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La peur de l’étranger (4) mardi 08 mai 2007 à 23:03

Publié par Marie-Aude in : Errances, France, Politique, Schengen , rétrolien

La réponse aux difficultés réelles d’intégration de toute une partie de la population, issue notamment de l’immigration, (mais pas seulement, quand on est Antillais, Guadeloupéen, Réunionnais, on n’est pas immigré. Enfin on a des ancêtres qui l’ont été de force, il y a bien longtemps, mais on ne va pas réécrire l’histoire, c’est autre chose, et ça n’a rien à voir avec le schmilblick), la réponse, donc, est de rendre l’immigration plus difficile.

En gros, c’est dire quelque chose qui semble de bon sens, ce gros solide bon sens “la baignoire déborde, donc on va fermer le robinet, pour éviter qu’elle continue de déborder”. Bon… mais le robinet est déjà fermé, les visas accordés au titre du travail et du regroupement familial ne dépassent pas 60.000 entrées par an, et ce toutes nationalités confondues, le regroupement familial représentant plus des trois quart de ce chiffre.

Le problème, c’est que la baignoire ne déborde pas. Elle bout, et nous sommes arrosés par les projections d’eau de la bouilloire.

Même si aujourd’hui on pouvait faire en sorte que pas un seul étranger de plus ne rentre en France, cela ne changerait rien aux difficultés d’intégration dans les quartiers difficiles. Cela ne changerait rien aux discriminations à l’embauche, aux problèmes de logement, aux difficultés liées à la carte scolaire et au faible niveau de l’école publique dans les quartiers, et la sensation de toute une population française d’être pointée du doigt comme le bouc émissaire.

Malheureusement, je n’ai pas beaucoup entendu de propositions visant à remédier à cela. Or c’est ce problème intérieur qu’il faut combattre.

Si on résume la politique de Sarkozy en termes d’intégration c’est :

Coopération avec les pays du Tiers Monde

Le dernier point est le seul intelligent, le seul qui puisse marcher pour l’avenir. C’est une vérité biblique, une évidence première. Ce n’est pas facile d’émigrer, et si on peut vivre correctement chez soi, la plus part des gens seraient heureux d’y rester. C’est d’ailleurs une application des recommandations européennes : pour mettre fin à l’immigration, la meilleure solution est d’aider les gens sur place. Renvoyer un immigré sans rien, c’est en faire un candidat au retour, j’en connais certains qui ont passé les frontières plusieurs fois. Le renvoyer avec un pécule, c’est lui donner l’envie et la possibilité de rester sur place.

Ce n’est pas une question de générosité, c’est juste une question de bon sens. Savoir si on préfère dépenser son argent dans les salaires des douaniers, dans la construction d’un porte-avion, ou dans des investissements à l’étranger, investissements qui devraient être réellement productifs (en clair, pas des sous donnés quasiment comme des pots-de-vin sous forme de prêts cofacés dont les montants partent directement en Suisse), créer de l’emploi et participer au développement du pays.

Mais dans ce cas, il faut aussi que le pays puisse s’assumer. Il ne faut pas être par exemple en Côte d’Ivoire, au Soudan… Et il faut dépenser de l’argent pour cela. Quels sont les fonds prévus dans le programme de Sarkozy ?

Un contrôle strict aux frontières

L’ensemble des rapports que j’ai pu lire sur l’immigration, qu’ils soient émis par l’Union Européenne, l’ONU ou même l’OCDE s’accordent à dire que le contrôle strict des frontières n’est pas une solution, et que cette politique n’a pas prouvé son efficacité.

