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Habiba - 25 lundi 31 décembre 2007 à 09:15

Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolien

Aziz a décidé de renvoyer Zoubida au Maroc. Tout de suite, pour qu’elle ne fasse pas comme sa soeur, pour qu’elle ne se sauve pas. Une fois là-bas, au bled, elle serait en sécurité, il n’y aurait pas d’aroumin pour lui tourner la tête, et elle pourrait prendre le temps de se trouver un bon mari.

Mais c’était déjà trop tard. Ma Zoubida aussi avait la tête tournée. Et pire encore, mais ça je ne le savais pas encore. Elle a rusé, comme une marrakchia.

Quand son père lui a dit de faire ses bagages parce que le lendemain ils retournaient au pays, elle lui a répondu que ce n’était pas la peine, elle, elle voulait se marier ici, et avec le fils du boucher. Il la regardait depuis longtemps, elle le savait, il lui plaisait bien, alors plutôt que de payer un aller-retour pour la faire revenir se marier ici, et peut-être lui faire perdre les papiers entretemps, il ferait mieux d’aller s’entendre avec son ami, et voir quand ils pourraient être unis.

Aziz l’a regardé, il hésitait entre la colère – depuis quand les filles s’occupent de leur mariage elles-mêmes ? - et le soulagement, de ne pas avoir à faire ce voyage avec une adolescente récalcitrante, et d’avoir une solution toute prête sous la main.
Hassan levait les yeux au ciel, et puis il est sorti travailler. Son père est reparti à la mosquée, et pendant une semaine, il a hésité, il parlait avec le boucher, et Hassan était chargé d’accompagner Zoubida matin et soir, il se relayait avec Mohamed.

Heureusement Leila était trop jeune encore pour mal faire. Et puis Youssef savait bien qu’elle ne pouvait pas repartir là-bas, chaque vacances c’était plus difficile. Elle et Brahim ne parlait pas la langue, ils avaient à peine quelques mots de berbère, bien sûr ils comprenaient un peu ce que nous disions, mais quand je voulais leur dire quelque chose il fallait que je parle français.

Aziz s’est entendu avec le boucher. Mais il fallait attendre pour le mariage, son fils devait d’abord trouver un appartement, et finir ses études, il devait avoir son diplôme en juin, un bon diplôme, pour travailler dans les bureaux, gagner de l’argent. Et il était très amoureux de ma fille.
Cela embêtait beaucoup Aziz d’attendre aussi longtemps, de ne pas pouvoir se débarrasser tout de suite du problème, chaque soir quand il voyait Zoubida il poussait comme un soupir de soulagement, il n’avait jamais autant fait attention à elle. Mais puisqu’ils s’aimaient, après tout, le pire qui puisse arriver, c’est d’avoir à avancer le mariage.

Chez nous, quand on a décidé de se marier, c’est comme si c’était fait. Peut être que cela vient de notre passé de nomades, on n’avait pas toujours un imam à côté pour dire les prières, alors on fait confiance aux jeunes, pour qu’ils tiennent leur promesse et se marient.

On les a donc fiancés, une jolie fête, il manquait ma fille, bien sûr, mon autre fille, qui aurait pu être là à aider, à habiller sa sœur, à lui faire changer plusieurs fois sa coiffure, son maquillage. Zoubida n’avait pas trop envie de faire une telle fête, elle voulait “juste une petite cérémonie avec les deux familles”, les prières et un dîner, mais je crois qu’Aziz voulait laver son honneur, et prouver qu’il avait encore une fille qui elle savait se tenir.

S’il n’avait pas fait si froid, on aurait pu se croire chez nous, tous les marocains du bloc étaient venus, et les femmes m’avaient aidées pour les gâteaux. Nous avions sorti nos plus beaux caftans, fait le henné, mis les CD de musique du pays, les femmes en haut, les hommes en bas, et puis à la fin de la journée, quand il n’y avait plus que la famille, tous ensemble.

Aziz était heureux, ému. Plusieurs fois, il a demandé à Hassan quand il allait se marier, lui aussi, pour vraiment pouvoir faire une belle fête, la fête du premier mariage du premier garçon…
Et le soir, il m’a touchée, quand il m’a dit que, malgré tout, la marrakchia, elle, ne connaîtrait jamais cela.

Après la vie est redevenue plus douce, il était moins sévère avec Zoubida, elle avait pris les bonnes décisions. Nous avions rangé toutes les affaires de Malika, et Hassan avait trouvé un moyen de lui faire parvenir l’essentiel, le reste on l’avait donné, et plus rien ne faisait froncer le sourcil à Aziz, il pouvait vraiment oublier que sa fille existait.

Pas moi.

Commentaires»

1. Altair - Cécile - 31 décembre 2007

Les fiancailles et les compromis ;)

2. Marie-Aude - 31 décembre 2007

Attends :)

3. Altair - Cécile - 31 décembre 2007

Me doute bien que tout ne sera pas si simple ;)

4. farah - 4 janvier 2008

habiba me manque… suis pas loin d’un état d’addiction