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Habiba - 13 samedi 08 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolien

Oui j’étais seule. A l’hôpital, seule Lalla Zahra et deux voisines étaient venues me tenir compagnie. Mina ne pouvait pas bouger, et Youssef n’osait pas trop, il était passé une heure rapidement.
Et j’étais heureuse, curieusement, de cette solitude. C’est si rare chez nous qu’une mère puisse profiter ainsi de son nouveau-né. Toute la famille s’en occupe, les mères, les grands-mères et les tantes, et malgré ma fatigue, et mes nuits trop courtes et mes jours épuisants, et les murs de l’appartement trop étouffant en ces chaleurs d’été, malgré tout cela, je goûtais mon intimité avec Zoubida, les curiosités de Malika, mes deux bras chargés de mes deux trésors.

Lalla Zahra restait avec sa fille, dont le fils, Mohammed, était né avant terme, juste quelques jours après ma fille. Mais tout allait bien, même s’il était petit et maigre comme un criquet.

Aziz est rentré, tout fier d’être encore papa, pas trop déçu du garçon qui ne venait pas. Ce serait pour la prochaine fois, et j’étais une bonne mère, qui portait bien de beaux bébés. Il voyait maintenant avec sa sœur qu’il était chanceux avec moi.
Il avait une autre raison d’être content, lui et son père avaient fait de bonnes affaires, grâce me disait-il à un homme de bien, qui les avait aidés à trouver un bon acheteur. Au début, le Hajj devait acheter la maison lui-même, mais il ne pouvait pas leur donner assez. Quand il avait compris pourquoi ils voulaient vendre, pour construire pour leur famille, au lieu de les pousser à accepter son prix, et faire pour lui-même une bonne affaire, il les avait présentés à un de ses amis, plus riche, qui avait effectivement payé beaucoup plus.

Grâce à cela, nous avons pu acheter la maison très vite. Bien sûr, cela n’avait rien de luxueux, un pavillon abandonné pendant quelques années, et sans doute pas nettoyé depuis sa construction. Mais il y avait assez de place pour nous tous, un jardin pour les enfants et les légumes, et puis c’était chez nous.
Il a fallu un mois entier pour le rendre propre et habitable. Tous les soirs, après leur travail, et tous les week-ends, Youssef, Aziz et son père partaient travailler, enlever les vieux papiers peints pourris, le parquet troué et tâché, refaire l’électricité, les tuyaux, tout ce qui rend une maison habitable. Nous étions tous très fatigués. Mina pouvait maintenant bouger, s’occuper de son fils et m’aider un peu. Elle venait tous les jours avec Lalla Zahra, et à trois, nous pouvions nous relayer, et nous reposer. Mohammed restait petit, tout fragile comparé à mes petits bouts bien rondes, mais il avait de très beaux yeux, éveillés déjà, des cils à décrocher la lune, et, malgré son arrivée précoce, il avait pris le temps de se faire une jolie coiffure de la chance, quelques cheveux bien noirs, tout fins, que Mina enduisait soigneusement de pâte au safran.

Nous avons aménagé un étage par famille. Le rez-de-chaussée pour les parents, qui n’auraient pas besoin de monter d’escalier, ni de beaucoup d’espace pour les bébés. Au premier, il y avait notre appartement, avec le grand salon, parce qu’au dessus, à l’étage de Mina et Youssef, il y avait moins de place, à cause du plafond en pente, sous les toits. Pas de carreaux, sauf au rez-de-chaussée, mais de la moquette, blanche chez nous, et bleue à l’autre étage. C’est moins facile à nettoyer, mais il n’y a pas autant besoin de fraîcheur que chez nous. Et puis cela économisait les tapis. On a racheté des meubles à un vieux couple heureux de partir à la retraite au pays, et Lalla Zahra m’a chuchoté qu’elle n’attendait que ça, à son tour, mais il lui faudrait encore attendre au moins cinq ans.

La veille de notre emménagement nous sommes venues toutes les trois, et à chaque étage, nous avons laissé une coupe de lait, une coupe de miel et une coupe d’huile, de la bonne huile d’olive rapportée de Marrakech par Aziz, pour que les anges reconnaissent le chemin, et que les esprits que Dieu a créés se sentent bien et nous aident à rester, heureux, longtemps.

Et c’est ainsi que notre vie a commencé.

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Commentaires»

1. yves - 8 décembre 2007

Ce que tu racontes du hajj qui trouve aux vendeurs un acheteur plus riche que lui, au lieu de leur serrer le kiki, je l’ai vu à Fès. Cette forme d’ “honnêteté” et de générosité est vraiment admirable.

2. Marie-Aude - 8 décembre 2007

Oui c’est vrai. J’ai souvent entendu des musulmans âgés dire que de toutes façons on n’emporte pas son argent dans sa tombe.