Et j’ajouterais, encore moins pour la France, dont les frontières sont européennes. Même les côtés méditerranéennes sont “intra-européennes”, beaucoup plus éloignées des côtes africaines que l’Espagne ou l’Italie. Les clandestins qui arrivent chez nous sont déjà entrés en Europe. Et, comme on l’a vu à Sangatte, beaucoup souhaitaient aussi aller ailleurs…

Il est évident qu’il faut contrôler les frontières. Pas seulement contre l’immigration clandestine, d’ailleurs. Contre les évasions de criminels, contre les enlèvements d’enfants, bref, d’une manière générale, contre tous les trafics.

Il faut simplement ouvrir les yeux : en matière d’immigration clandestine, à moins de construire un mur, comme les Etats-Unis sont en train de le faire avec le Mexique (et encore), le contrôle des frontières permet juste de maintenir “la peur du gendarme”, et d’empêcher l’établissement de filières organisées trop importantes. C’est déjà une bonne chose, je ne pense pas qu’il faille ouvrir les frontières, mais elles sont déjà bien fermées, ce point relève donc plus de la gesticulation électoraliste qu’autre chose.

Une immigration choisie

Ce point là concerne les gens qui viennent en France.

Comment vient on en France aujourd’hui ?

Parce qu’on a un permis de travail, 10.000 personnes par an.

Vu les contrôles actuels, on peut être assuré que ces 10.000 personnes remplissent des besoins qui ne sont pas remplis par la population française. Il ne faut pas oublier non plus qu’entrent dans ces 10.000 des américains, des canadiens, etc… et les saisonniers qui permettent de faire les récoltes en France, etc. Bon je n’ai rien contre le fait de réduire encore, mais franchement, 10.000 personnes ça représente quoi ? Ca compense peut être un peu les Français qui partent en Angleterre, aux USA, au Maroc, et qui arrêtent de cotiser à notre sécu et notre système de retraite.

Parce qu’on vient rejoindre un étranger qui vit en France, c’est le fameux regroupement familial, cette castrophe mère de tous nos maux.

Cela concerne environ 60.000 personnes par an. Je suis partisane d’une politique de regroupement familial qui permette à toute personne bénéficiant d’un visa de long séjour et d’un contrat de travail, ou d’un visa de réfugié, de faire venir sa famille sans délai. Je suis totalement contre la proposition Lepeniste qui transparait peu à peu dans les propos de Nicolas Sarkozy de limiter cette capacité à nourrir sa famille aux seuls revenus de son travail. Les prestations sociales sont une assurance obligatoire. Si on paye pour un système, on doit pouvoir en bénéficier. Sinon, il faut dire “les immigrés ne bénéficient pas du système de prestations sociales françaises, et n’y cotisent pas”. Mais attention … cela veut dire aussi moins de coûts pour les entreprises, et une discrimination en faveur des immigrés moins cher. Sinon, faire cotiser quelqu’un à un système sans le laisser en bénéficier, c’est purement et simplement du vol.

Le regroupement familial est une bonne chose.

A mon avis, un de nos gros problèmes, c’est que, contrairement à ce que disait Zemmour, l’immigration des 30 glorieuses n’a pas été une immigration familiale. Cela a été une immigration de travailleurs, de foyers Sonacotra, et c’est seulement plus tard qu’on s’est décidé à mettre en place le regroupement familial.

Comment voulez-vous avoir envie de vous intégrer dans un pays où votre femme et vos enfants ne sont pas ? Comment voulez-vous faire des plans sur l’avenir, faire tout ce que vous pouvez pour rester, souhaiter vous intégrer, tant que vous ne savez pas si vous pouvez vivre avec votre famille ?

Et comment voulez vous que des enfants qui passent leur petite enfance loin de leur père, dans un pays étranger, puisse s’intégrer facilement quand ils arrivent plus tard, dans un âge déjà scolaire ? Une langue s’apprend très jeune, avant 5 ou 6 ans pour être réellement bilingue.

