Habiba - 18 jeudi 13 décembre 2007 à 09:00
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolienOn décida de deux choses. D’abord ne pas brusquer Aziz, qui était en France. On lui parlerait, mais face à face, et Ami Hassan décida qu’il rentrerait avec nous. Mais en attendant, je devais faire comme si de rien n’était et rester aimable, quand Aziz nous appelait le samedi soir. Parce que maintenant il fallait compter avec l’autre, et à chaque fois, se dire que si nous fâchions Aziz, il irait se plaindre à elle, et elle le consolerait, elle lui dirait qu’il avait raison, et se l’attacherait encore plus.
Elle était déjà dans le lit de mon mari, et elle était maintenant arrivée dans ma vie, avant d’entrer dans ma maison. Mais c’est notre sort, à nous les femmes, d’accepter la volonté de notre mari. Et tout ce que je pouvais faire risquait d’éloigner Aziz encore plus, il me répudierait et il garderait les enfants.
Mon père décida de lutter contre la marrakchia avec ses propres armes, et d’aller chez un marabout qui pourrait peut-être libérer Aziz de son emprise. Il emmena chez le saint homme deux beaux boucs, et nous avons tous espéré que cela serait efficace.
Plus je réfléchissais, plus je me rendais compte à quel point j’avais été bête, aveugle et confiante. J’essayais de ne pas trop pleurer, pour que mes enfants ne se rendent compte de rien, mais parfois c’était trop fort, et je courais m’enfermer dans ma chambre.
Déjà je disais « ma chambre », comme si je me sentais déjà divorcée. La chambre de mes noces redeviendrait ma chambre de vieille femme, quand Aziz me renverrait.
Je cherchais à savoir quand cela avait commencé, pourquoi, sûrement pas la première fois, puisque Aziz n’était pas seul quand il avait vu le Hajj. Et tous ces cadeaux, toutes ces attentions envoyées à la femme du Hajj, et qui étaient sûrement arrivées chez cette fille ! Le henné de nos champs, et les coussins que j’avais brodés, et sur lesquels elle devait poser ses pieds. Ce détail me rendit folle, la chaleur me montait aux joues, les mains qui tremblaient, et je n’y voyais plus clair. Non, un homme ne peut pas faire ça, on ne traite pas la mère de ses enfants de cette façon.
Cet été là a été le plus triste de ma vie, parce que mon chagrin était tout neuf, vif et violent comme le jus d’un citron trop vert mordu à pleines dents. Après, je me suis habituée, j’ai découvert les faiblesses d’Aziz, les unes après les autres, mais jamais plus je n’ai ressenti ce désespoir profond devant ma vie gâchée, comme celui d’une enfant à qui on vient de casser son unique jouet.
Je faisais de mon mieux pour faire bonne figure, rire avec mes enfants, et cacher mon humiliation au peu de personnes qui n’étaient pas au courant. Mais on ne peut pas garder de secret chez nous, et Aziz et moi étions le sujet de conversation des cuisines.
Un autre mariage a eu lieu dans la famille cet été là, un de mes petits frères avec une de ses cousines. Ce fut une belle cérémonie, avec tout ce qu’il fallait, les préparatifs, le temps du hammam, et les sept jours sous le voile rouge. J’aurais dû être une des assistantes de la fiancée, ces deux femmes qui exécutent tous ses désirs, pour que personne d’autre n’entende sa voix, ou ne risque de voir son visage, pendant ces sept jours. Mais avec ce qui m’arrivait, je risquais de lui porter le mauvais œil, et on me remplaça par ma sœur Amina. J’en étais plutôt contente. L’assistante doit aussi donner des conseils à la jeune fille, la rassurer peut-être à la dernière minute, l’aider à se préparer à sa nuit de noces, pour qu’elle n’arrive pas ignorante et effrayée. Et je ne voyais pas ce que j’aurais pu lui dire « sois une bonne épouse et ton mari t’aimera et il ira à Marrakech dépenser son argent et donner ton henné à une fille ».
Même pendant la nuit de la préparation, je restais un peu à l’écart, je ne participais pas aux chants des femmes, je ne passais pas au dessus du brasero d’encens pour parfumer mes jambes et l’intérieur de mon caftan… à quoi bon ? Pour qui ? Quand Aziz avait-il commencé à faire des comparaisons, à me trouver moins attirante, à penser à l’autre, la nuit, dans mes bras ?
Je lui souhaitais tout le bonheur possible, je lui souhaitais un bon mari, sérieux et sincère, des enfants, et pas de mauvaises surprises.
Mais pour elle ce serait plus facile. Les choses se passaient comme il se doit, vers les dix heures du soir nous sommes partis, en cortège, l’emmener dans sa nouvelle maison, suite de voitures et de camions qui klaxonnaient au cœur de la campagne déjà endormie.
A minuit, à la porte, les prières ont été dites, et puis elle est montée, toute petite, toute menue, vers sa nouvelle vie.
Mais ma chambre de femme avait été construite chez mes parents, et je n’avais finalement peut être jamais été vraiment mariée, j’étais toujours restée simplement la fille de mon père, et la marrakchia prenait une place qui était restée vide…. Nous étions restées dans une pièce, en bas, à attendre, en chantant encore, et encore, je restais silencieuse. A deux heures du matin, c’était fait, on nous apporta la preuve de la virginité et l’honneur de notre famille, et tout le voisinage fut mis au courant par nos you-yous victorieux.
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Commentaires»
Pas si vite! J’ai commencé le feuilleton qu’hier, moi :-p
Et en plus, avec ma connexion anémique, c’est dur… :-s
:) oui mais si j’arrête de publier il y en a peut être qui vont râler :)
Je râle déjà, nous sommes le 14.
C’est à 9h00 tous les matins, au moment du café, avant de bosser sérieusement !