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La peur de l’étranger (2) vendredi 04 mai 2007 à 02:53

Publié par Marie-Aude in : Errances, France, Islam, Politique , rétrolien

Une vidéo plus ancienne, retrouvée ce soir, un des dîners d’Ardisson.

Y participent notamment Eric Zemmour, et Malek Chebel.

Correspondance avec l’analyse de Gérard Miller sur le discours Sarkozien.

Ce soir là, chez Ardisson, on parlait de “repentance” et d’immigration. Eric Zemmour n’est pas tendre pour Chirac :

Il a ouvert la concurrence victimaire (ce garçon a le sens des belles phrases)

Si on veut vraiment parler de l’esclavage, il faut tout dire. L’esclavage des noirs est inventé par les noirs. C’est les arabes qui répandent les esclaves noirs dans le monde entier, à partir du VIII° siècle.

Faux. L’esclavage a été inventé bien avant, en réalité il a existé de tout temps, dans le bassin méditerranéen comme dans le croissant fertile. Les Romains avaient des esclaves noirs, et n’étaient pas noirs, que je sache….

Puis vient cette phrase extraordinaire, qu’on retrouvera plus tard, à peine modifiée, dans la bouche de Sarkozy

La France est coupable d’avoir rétabli l’esclavage mais c’est pas Hitler“. C’est plus direct, ça mérite encore plus clairement son point Godwin, mais c’est très clairement la même idée, le même défaussement “de toutes façons, il y a pire que nous”.

Et en entendant Pierre Bénichou expliquer bien sérieusement que la France de Vichy n’était pas la France, car elle était dirigée par des salopards, (mais qui les avait mis au pouvoir ?), je réentends Gérard Miller expliquer comment, d’une phrase, Nicolas Sarkozy envoie aux oubliettes tout le travail d’analyse et de recherche historique qui avait enfin permis de regarder notre histoire de façon critique. “A partir de ce moment là, Nicolas Sarkozy permet aux pires moments de la France de retrouver leur dignité”.

Une autre partie de cette discussion est intéressante, quand Malek Chebel pointe la spécificité de la difficulté d’intégration musulmane, de gens qui viennent d’un pays où la communauté prime entièrement sur l’individu, l’écrase, d’un pays où tout l’espace est sacralisé, où l’ensemble de la vie et de la communauté est soumis à Dieu (et c’est par ce pouvoir que la communauté s’impose à l’individu) et qui ont plus qu’un canyon culturel à sauter pour se faire à notre civilisation individualiste et laïque.

Il ajoute cette phrase “ce n’est pas le nombre qui pose problème, c’est le fantasme, de la démographie, de la natalité” et explique que ce n’est pas vrai, que les taux de natalités ne sont pas si élevés, le nombre d’immigrants est faible. Quelqu’un approuve en vois off, et Zemmour part aussitôt dans sa vision apocalyptique des immigrés (pas encore des centaines de millions, on est trois mois avant la video chez Ruquier, il ne s’est pas encore documenté), tous sur les starting-blocks pour entrer chez nous.


Gerard Miller analyse Sarkozy


Ardisson, Levy, Zemmour et Disiz

PS: je ne suis pas d’accord avec Malek Chebel quand il dit “ce n’est pas la couleur de peau”. Les noirs catholiques, français ou immigrés sub-sahariens connaissent aussi de nombreuses discriminations !

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Commentaires»

1. Polydamas - 4 mai 2007

Que l’esclavage ait toujours existé, nul ne le nie. Mais que personne ne soulève le fait que l’esclavage en Afrique, au moment du Moyen Age, soit essentiellement dû aux guerres ethniques et à la domination des tribus arabes sur l’Afrique sub-saharienne est un scandale.

Car en valeur absolue, il n’y a nulle comparaison possible, ce ne sont pas les Occidentaux qui ont été les plus grands esclavagistes de l’histoire. Il serait bon, notamment au Maghreb que l’on s’en souvienne. Pourquoi donc faudrait-il faire repentance, plus que les descendants de ces tribus arabes ?

Il n’y a qu’à voir le traitement médiatique réservé à un Olivier Petré-Grenouillot, unanimement considéré comme un raciste, alors que ses travaux sur l’esclavage sont tout ce qu’il y a de plus sérieux.

Quant à Benichou, il a l’air d’assimiler France et système politique, fatale erreur…

On ne va pas revenir sur l’Occupation mais certains historiens comme FG Dreyfus considèrent justement que Vichy voulait constituer une sorte de tampon entre les Allemands et la population. Ils ont certes collaboré, mais en termes de nombre de morts, n’auraient ils pas sauvé des vies, si les Allemands avaient fait tout ce qu’ils avaient désiré ? Nul ne peut répondre à cette question, mais elle mérite d’être posée…

2. Marie-Aude - 4 mai 2007

Je fais partie des gens qui ont toujours proclamé que l’eclavage n’était pas une invention occidentale, non plus.
Les Arabes prenaient des prisonniers chrétiens et les détenaient en esclavage aussi.
Maintenant, je vois quand même une différence profonde entre l’esclavage tel qu’il a été pratiqué au moment des colonies, et celui qui se pratiquait soit en Europe au Moyen-Age, sous la forme du servage, soit dans celui pratiqué dans le monde musulman.
C’est la statut de “sous-homme”, la notion que les noirs étaient des êtres biologiquement inférieurs, la position de l’Eglise là dessus.
Ne me faites pas dire qu’il n’y a pas de racisme en Islam, ni de maltraitance. Le racisme existe partout, la maltraitance des petites bonnes est un esclavage moderne. Mais il y avait une position de principe religieuse, qui ne diminuait pas l’homme, du fait de son esclavage.