La politique pratiquée dans les années 60-70 a forgé les difficultés d’intégration actuelles. Contrairement à ce que dit Zemmour (bis, ter, etc), l’immigration était autrefois une immigration familiale. Mon arrière-grand-père est arrivé en France en 1899, sa femme et ses enfants 4 mois après. Les ouvriers polonais, italiens, qui entraient en France, venaient avec leur famille. S’intégrer dans un pays, c’est y faire sa vie familiale. Repousser cela, fragiliser la certitude que cela va être possible, c’est casser la volonté d’intégration.

On vient en France parce qu’on est réfugié

Les dossiers sont traités, filtrés avec la plus grande rigueur par l’OPRA. Cela concerne peu de monde, et même Sarkozy ne remet pas cela en cause. Bien au contraire, il a un moment promis que “toutes les femmes martyrisées recevraient automatiquement la nationalité française” avant de se rétracter lors du débat avec Ségolène Royal, et de dire que cela serait fait au cas pas cas, à la tête du client, quand ça lui est présenté par une présidente d’association en qui il a toute confiance. Bref, l’arbitaire, les bons et les mauvais réfugiés, et le retour sur une promesse électorale.

Enfin, on vient en France parce qu’on a de la famille française.

Il est vrai que quelques états européens, comme le Danemark, n’ouvrent pas cette possibilité. Mais à peu près partout dans le monde, sinon, quand on se marie avec un ressortissant national, on a le droit de vivre avec lui. C’est le principe même du mariage “fonder une communauté de vie durable”. Et c’est pareil, quand on a des mômes en France, des parents en France, on a le droit de vivre avec eux. Je suis trop métissée de toutes parts pour trouver ça anormal.

Alors franchement, comment peut-on fermer encore plus le robinet de l’immigration ? où y a-t-il du gras à faire ?

Il reste donc à faciliter l’intégration.

Pour faciliter l’intégration, il faut faire une double démarche :

Faire connaître la culture et les valeurs françaises, les apprendre aux enfants, comme aux parents.

Cela veut dire, par exemple, refaire des cours d’histoire corrects, et non plus un enseignement thématique de l’histoire. Car l’identité, les valeurs, la culture d’un pays sont nés de son histoire, et sans la connaissance de cette histoire, on ne peut les comprendre, ni les intégrer. (La réforme de l’enseignement de l’histoire dans les collèges a été faite par un gouvernement de droite, sous Giscard)

Cela veut dire avoir un accord sur ces valeurs. Le débat sur le voile a été une occasion manquée de discuter de la laïcité, et de la conception française de cette laïcité. Nicolas Sarkozy, au cours des dernières années, a fortement louvoyé, entre une conception anglaise, une conception française, et une volonté de retour aux valeurs chrétiennes (je vous rapelle sa France des cathédrales, je vous rapelle son dernier discours du premier tour, où il cite Barrès, Péguy, où il dit que prier la France c’est comme prier Dieu).

Pour faire une incidente sur laquelle je reviendrai sans doute plus tard, je ne pense pas que la France soit aujourd’hui un pays religieux. C’est un pays de tradition chrétienne, dont la culture est pleine de cet héritage, mais la pratique n’est pas là. Or, remettre la barre en direction d’une vision religieuse de notre culture, c’est fouler aux pieds les concepts de la loi sur la laïcité, c’est renforcer une des barrières à l’intégration. Je pense que l’islam traditionnel, tel qu’il est vécu dans un pays musulman religieux (et presque tous le sont, à l’exception de la Turquie et de l’Indonésie) est difficilement compatible sans transformation avec notre conception de la laïcité (c’est d’ailleurs ce que Malek Chebel explique dans la vidéo chez Ardisson). Je pense aussi que cette conception traditionnelle peut parfaitement évoluer, au contact d’un pays clair sur ses conceptions de la laïcité et sur les avantages qu’elle offre. Mais que beaucoup en France ont à ce sujet des conceptions à peu près aussi claires qu’une soupe dans le brouillard.

