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Habiba - 17 mercredi 12 décembre 2007 à 09:00

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolien

En préparant le pain du soir, pendant qu’elle pétrissait le pâton, Mina me raconta ce qu’ils avaient appris. Que la famille à laquelle Aziz avait acheté la maison à Marrakech était la famille du Hajj, une de ses sœurs et ses enfants. Qu’il n’y allait pas pour faire des affaires, mais simplement pour rendre visite à ces femmes. Et qu’on disait dans le quartier qu’il allait épouser une des filles aussitôt qu’il pourrait la faire venir en France.

J’étais en colère, j’étais humiliée, j’étais triste, j’avais peur. J’ai commencé par pleurer, tellement pleurer, toute la soirée. Je me suis cachée dans la chambre, et Mâalou et ma mère sont venues essayer de me consoler, mais que pouvait-elles faire ?

Vous ne pouvez pas comprendre cela, vous, dont les femmes chassent les hommes infidèles, et reçoivent de l’argent, et gardent leurs enfants. Je risquai de tout perdre, en plus de l’estime et de l’affection que j’avais pour Aziz, qui s’étaient écroulées en un instant.

Si au moins il s’était comporté correctement. Qu’un homme veuille une deuxième femme, après tout, c’est normal. Même notre prophète en a eu quatre, et il les traitait bien, toutes, les rendait heureuses, et faisait tout pour éviter les conflits et la jalousie entre elles. Mais là, Aziz m’avait menti. Il avait raconté n’importe quoi pour justifier ses absences, au lieu de me dire qu’il avait rencontré une autre fille, et qu’il souhaitait se conduire honorablement avec elle et l’épouser.

Tout tournait dans ma tête.

Je me suis souvenue qu’il voulait me faire vendre mes palmiers, mon bien qui me venait de ma famille, pour acheter cette maison, pour entretenir sa fille. Il avait tout gâché…

Quand je racontais cela à Mâalou, elle prit son air le plus sévère, celui qui nous faisait peur quand nous étions enfants, celui qu’elle réservait pour les fautes graves, par exemple quand l’un d’entre nous mentait. Nous avions appris à toujours dire la vérité, que notre oui soit oui, et qu’on ne puisse jamais en douter. C’était notre honneur, et quand on nous demandait, après une bêtise « c’est toi qui a fait cela ? » il suffisait que nous répondions « non, ce n’est pas moi » et l’affaire était classée. Les gens de chez nous ne mentaient pas, et Aziz nous avait menti à tous, à moi, Youssef, Mina, et pire encore à ses parents, pendant près d’un an.

Et tout ça pour une fille de rien, une fille dont la mère acceptait qu’elle reçoive un homme à la maison sans être mariée ! Mais qu’est-ce qu’on pouvait attendre d’une marrakchia ? Qu’elle tortille son cul, qu’elle aille chez le fqui pour faire des sorts, et qu’elle mette des herbes dans sa nourriture, pour attacher un homme. Menteuses, intéressées, hypocrites, on dit chez nous que les marrakchias sont les plus dangereuses, celles qui connaissent le plus de sorts, des sorts que même les marabouts les plus puissants ne peuvent pas délier.

Et c’est cela qui avait mis la main sur mon mari ! Dès qu’il l’aurait épousée et fait venir en France, il me renverrait chez nous, au douar, il garderait les enfants, et c’est elle qui serait dans notre maison, là où nous avions tant travaillé pour pouvoir l’acheter, la décorer.

Si j’avais pu garder mes enfants, après tout, cela ne m’aurait pas trop dérangée. Trahie de la sorte, je ne ressentais plus rien pour Aziz, que je n’avais finalement jamais vraiment aimé. Cela je le savais depuis toujours, Youssef et Mina s’aimaient, moi Aziz m’avait voulue et je m’étais habituée à lui.
Tant de mariages chez nous sont arrangés, le garçon et la fille se rencontrent sans se connaître, et se font l’un à l’autre. J’aimais bien Aziz, je l’estimais, il s’était bien occupé de nous, il savait me rendre heureuse le soir, quand il remplissait ses devoirs, attendre que mon corps s’échauffe et profiter de mon plaisir avant le sien. Il ne m’avait pas reproché de ne pas faire de fils, avant la naissance de Hassan. Et soudain tout avait changé, il était devenu menteur, il nous délaissait pour cette fille.

Youssef était fou de rage, pour notre famille, pour l’honneur, pour ce qu’on disait d’Aziz à Marrakech, qu’il refusa de me répéter, et pour moi, sa sœur préférée. Mina aussi, et elle imaginait, je crois, ce qui se passerait si Youssef agissait de même. Mais elle ne comprenait pas le changement de son frère…

La marrakchia avait dû lui faire manger quelque chose, un plat où elle avait mis de ces poudres qui volent la tête d’un homme, de ces mélanges répugnants, avec des peaux d’iguane, des morceaux de serpents. Et maintenant qu’elle l’avait accroché, elle avait tout ce qu’il fallait pour le garder, ses ongles, son jus, ses cheveux, tout, ce qu’il fallait pour continuer, à chaque voyage, à l’accrocher, et à le faire revenir encore et encore.

Je la devinais, une petite, mince et fluette, blanche de peau, des tout petits seins, des mains longues et fines, des pieds tout étroits, presque une fillette, presque pas une femme. Et la mine de Youssef, qui l’avait entre aperçue, me confirma qu’elle était bien comme cela, le rêve d’Aziz, contre lequel je ne pouvais plus lutter, avec mes seins alourdis et mes hanches élargies par ses enfants.

Bien sûr, on en parla à mon père et Bâalou. Et ceux-ci ont prévenu Ami Hassan, qui au début n’a pas voulu croire que son fils unique pouvait se comporter ainsi, et lui mentir. Lalla Zahra rejeta tout de suite la faute sur moi, si j’avais su m’occuper de son fils correctement il ne serait pas allé voir ailleurs. Et Ami Hassan en a toujours voulu à Youssef de sa découverte, comme si en apprenant les choses il en avait été complice, comme si, en portant au jour le péché d’Aziz, il y avait pris part.

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Commentaires»

1. Yves - 12 décembre 2007

L’enfoiré !!!

2. Marie-Aude - 12 décembre 2007

Tout à fait d’accord.