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Habiba - 11 jeudi 06 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolien

Je me suis habituée à tout le reste, rapidement. Aziz travaillait chez un transporteur, parfois il était absent toute la semaine, mais nos week-ends étaient des retrouvailles heureuses. Nous appelions la famille, quelques minutes. Mina s’ennuyait de Youssef, elle ne voyait pas la fin, c’était aussi un peu difficile pour elle, elle aurait bien voulu échapper au joug de sa mère.

Elle est venue habiter chez nous. Même si je restais un peu seule dans la journée, à cause de son travail, au moins, le soir, quand Aziz était sur les routes, nous nous tenions compagnie. J’avais ma meilleure amie, mon mari, il ne me manquait que mon frère pour avoir mon monde parfait.

Et des enfants, bien sûr. Mais cela allait venir, très vite. Chaque semaine, maintenant, ma mère me posait la question, et Lalla Zahra regardait ma taille d’un petit air interrogateur à chaque fois que nous allions chez eux, le vendredi, après la prière.

Nous ne sommes pas repartis au pays pour la fête du Sacrifice. Il fallait économiser, et puis de toutes façons, ça n’aurait pas fait venir Youssef. Nous nous sommes tous retrouvés dans la maison des parents, nous avons sacrifié le mouton dans le garage, pour que les voisins ne se plaignent pas, et Aziz m’a dit « l’année prochaine, si Dieu veut, tu m’auras donné un fils ».

Un peu après Achoura, notre fête des enfants, à Noël, j’étais enceinte.

Je ne connaissais pas cette fête, je la découvrais comme une petite fille, fascinée par les décorations, les vitrines, et puis en même temps un peu inquiète, est-ce que j’avais le droit de profiter de tout cela, est-ce que je n’étais pas en train d’imiter les chrétiens ?
Aziz m’a rassurée, l’imam lui-même achetait des jouets pour ses enfants.
« Tu comprends, ici, pour les enfants, ce n’est pas possible de ne rien leur donner. Alors on ne fait pas Noël, on fait Achoura ! »

Ca a été une fille, ma petite Malika, ma reine, ma princesse, mon petit bijou.
Elle était tellement mignonne, tellement fragile, tellement belle. Quand je l’ai sentie tout contre moi, mon cœur a fondu, tellement fondu, c’était tout nouveau, et je me suis rendue compte qu’avant elle je n’avais jamais aimé comme cela.

C’est Lalla Zahra qui lui a choisi son prénom, comme toujours pour l’enfant premier-né. Elle aurait dû s’appeler Fatima, comme c’est la tradition pour la fille ainée, mais il y avait déjà dans la famille une Fatima fille d’Aziz, et cela aurait porté à confusion. J’aimais ce prénom.
Chez nous, on ne parle pas de l’enfant à naître, et j’avais été surprise que le médecin de l’hôpital me demande comment je comptais l’appeler. Ainsi, ici, vous décidez du prénom de votre enfant avant même qu’il soit né, sans savoir qui il est. Et cela ne lui donne pas le mauvais œil !

J’en avais ri avec Aziz, et ce soir là, nous avions simplement parlé des prénoms que nous aimions, des qualités que nous souhaitions pour nos enfants… Peut être avait il un peu orienté le choix de sa mère. En tout cas j’adorais la reine de mon cœur !

Mina aussi, même si elle était encore plus triste d’être séparée de Youssef, et de ne pas pouvoir avoir d’enfant.
Je retrouvais dans sa tristesse mon inquiétude, quand ma petite sœur se mariait avant moi.
Aziz aussi était fou de sa fille. Un peu déçu de ne pas avoir de garçon, bien sûr, et en même temps fier, et attendri. Mes beaux-parents nous ont offert de très beaux cadeaux, des vêtements, des jouets, un berceau, et on sentait bien que Lalla Zahra débordait d’un amour qui n’avait pas eu assez de deux enfants !

Pour les vacances, j’étais restée en France, je me sentais trop lourde pour voyager, et puis pour les papiers, nous ne voulions pas risquer que l’enfant naisse au pays. Mina était partie avec ses parents, emmenant nos cadeaux pour la famille. Une pièce de tissu pour chacune des femmes, du parfum pour Mâalou et ma mère, des jouets pour les enfants, des vêtements pour les hommes, et même un vélo pour un de mes oncles. Elle me ramena tout ce qu’on lui avait donné pour le bébé, vêtements, petites babouches minuscules, une petite chaîne en argent, du safran pour ses cheveux, du khôl, des couvertures brodées, tout ce que les femmes avaient pu préparer.

Aziz avait dû partit quelques jours à Marrakech, pour des affaires, mais le reste de l’été, il m’avait tenu compagnie.

Nous avons fait faire des photos, que nous avons envoyées au pays, et ma mère et Mâalou nous demandaient de mettre le téléphone près du bébé pour l’entendre gazouiller. Bien sûr Mâalou avait déjà plein d’autres petits-enfants, mais c’était le premier qu’elle ne pouvait pas voir, et cela lui manquait tellement !

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Commentaires»

1. Yves - 6 décembre 2007

Bon, ça commence à bien faire ces histoires de papiers, il arrive quand Youssef ? Il n’y a vraiment personne à bakchicher au consulat à Marrakech ? :-)

2. Marie-Aude - 6 décembre 2007

Ah là là sacrilège :) on ne bakchiche pas les fonctionnaires français, enfin (quoi que certaines rumeurs persistantes ont couru sur certains consulats au Maroc… mais pas celui de Marrakech, en tout cas pas ces derniers temps.