Cela veut dire aussi, d’une façon générale, un enseignement public de qualité, armé pour faire face aux difficultés actuelles, pour lutter efficacement contre l’analphabétisme, pour donner un soutien scolaire à des enfants dont les parents n’ont pas la maitrise de la langue française (car eux même souvent analphabètes ou ayant des difficultés dans leur pays d’origine, et ayant appris à écrire en arabe). Cela veut dire une école plus adaptée à son environnement, une revalorisation de l’apprentissage et des filières manuelles, qui sont actuellement des dépotoirs.

L’autre volet, c’est une véritable lutte contre la discrimination.

Et pointer les étrangers comme la source de toutes les difficultés, c’est encourager la discrimination. La discrimination frappe aujourd’hui les “têtes d’étrangers” même si ils ont la nationalité française. Plus sournoise, la discrimination économique frappe tout le monde. 10% des Français possèdent 61% du patrimoine national (source enquête de l’ONU - 2006). Dans le monde développé, seul un pays fait plus fort, il s’agit des Etats-Unis (70% du patrimoine appartenant à 10% des habitants). L’accroissement de cet écart, l’accroissement de l’écart de rémunération entre salariés au bas et au haut de l’échelle s’accroit depuis des années, sous des gouvernements de gauche comme de droite.

La discrimination est économique autant que sociale, elle frappe ceux qui sont pauvres comme ceux qui ont une “sale gueule”. Mais quand les moins riches deviennent moins pauvres (vous suivez ?) quand il y a plus à partager, on se tape moins dessus. Avant même de penser à relancer la France, qui se relance toute seule, comme le reste de l’Europe, il serait bon de penser à revenir sur une répartition des richesses de plus en plus inégalitaire. Il y a 20 ans, l’écart de revenus était plus faible, et on se plaignait moins de la pression fiscale, alors cherchez l’erreur….

Mais vouloir pour se faire mener une politique active de promotion de l’identité nationale, en tant que telle, est une erreur.

L’identité nationale ne se décrète pas. Elle se construit, par l’histoire, par la transmission, par la communication. Mais elle ne se fait pas, elle ne se créée pas, en tout cas pas par les politiques. Vouloir forger l’identité nationale, comme Sarkozy a semblé en avoir l’intention avec son fameux ministère de l’Identité Nationale, abandonné depuis, c’est d’une certaine façon vouloir orienter les consciences. De même que le politique n’a pas à dire l’histoire (comme l’ont signalé un certain nombres d’historiens y compris de gauche, au moment des lois sur l’enseignement de la colonisation), le politique n’a pas à façonner, du moins directement, notre identité nationale. Il participe de sa construction, de sa transmission (ou pas), mais il ne la fait pas. Ou alors on se retrouve dans une logique (avec des tentations) totalitaires, et un ministère de la communication, ou de la pensée officielle.

Pour résumer, la campagne des présidentielles de 2007 a beaucoup porté sur de faux problèmes. Elle a vu la légitimation, sur des bases que je considère comme fausses, l’appropriation de thématiques Lepeniste. Un certain nombre de vrais débats, et notamment tout ce qui concerne l’international, a été totalement oblitéré. Les programmes économiques sont contraints par l’intégration euroopéenne, par l’OMC, par la loi des marchés. Reste le “feeling”, l’intention d’une politique. L’intention Sarkozienne est tournée vers l’affrontement et les clivages.

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Commentaires»

1. Polydamas - 9 mai 2007

Parler du passé religieux de la France n’est absolument pas remettre en cause la laïcité, qu’est ce qui vous fait croire cela ?

Sarko n’a rien d’un catho convaincu, il s’est juste affirmé d’inspiration chrétienne, pas de danger de ce côté-là.

Et ce n’est pas à droite que l’on disait que Le Pen répondait à de bonnes questions avec de mauvaises réponses. Car le président n’a pas beaucoup de marges de manoeuvre. Redéfinir et réaffirmer l’identité nationale dans un contexte évoluant sans cesse, c’est justement ce dont la France a besoin. Et je le redis, s’affirmer ne veut pas dire exclure.

