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Habiba - 24 mercredi 19 décembre 2007 à 09:47

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolien

Non je ne te comprends pas, tu détruis tant de choses pour l’espoir d’un bonheur, crois-tu que cela en vaille la peine, dans cinq ans ton bel amour ne sera plus qu’un mari, un homme auquel sourire quand il rentre tard, un homme que tu devras garder toute ta vie, même quand il te trompe, même quand il t’oublie.

Tout en lui massant les épaules avec la crème, je gardais tout cela pour moi. Partagée entre la colère, la pitié

Elle m’a parlé.
Elle voulait que je la comprenne.
Que j’accepte son choix, que je la soutienne.

Durement, elle m’a parlé de toutes ces années, des humiliations que j’avais essayé de leur cacher, de leur colère contre Aziz quand je pleurais, de leur incompréhension que j’accepte tout cela, et ses mots étaient aussi violents que les coups de son père.

J’ai essayé de lui faire comprendre, qu’il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien, c’est notre foi qui donne à l’homme le droit d’avoir plusieurs femmes, plutôt que de vivre dans le péché, et que je ne voulais pas les perdre, je ne voulais pas divorcer, pour qu’elles restent avec leur père, qu’est-ce que j’aurais pu faire, toute seule, sans mes enfants ?

“Eh bien tu vois, Maman, Eric, lui il n’est pas musulman, il n’aura pas une autre femme en même temps que moi. Et lui ou un autre, jamais je n’épouserai un musulman, pour me retrouver comme toi, ou comme Zahra, ou comme…” et suivit la longue litanie des noms des femmes du quartier.

Mais je n’entendais plus.

Elle était trop jeune pour comprendre ce qu’elle disait, pour savoir que plus personne dans la famille ne voudrait la voir, que son enfant nous ferait la honte, et qu’on ne revient pas sur tout ça.
Bien sûr, elle savait tout ça. Mais elle ne savait pas ce que cela voulait dire.

Je n’ai pas envie de repenser à tout ce qui s’est passé, pendant les semaines qui ont suivies. J’envoyais les petits le plus souvent possible chez Mina, il ne se passait pas une soirée sans qu’Aziz se fâche après sa fille. Elle était accompagnée matin et soir, maintenant, plus aucune sortie, et Hassan en faisait autant pour sa sœur, fermé, triste, et tendu, nerveux, presque aussi violent que son père, mais d’une violence qu’il gardait en lui.
Je ne pouvais plus rien dire, Malika nous détestait tous, sauf Zoubida, qui ne disait rien, rien du tout, et s’enfermait dans sa chambre aussi longtemps que possible.

Aziz avait essayé d’arranger un peu les choses. Il lui avait promis qu’elle pourrait choisir son mari, du moment qu’il soit musulman, qu’il comprenait, que les choses ne se passaient plus de la même façon.
Et quand elle lui avait répondu qu’elle ne voulait que son Eric, et que jamais il ne se convertirait, et que ce n’était pas important, il l’avait encore battue.

Bien sûr, un jour elle s’est sauvée. On ne pouvait pas la garder toute la journée, tout le temps, elle a profité de la visite à la médecine du travail, et elle est partie.
Elle a juste prévenu son frère, par SMS.

Pas un mot pour nous, rien. Mais que pouvait-elle dire ?

Et quand Aziz a reçu la visite de la police, parce que son Eric avait porté plainte, en disant qu’on le menaçait, ça a été fini.
Pour Aziz, Malika était morte. Il nous a interdit de jamais parler d’elle, de jamais la revoir.

Bien sûr elle a changé de travail, bien sûr elle est partie ailleurs.

Et j’ai deux petits-enfants que je n’ai jamais vus.

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Commentaires»

1. Yves - 19 décembre 2007

Dure, la vie de beurette !!! Encore heureux pour elle qu’elle n’ait pas été amenée, sous un prétexte quelconque, au bled et mariée de force ; ça arrive parfois.

2. Marie-Aude - 19 décembre 2007

Je pense qu’une des choses qui l’a sauvée, c’est la culpabilité d’Aziz, et le fait que la famille le considère déjà comme un mauvais mari. Alors si en plus il devient un mauvais père qui ne sait pas élever ses enfants, c’est la catastrophe…

3. andrem - 19 décembre 2007

La suite de l’histoire ne retire rien à ce que j’écrivai chez toi récemment, mais le renforce.

La foi dont elle se réclame n’est pas celle du livre. Elle est celle dont les hommes ont dit qu’elle était celle du livre.

4. Marie-Aude - 19 décembre 2007

Disons que … les hommes sont beaucoup plus accrochés que les femmes à ce privilège que leur donne la religion, et ont tendance à totalement oublier les contraintes qui vont avec.
Il est clair qu’Aziz, dans sa façon de faire, ne respecte pas le Coran.

5. andrem - 21 décembre 2007

On dirait que l’histoire est finie. Elle ne l’est pas, elle est au présent désormais. Il faudra qu’elle les voie ses petits enfants, et que Malika lui pardonne d’avoir été sa mère.

Il faudra que malika pardonne aussi à son père, sans attendre qu’il fasse amende honorable, s’il le fait. Leurs chemins à tous sont escarpés.

Je vais travailler chez moi.

6. farah - 27 décembre 2007

Pas de suite ? Je vois qu’il y a une rubrique codée… est ce la suite de l’histoire ? Je suis affamée de lire les mots d’habiba