Habiba - 27 mardi 15 janvier 2008 à 09:30
Publié par Marie-Aude in : Habiba, Maroc , rétrolienC’est Hassan, mon ombrageux silencieux, qui a découvert le secret d’Adnan, et j’ai cru revivre mon déchirement, des années auparavant, il avait la même expression que mon frère, le soir où il est rentré de Marrakech.
Pendant que ma fille suivait ses cours, loin, Adnan sortait avec une autre fille. Une française.
Alors qu’il était fiancé, il la trahissait déjà !
Comme mon Aziz était fou de rage, comme il se fâchait pour défendre l’honneur de sa fille et interdire qu’on la trompe, comme il frappait du poing sur la table et élevait la voix, à la mesure de ses espoirs déçus. Une fille sauvée, une fille abandonnée, non il n’avait vraiment pas de chance, mais au moins, cette fois-ci, il pouvait s’en prendre à un autre.
Zoubida n’était pas encore rentrée, et tout le quartier était déjà au courant, ses fiançailles rompues d’autorité par des adultes qui mettaient tout sur la place publique.
Dans la colère d’Aziz, il y avait son amour-propre, toutes ses frustrations, la déception, le regret de l’argent déjà dépensé, et peut-être une pensée pour la peine de sa fille.
Tout avait été très vite réglé, le boucher avait parlé avec son fils, et puis il était venu tout déconfit, dire qu’il fallait sans doute tout arrêter. Il était bien embêté, le boucher, et bien honteux de son fils. Et puis il trouvait comme moi, que tout allait trop vite.
Si Aziz avait moins crié, peut-être qu’on aurait pu sauver quelque chose, savoir ce qui se passait, pourquoi un garçon si sérieux faisait cela, une passade, un besoin, après tout une française ce n’est pas comme une fille de chez nous, ce n’était sûrement pas son premier homme, peut-être pour elle c’était un jeu.
Mais là, non vraiment, c’était trop tard. Et toute la cité savait que Zoubida était cocue avant même d’être mariée. Elle avait beau être belle comme tout, sérieuse, intelligente, ce n’est pas un cadeau à faire à une fille.
Partie le lundi matin, le mercredi soir son père avait rayé ce projet de mariage qui la rendait pourtant bien contente.
Adnan avait disparu, on ne le voyait plus du tout, il allait travailler loin, à Paris, et sans doute il restait dormir chez la fille. De toutes façons, son père l’avait chassé, après tout si il ne voulait pas se marier, il suffisait de le dire à temps, on lui aurait trouvé une autre fille, et pour Zoubida aussi, ce n’était pas les garçons qui manquaient.
Aziz commençait déjà à chercher.
Amina et moi, nous lui disions que c’était trop tôt, un homme ce n’est pas un jouet pour une petite fille, une chose comme ça ce n’est pas que l’honneur qui compte, et avoir tout prêt un nouveau fiancé ne guérit pas les blessures.
J’avais un certain plaisir à lui parler sans risque des sentiments d’une femme trahie, et c’est pour cela que le sujet ne lui plaisait pas.
Amina restait à la maison, les Lallas passaient prendre le thé trois fois par jour, et Aziz ne nous écoutait pas, et commençait à réfléchir à quelques jeunes du pays, qui seraient contents d’épouser Zoubida et de venir en France.
Le vendredi soir, Hassan est allé chercher Zoubida, et quand ils sont revenus, ils étaient silencieux, avec comme un mur entre eux. Aziz avait décidé de passer la nuit à la mosquée, en prières, pour ramener un peu de baraka sur sa famille, on était entre nous, et je l’ai serrée tellement fort contre mon cœur. Elle était toute rigide, sans tendresse, les yeux secs, elle était pleine de colère et sans chagrin.
“Maman, s’il te plait, je voudrais aller dans ma chambre avant de dîner. Seule.”
Hassan nous a raconté, quand il était arrivé, Adnan était là, en train de parler, calmement, avec sa sœur. Il lui est tombé dessus, lui a ordonné de déguerpir, comment osait-il, maintenant, après tout ce qu’il avait fait, on ne l’avait pas vu, pas d’excuses, pas d’explication, et il était là, à parler calmement avec elle, comme si rien ne s’était passé.
Il ne pouvait pas le tolérer, on ne traite pas une femme comme ça.
Et c’est Zoubida qui avait défendu Adnan, “tu ne peux pas nous laisser tranquille, tu crois que tu n’as pas déjà fait assez de mal comme ça, ziz, fiches-moi le camp, je ne t’ai jamais demandé de me protéger comme ça, tu gâches tout dans ma vie, tu te prends pour qui, pour mon père ? Tu as tout raconté, ça ne te regardait pas, tu n’avais qu’à m’appeler, non, tu n’as pas mon portable ?
Et vous dites que vous m’aimez ? Et personne ne me prévient, quand vous décidez de ma vie dans mon dos ? Il faut que ce soit lui qui me raconte vos conneries ?
Va t’en Hassan, laisses moi parler avec lui, c’est mon fiancé, c’est ma vie, on est devant tout le monde, tu n’as rien à craindre pour ma vertu, je ne vais pas te déshonorer, tu vas encore pouvoir marcher tout fier d’être un mec, et de tout décider dans la vie de tes femmes, tu es pire que Papa, lui au moins du moment qu’il va à Marrakech il nous laisse tranquilles ici. ”
Hassan n’en revenait pas de cette colère, et je tremblais, parce qu’elle n’avait pas tord. Je n’avais pas osé l’appeler, je voulais qu’elle l’apprenne en face, avec mon cœur tout prêt pour la consoler, mais j’avais été folle, bien sûr elle saurait avant de rentrer.
Mais qu’elle était étrange, ma Zoubida, capable de parler calmement ainsi avec celui qui la trahissait, et lâchant sa colère sur son frère.
Et Leïla, qui avait abandonné la console de jeux à son petit frère, a déclaré bien posément “Je te l’avais dit, Hassan, qu’il fallait te taire. Zoubida elle savait ça depuis longtemps et elle ne disait rien, alors elle devait avoir ses raisons. T’as vraiment fait une grosse bêtise.”



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