Donc, ces thématiques, il faut, au contraire les aborder, pour rassurer et rassenérer les Français.

Sur le regroupement familial, je ne peux qu’être d’accord avec Sarko, il faut déjà connaitre un minimum le pays par lequel on aura l’honneur d’être accueilli, ce n’est rien d’autre que la moindre des choses. Or, si ce travail en amont n’est pas fait, il sera difficilement réalisé parcequ’en position d’immigrés, on a tous tendance, et c’est bien normal, à demeurer avec sa communauté, ce qui facilite d’autant moins l’intégration de ceux qui n’ont pas cette culture.

Ensuite, au niveau des chiffres, je ne suis pas sûr qu’il ait autant restreint l’immigration que cela, il n’y a qu’à regarder les chiffres.

Au fait, c’est grave de citer Barrès et Péguy ?

2. Marie-Aude - 9 mai 2007

Ce qui me fait croire que Sarkozy va remettre en cause la conception française de la laïcité, c’est qu’il l’a déjà fait, lors des discussions sur le voile, sur la création du conseil musulman, en expliquant qu’il fallait revoir la loi de 1905, et notamment que l’état devait financer pour pouvoir contrôler. C’est la chose essentielle. En plus de l’irruption du relivieux dans ses discours.

Barrès et Péguy, dans le contexte où il les a cité, oui, c’est grave. C’est le post que j’ai intitulé “encore une”. Commencer un discours, en Lorraine, par le rappel de Barrès, en évoquant dans ce discours la lutte éternelle des Français et des Germains, c’est absurde et grave. C’est se rattacher à une rhétorique de revanche, de construction de l’identité nationale face à un ennemi (aujourd’hui les immigrés, autrefois les allemands), bref ça reste dans la droite ligne du reste.

Quant au regroupement familial, “il faut connaitre au minimum le pays par lequel on sera accueilli” et comment voulez vous le conaitre avant d’y aller ? Grâce aux Alliances Françaises qui réduisent toutes leurs effectifs faute de crédit ? Et qui ne font pas de cours gratuits ?
Oui, il faut éviter que les gens demeurent avec leur communauté, je suis d’accord avec vous. Mais pour cela croyez vous que le meilleur moyen soit d’empêcher le regroupement familial ? Un homme seul restera encore plus avec sa communauté. Un homme avec un famille, logé (grâce à une politique de logement social pro-active, et des communes respectant les quotas de logement sociaux, contrairement à Neuilly), ira où on lui trouvera un logement et une scolarisation pour ses enfants. C’est en jouant sur ce genre de choses qu’on cassera les communautés. Par en isolant les gens sans leur famille.

Pour les chiffres, j’ai passé trois jours à vérifier les chiffres officiels, études de l’Insee, du Sénat, il y a toutes les références dans mon premier post sur le sujet.

3. Polydamas - 10 mai 2007

Pour ma part, citer Barrès c’est au contraire se référer aux racines communes, ça ne veut pas dire que l’on reprend les sentiments anti-allemands de l’époque, qui étaient cordialement partagés de l’autre côté du Rhin. Même Mitterrand citait Péguy à tout propos. Etait-il pour autant anti-allemand ? Non, c’est juste que ce poète fait partie intégrale de la culture française et que cela ne peut être une tare de les citer, bien au contraire.

Je ne suis pas sur que ce soit à l’état de lui trouver un logement, déjà qu’il intervient suffisamment. Ce n’est pas à l’état d’établir la carte des communautés comme vous semblez le sous-entendre. Quant à moi, je pense sincèrement qu’on devrait quasiment interdire le regroupement familial car c’est la meilleure raison qui empêche les forces vives des pays en voie de développement de revenir et de développer leur pays d’origine.

