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Habiba - 23 décembre 18 2007

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolien

Comme moi. J’étais un peu étrangère ici, pas beaucoup, mais plus tout à fait chez moi. Notre chambre sentait bien un peu la poussière, malgré le grand ménage fait avant notre arrivée, et le lit me paraissait bien dur. C’était sans doute ce que Brahim et Leila appréciait le plus, de pouvoir dormir avec leurs cousins, à point d’heure, se couchant où le sommeil les prenait, l’instant d’avant en train de jouer, et brusquement plongés dans le sommeil. Les semaines où Aziz rejoignait son autre femme, je retournais dans le salon des femmes, et Leila se blottissait contre moi, redevenant une toute petite fille.

Quand nous sommes rentrés, j’ai eu l’impression d’avoir laissé sur place une autre Habiba, celle qui courait librement dans le douar, qui s’émerveillait des petits immeubles de Zagora, et qui avait une place où elle était chez elle, tout le monde la connaissait, toute sa vie s’était déroulée là, et rien n’était différent entre elle et les autres. Celle petite Habiba, je l’ai enfermée quelque part dans mon cœur, et puis je suis rentrée en France, où j’étais aussi, autant, aussi peu chez moi.

L’atmosphère était tendue à notre retour, les filles se taisaient en préparant le dîner et en nous aidant à ranger nos bagages, et Hassan parlait un peu trop. Mina, revenue quelques jours plus tôt avec Youssef et ses jumeaux n’avait rien remarqué. Zoubida, qui avait des horaires irréguliers, s’enfermait aussitôt rentrée dans la chambre qu’elle partageait avec ses sœurs, et Hassan passait peu de temps à la maison, entre ses amis, et un travail de nuit qu’il avait trouvé, pour une partie de l’année. Et Malika restait silencieuse, le plus souvent elle rentrait en bus au lieu de caler ses horaires sur ceux de son père, et elle passait voir ses amies avant de venir m’aider. Le premier week-end fut occupé par les courses pour la rentrée des petits, Malika détestait cela et je la laissais à la maison pendant que nous partions affronter la cohue de la grande surface, les cahiers, les marques. Cette année là, Leila et Brahim nous harcelèrent un peu moins que d’habitude pour les derniers vêtements à la mode où les trousses des derniers dessins animés. Je leur rappelais leurs cousins, au pays, et la chance qu’ils avaient, pendant qu’Aziz haussait les épaules, en me disant qu’il n’avait pas autant travaillé que cela pour refuser à nos enfants ce que nous n’avions pas eu.

Malika était sortie, entre temps, elle nous appela un peu avant le dîner, elle était partie chez une amie, une autre secrétaire avec qui elle travaillait, et qui habitait dans une autre banlieue, elle n’avait pas vu passer l’heure, et elle préférait rester dormir chez son amie, avec plus de deux heures de trajet. Aziz connaissait bien la famille de l’autre fille, et cela ne posait pas de problème, même si nous aurions préféré qu’elle ne nous prévienne pas à la dernière minute, mais Mohammed était blanc de colère, et quand je lui demandais en rien si il comptait enfermer sa sœur comme un barbu afghan, il me répondit brutalement que je n’y comprenais rien. Et sur un geste de son père, « on ne parle pas comme cela à sa mère », il partit en claquant la porte.

C’était bien la première fois qu’une telle dispute arrivait.
Brahim expliqua à Leila que quand il serait grand, il l’accompagnerait partout, pour qu’elle puisse sortir sans fâcher Hassan, et je les envoyais au lit le plus vite possible.
La violence de Hassan m’avait ramenée des années en arrière, quand Aziz s’était fâché avec ses parents au sujet de la marrakchia.
Pendant toute la semaine, mon fils a été absent, ne restant à la maison que pour me saluer, prendre ses repas et changer son linge. Il évitait ses sœurs, même la petite Leila et répondait à peine à nos questions.

Le vendredi soir, c’était au tour d’Aziz d’être en colère. Il est rentré de la mosquée avec un visage de fer, et la main qui tremblait. Sans rien dire il s’est assis dans le salon, sans même allumer la télévision, ni me remercier pour le thé que je lui ait apporté.
Une heure il est resté ainsi. Les petits sont repartis dans leur chambre, Zoubida aussi, et Hassan, lui, est resté avec moi. Oui il pensait savoir pourquoi son père était en colère. Non, il ne pouvait pas me dire. Je le pressais de questions, c’était soit à cause de mon frère, soit à cause de Malika « Ne me demande pas Maman, s’il te plait, ne me pose pas de questions, je ne suis pas sûr, je ne peux pas répondre ».

La porte du bas s’est refermée, et j’ai entendu les pas de Youssef, qui passait devant notre porte. Donc c’était Malika qui avait provoqué la colère de son père. Avec un péché de fille…

Elle est rentrée juste à temps pour le dîner, et aussitôt entrée dans le salon, Aziz s’est levé, sa ceinture à la main.
« Tu étais avec lui. » Ce n’était pas une question. Elle avait du courage ma fille, elle n’a pas nié, juste baissé les yeux :
« - J’étais avec lui, mais j’ai toujours mon honneur.
- Ton honneur ! Alors que tout le monde en parle, tout le monde sait que tu fréquentes un incroyant, que tu mens à tes parents.
- Je ne vous mens pas.
- Tais-toi, ce week-end tu étais avec lui, on t’a vue !
- Avec lui et Meryem (son amie chez qui elle avait prétendu dormir), elle peut dire il ne s’est rien passé.
- Parce qu’il vaut quelque chose, le témoignage d’une fille qui t’aide à tromper tes parents ! »
Et le premier coup de ceinture est parti, il l’avait prise par le bras, et j’ai compté quinze coups, et autant de cris, avant qu’il la laisse partir.

J’ai voulu la suivre dans sa chambre, mais Aziz m’a demandé de servir le couscous, et il a crié « à table », suffisamment violemment pour que tout le monde soit à table dans la minute. Aziz a demandé aux petits comment s’était passée leurs premières journées d’école, et ils se sont pris au jeu, et leurs bavardages ont détendu leur père.

Après le dîner, j’ai pris un peu de couscous que j’ai réchauffé, du thé, et de la crème de rose, et je suis allée voir ma fille. J’avais beau être terriblement en colère après elle, il fallait bien que je prenne soin d’elle.

Elle s’était juste jetée sur le lit, pas déshabillée, et elle avait dû rester dans la même position toute la soirée, à pleurer, entièrement cachée sous la masse de ses cheveux noirs.

Je me suis assise à côté d’elle, et je l’ai sentie si malheureuse, il y avait tant de tristesse dans ce corps immobile et tendu, que ma colère s’est rentrée.

Commentaires»

1. a.ba - 17 février 2008

honteux de laisser frapper ses enfants apres il sera difficile de setonner de la cruate du monde des adultes