu fertile, la terre a un prix. Même si ce ne sont que des roseaux, il faut les couper et les monter pour faire un plafond, et les pauvres ont de petites maisons. Mais des maisons qui peuvent quand même contenir nos familles.
Mon beau-père avait un petit quatre pièces. Je crois que nous aurions préféré une seule chambre sur toute la surface de l’appartement. Et puis surtout, j’avais l’impression de me cogner au plafond ! Nos pièces sont hautes comme deux fois les vôtres, pour que l’air circule, que la chaleur puisse monter, et qu’on trouve un peu de frais sur le sol… Je ne me suis jamais habituée à ces plafonds oppressants, j’ai toujours eu l’impression d’être enfermée dans l’étable où Mâalou gardait ses moutons !

Je regardais tout, j’essayais de comprendre, de mémoriser, de trier, je débordais d’impressions, j’étais épuisée. Et heureuse !

Le lendemain, nous sommes allés nous installer chez nous.
Aziz avait bien fait les choses, il avait tout repeint, nettoyé, et les meubles étaient simples, et peu nombreux, mais solides. Et pour mes yeux qui venaient du douar, tout cela était un vrai luxe ! La douche, le chauffe-eau, et la cuisinière électrique, surtout.

Mina m’a emmenée au souk, et quand je suis rentrée, j’ai mis mon caftan de mariage, j’ai attaché la taille avec la ceinture de laine, remonté les manches avec les deux petites fibules d’argent que ma belle-mère m’avaient données, et, enfin, j’ai cuisiné mon premier vrai repas de femme, chez moi, pour mon mari !
Chez moi.
En France.

Et en même temps au Maroc.

Cela je l’ai vu tout de suite. J’étais encore presque au pays. Dans notre petite banlieue, il y avait tout autour de nous tant de Marocains, de Draouis, ceux qui venaient de la même vallée, les cousins, les amis, les gens de chez nous, qu’en oubliant le décor, je pouvais parfois me croire chez moi.

Je me sentais un peu seule la journée, sans Mina, et à quelques rues de leurs parents. Bien sûr je pouvais toujours sortir et allez les voir, mais ce n’était pas pareil, il fallait se préparer, au début j’avais peur de me perdre. Au douar, il y a toujours quelqu’un avec vous, et c’est la solitude qu’on cherche.

Le marché était une véritable expédition, je n’y allais qu’avec Lalla Zahra, ma belle-mère. Il fallait prendre le bus, et au retour les sacs étaient bien encombrants.

J’ai mis un mois à ne plus aimer la pluie. Trop d’eau, trop de froid, et vos averses sont sales, et le ciel reste gris, longtemps, des jours entiers.
Je me souvenais des pluies d’étés, amenées par le Chergui, ce vent qui vous brûle la peau alors même qu’il fait déjà trop chaud, quand son souffle passe sur vous, c’est comme la caresse d’une douce flamme, une bouffée quand on ouvre le four. Et soudain, après des jours et des jours de cette chaleur torride, qui dessèche les yeux, les lèvres et tout le corps, quand on n’en peut plus du bruit du vent, du sable et de la poussière, soudain de grosses gouttes, presque fraîches, et tout le monde court dehors pour recevoir cette douche.
Les premières minutes, on n’a même pas l’impression d’être mouillé, les gouttes se chargent de toute la poussière qui vole dans l’air, on voit bien leur trace sur les vêtements, mais ce n’est pas assez pour ressentir l’humidité. Et peu à peu cela vient, et les femmes rentrent, les enfants continuent à jouer.

J’avais besoin de soleil, j’avais tout le temps froid.

Aziz et Mina me rassuraient, on s’habitue, ils étaient habitués.

J’ai encore froid.

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Commentaires»

1. andrem - 5 décembre 2007

Bonjour Marie-Aude.

Je ne commente pas le n°10 de ton histoire, j’en attends juste la suite et la fin avec une impatience inquiète.

Mais j’aimerai savoir comment je peux aller lire tes billets protégés, je ne sais pas où se trouve la possibilité de l’inscription, à condition qu’il y ait bien une possibilité d’inscription pour les passe-partout et les regards multiples.

De toutes façons, je ne suis plus là pendant quelques jours, augmentés du temps qu’il me faudra pour rattrapper mon retard.

2. Marie-Aude - 5 décembre 2007

Mékeskidi ?

La protection était une erreur, un mot saisi dans la zone “mot de passe” qui aurait dû rester vierge. Elle est partie :)

A très bientôt, amitiés