Car les jeunes hommes, loin d’avoir l’intention de revenir pour se marier au pays, se marient dans leur pays de travail et y restent. Mais leur pays d’origine ne pourra jamais se développer si ils ne reviennent pas un jour avec leur savoir-faire. Donc, dans l’intérêt même des pays en voie de développement, je dirais qu’il faut interdire les regroupements familiaux parce qu’ils fixent les populations immigrées dans les pays occidentaux, au lieu de créer des flux de populations entre immigrées non formés et rapatriés expérimentés. En plus, je tiens ce raisonnement d’un missionnaire qui a passé une vingtaine d’années en Afrique…

C’est d’ailleurs le genre de mesures qui ne me choqueraient pas le moins du monde si on devait me l’appliquer si je souhaitai, par exemple, partir aux USA.

4. Marie-Aude - 10 mai 2007

Le discours de Sarkozy n’était pas anodin. Parler de la lutte éternelle du Français et des Germains est une chose que Mitterand n’a jamais faite. Les citations choisies, les mots mis autour étaient à tout le moins “particulier”.

Quant au reste de ce que j’ai écrit, je sais que nous ne sommes pas d’accord sur le fond. Savoir si c’est à l’état de “trouver” un logement… non. Mais l’état a édicté des lois, mis en place des règles pour développer les logements sociaux. Ces règles ne sont pas appliquées. Si elles l’étaient, il y aurait moins de problèmes d’exclusion touchant toute une population en majorité française.

Vous raisonnez simplement sur l’immigration actuelle, et êtes exactement dans la logique que je réfute : la problématique - réelle - auojourd’hui, n’est pas l’immigration nouvelle, ces jeunes hommes qui viendraient suer le burnous chez nous avant de repartir, heureux, développer leur pays, mais dans la population issue de l’immigration, et ayant une nationalité française. C’est là qu’il faut agir, et, à moins de les déchoir globalement de leur nationalité, à moins de remettre en cause des principes fondamentaux comme le droit du sol, il n’y a pas d’autre solution que de travailler sur une intégration réelle.

Pour le reste, cela ne me semble pas un problème de fixer une petite part des populations immigrées dans les pays occidentaux. Au contraire. Le système que vous décrivez, l’interdiction du regroupement familial et le retour dans le pays d’origine a été mis en place, dans les années 50-60, c’est celui des foyers Sonacotra, il a justement prouvé qu’il ne fonctionnait pas, d’où la création du regroupement familial.

Pourquoi ? parce que quelqu’un qui vient travailler est là sur la durée. On peut humainement demander à un homme de rester célibataire quelques années, mais pas 10 ou 20. Et les entreprises qui emploient des immigrés, en général, n’ont pas envie de gérer de façon prévisionnelle une tournante d’employés, celui là doit partir dans trois ans, etc… au delà même des problèmes de motivation, tout simplement.

C’est impossible de faire cela pour des gens qui sont là sur une longue durée pour travailler.
C’est impossible - même pour les entreprises - de restreindre a priori pour tous les types de contrat de travail l’immigration sur une courte durée.
Et de toutes façons, ça ne répond absolument pas au problème actuel.

Vous dites que cela ne vous choquerait pas si vous souhaitiez par exemple partir aux Etats-Unis ? Oui, mais justement, vous ne le souhaitez pas.

J’ai des grands-parents et plus qui sont allemands, italiens, espagnols, juifs, russes, lituaniens, polonais, anglais. J’ai de la famille qui est partie en Algérie, au Brésil, en Argentine, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Angleterre, en Irlande.
Je me suis installée dans trois pays différents, et à chaque fois, même si dans ma tête ce n’était pas définitif, il n’y a vait pas un couperet me disant que je devais partir un jour. Le choix m’appartenait…

Je ne partage pas un vision du monde où on est attaché de force au pays où l’on est né. L’expatriation est un choix difficile, et pour ceux qui le souhaitent, je ne vois pas pourquoi, à partir du moment où ils peuvent travailler ailleurs, on le leur refuserait

5. Polydamas - 14 mai 2007

Avez vous vu Arret sur Images d’hier, dans lequel intervenait Veronis ?