C’est je crois la spécificité de cette traite, ce ravalement à un pur statut de marchandise, accepté par l’Eglise.

La question de savoir “où” était la France pendant Vichy est intéressante. Il est toujours facile de faire les bons choix 70 ans après, et il est clair qu’un certain nombre de gens qui sont restés dans l’administration l’ont fait avec le souci d’éviter le pire. Beaucoup l’ont fait aussi par pure ambition, ou tout simplement parce qu’ils étaient d’accord avec les nazis. On ne peut pas balayer ça d’un mot en disant “c’étaient des salopards, ce n’était pas la France”.

3. Polydamas - 4 mai 2007

Je ne pense pas qu’assimiler servage et esclavage soit judicieux, cela n’avait rien à voir…

Dire que la noblesse exploitait les paysans est complétement fallacieux. Vous oubliez que la noblesse se devait de payer le prix du sang, que beaucoup de descendants de serfs ont connu une progression sociale qu’on rêverait aujourd’hui avoir en France, que les serfs ne faisaient payer qu’un impôt pour la protection (en proportion beaucoup moins important que les impôts qu’on paye maintenant), que leurs enfants étaient éduqués et soignés par l’Eglise, non, ils n’étaient en rien exploités.

Et le plus important, jamais les seigneurs ne se seraient permis de les vendre. La féodalité, en ces temps troublés, n’était rien d’autre qu’une hiérarchie adaptée, cela n’a rien à voir avec de l’esclavage qui est l’appropriation de la vie d’un homme par un autre.

Quant à l’Eglise, il faudrait que je me documente, mais était-ce une situation tolérée à contre-coeur, parceque l’on ne pouvait pas faire autrement, les temps étant autrement plus rudes qu’aujoud’hui, ou une justification pleine et entière. Je pencherais pour la première hypothèse, mais cela nécessiterait de plus amples recherches.

4. Marie-Aude - 4 mai 2007

Il est exact qu’on ne vendait pas les serfs, mais les terres auxquelles ils étaient attachés.
Là encore tout dépendait des gens, et de la façon dont c’était pratiqué. Il y avait l’idéal, et la mise en oeuvre. On va dire que globalement, il est bien que les libertés publiques se soient étendues, et que les gens soient nettement plus protégés quand la mise en oeuvre ne correspond pas à l’idéal.

De la même façon, je ne vous ai pas parlée de la vision idéale de l’esclavage dans l’Islam, où l’esclave fait partie de la famille, et mange avec elle par exemple (et certains l’ont pratiqué. Ce sont ceux qui aujourd’hui ont abandonné l’esclavage).

Je ne pense pas que l’église se soit offusquée du servage, et d’ailleurs, il me semble que les terres d’église avaient des serfs. Sachant que - contrairement à d’autres situations d’esclavage, comme celui pratiqué plus tard - le traitement spirituel était le même, que ll’âme d’un serf valait celle d’un seigneur, et qu’on était finalement dans une société très organisée ou chaque homme appartenait peu ou prou à un autre, le serf à son seigneur, le vassal à son seigneur, et le bourgeois à sa corportation, elle avait peu à dire. Sauf en cas de maltraitance… et là elle le faisait.

PS : ce n’est pas dans ce post que j’ai dit que la noblesse exploitait les paysans, mais dans celui où on discutait de l’exploitation des serfs par la noblesse russe du XIX°. Là on est dans un cas par exemple où les propriétaires vendaient leurs serfs sans états d’âmes, indépendamment d’ailleurs de la terre (cf. Les âmes mortes de Gogol).

5. Polydamas - 7 mai 2007

Ce n’est que maintenant que je regarde vos vidéos. Comme d’hab, Miller est d’une particulière mauvaise foi parcequ’assimiler “on” et colonialisme, il fallait le faire….

C’est un monument de mauvaise foi, ce n’est pas parceque l’on ne dit pas tout haut les choses, que ce que l’on ressent, est illégitime. Ne pas exprimer ses craintes, ses peurs, est le meilleur ressort du désespoir et de la haine. Donc, ça ne serait pas idiot que Miller se rende compte aussi de la légitimité d’un exutoire, en bon psy qu’il n’a pas l’air d’être….

Sur l’immigration et l’identité nationale, je me permettrais de vous recommander cet article.

6. Trassagere » La peur de l’étranger (4) - 8 mai 2007

[…] mon avis, un de nos gros problèmes, c’est que, contrairement à ce que disait Zemmour, l’immigration des 30 glorieuses n’a pas été une immigration familiale. Cela a été […]

7. Marie-Aude - 8 mai 2007

Même si je ne partage pas souvent les conclusions de Miller, je trouve ses analyses justes.

Je suis allée voir l’article en lien, j’ai failli y répondre, et puis finalement quelqu’un avait déjà remarquablement bien exprimé mes idées (l’identité nationale ne se gère pas dans un ministère), donc j’ai évité une réponse sur le thème “moi aussi’.

Une inquiétude peut être légitime, et exprimer une inquiétude ou un ressenti l’est toujours. Mais on ne parle pas de ça ici… en tout cas pas moi. Dire que des centaines de millions d’étrangers sont à nos portes, prêts à nous balayer, ce n’est pas exprimer un ressenti, ou une inquiétude, c’est ouvrir la porte à une rhétorique qui jusqu’à maintenant, n’a pas produit de bons résultats quand elle a été mise en oeuvre, et dont je pense, oui, qu’il vaut mieux la taire.

8. La peur de l’étranger (4) | Trassagere - 19 septembre 2007

[…] mon avis, un de nos gros problèmes, c’est que, contrairement à ce que disait Zemmour, l’immigration des 30 glorieuses n’a pas été une immigration familiale. Cela a été […]