Très bonne émission avec Gérard Miller qui a repris ses comparaisons habituelles avec Pétain, comme si Pétain n’avait dit que des conneries…

Sinon, je ne pense pas que les entreprises doivent embaucher des immigrés. Je suis pour une immigration de formation et de CDD (les entreprises gèrent déjà des “tournantes” d’employés) mais pas à une immigration sur la durée. En outre, les entreprises n’ont pas à faire venir des immigrés pour faire concurrence aux français, dont certains (moi si jamais je me retrouvai au chomâge) devront se résoudre à accepter ces jobs (il y en a marre que les français fassent faire le boulot dont ils ne veulent pas par les immigrés).

Je pense que cela répond en partie au problème actuel. Ça ne le résoud pas, il faut travailler sur l’intégration, mais il est hors de question de ne pas contrôler l’immigration, et de ne pas la planifier, comme le font beaucoup d’autres pays.

Je ne dis pas qu’on est attaché de force à un pays, je pense juste que la double nationalité est une incohérence. Vous pouvez vous expatrier mais alors il faut changer de nationalité, il faut s’intégrer de manière poussée. Ce qui peut changer. Mais vous ne pouvez pas bénéficier dans le même temps de la nationalité et des bénéfices de deux pays différents.

Et il faut remettre en question d’urgence le droit du sol, comme Mayotte et la Guyane le prouvent aisément. Ma soeur travaille avec un algérien dont la mère vient périodiquement en France accoucher, pour ensuite éduquer ses enfants en Algérie.

Simple question: vous trouvez ça normal ?

Il faut remettre en cause le droit du sol, et vite. Jamais il ne me viendrait à l’idée, si j’étais né en Chine, par exemple, de réclamer la nationalité chinoise. Je les connais mais je ne suis pas intégré et ne souhaite pas m’intégrer dans cette culture. Il est donc normal que je n’ai aucun droit sur la nationalité.

Je ne vois pas en quoi c’est scandaleux. Dire qu’on est citoyen du monde est une fumisterie, c’est un manque de respect total pour ceux qui vivent la région du monde que vous avez choisi.

6. Marie-Aude - 14 mai 2007

On va commencer par le plus simple, l’immigration choisie

Elle est déjà choisie aujourd’hui. 10.000 visas de travail par an uniquement (et cela compte les renouvellements, et cela inclus les salariés détachés par les boites étrangères, etc.)
Vous avez une idée de ce qu’il faut faire pour avoir un visa de travail en France ?
Qu’on arrête de me raconter des conneries, nous choisissons déjà nos immigrés.

Une immigration de formation et de CDD

En gros, exactement le contraire de ce que vous soutenez pour les prestations sociales : une immigration qui viendrait se faire former en France, et qui repartirait, une fois l’investissement fait, pour travailler ailleurs.
Parce que même si on décidait de faire payer les études sans subventions, un stage en entreprise, c’est de l’investissement de la part des autres salariés.
Et institutionnaliser encore plus les tournantes d’employés, avec des gens qui dans une situation précaire, ne sont pas à même de se défendre, c’est en fait donner une main d’oeuvre malléable, esclavageable (tout comme les clandestins), et détourner les entreprises d’employer des français. En gros, c’est ouvrir la porte plus grande à la précarité pour tous.

Ensuite, le droit du sol vs. le droit du sang.

Les deux systèmes ont la porte ouverte aux abus.
Le droit du sol en France, c’est “Tout enfant né en France de parents étrangers acquiert la nationalité française à sa majorité si, à cette date, il a en France sa résidence et s’il a eu sa résidence habituelle en France pendant une période continue ou discontinue d’au moins cinq ans, depuis l’âge de onze ans.” (art 21-7 du Code Civil).

Donc je ne vois rien à redire au cas de la mère de l’algérien de votre soeur. Qu’elle vienne en France pour accoucher prouve simplement que son mari cotise pour sa protection sociale, ou qu’il a les moyens de lui payer un accouchement, et n’a aucun impact sur la nationalité future de leurs enfants, tant qu’ils sont éduqués en Algérie. Et si ils sont éduqués en France ça change de cas de figure.
Ca ne me parait pas différent des français qui vivent à l’étranger, travaillent à l’étranger, et reviennent se faire soigner en France.

Le droit du sol, comme le droit du sang a ses dérives. L’Allemagne, qui ne connaissait que le droit du sang, a introduit une bonne dose de droit du sol, et surtout a profondément regretté l’application du droit du sang à la chute du Rideau de Fer, quand des milliers de russes descendants d’Allemands qui n’avaient pas mis les pieds en Allemagne depuis trois siècles, et qui ont bénéficié du paiement de leur retraite comme s’ils avaient vécu en Allemagne depuis toujours.

De même, le jeune français que j’ai rencontré dans les bureaux de vote à Düsseldorf, et qui ne parlait pas français, mais votait, est pour moi un bon exemple des aberrations auxquelles peut conduire le droit du sang.

La double nationalité c’est une réponse à d’autres problèmes

La double nationalité vient, par exemple, quand quelqu’un devient volontairement français, mais que son pays d’origine le considère toujours comme un national. Si quelqu’un souhaite devenir français, a toutes les conditions requises à vos yeux, doit on lui refuser sous prétexte que l’autre pays ne veut pas abandonner la nationalité ?

Elle vient aussi, et surtout, comme une réponse à l’incertitude sur le séjour. Je pense qu’on devrait dissocier beaucoup plus profondément le séjour sur le sol français de l’acquisition de la nationalité, et qu’on ne devrait pas devenir automatiquement français quand on a des enfants français à condition que cela s’accompagne d’une certitude de pouvoir rester tranquillement en France une fois que l’on y a fait sa vie, et sauf délits particulièrement graves. On aurait ainsi beaucoup de gens qui ne courraient pas après les papiers comme une assurance anti expulsion, mais qui chercheraient à devenir français uniquement pour s’attacher réellement et profondément au pays.

C’est comme en amour, il y a les femmes avec qui on se marie, et les femmes avec lesquelles on fait un long chemin ensemble, mais sans être marié.
Tiens vous voyez, moi je me suis mariée parce que je n’avais pas le choix. Rétrospectivement, je ne le regrette pas, je l’aurais fait plus tard… Mais ça aurait été mieux d’avoir le choix.

7. Polydamas - 15 mai 2007

Sur l’immigration choisie, tant mieux si elle est déjà réalisée, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre. ;-)

Sur l’institutionnalisation de la “tournante” des salariés, je ne vois pas où est le problème, pour vous, le Royaume-Uni est-il un haut lieu de l’esclavage ? Cet investissement est effectivement fait par les britanniques, ça n’a pas l’air de poser plus de problèmes que cela.

Ensuite, pour le droit du sol, ce qui me choque est d’accorder la nationalité quasiment automatiquement à n’importe quel naissance sur le territoire,. Je ne vois pas en vertu de quoi on devrait l’accorder de facto à des bébés dont les parents sont rentrés illégalement sur le territoire. Qu’il y ait des excès dans les deux cas de figure, je veux bien, mais j’ai l’impression que c’est sur le droit du sol que l’on en constate le plus. En outre, tant qu’il n’y a pas de politique de retour à la frontière digne de ce nom, le droit du sol est de facto valide dès l’arrivée sur le territoire.

Quant à l’Allemagne de l’Est, vous serez d’accord avec moi pour dire que c’est un cas des plus exceptionnels.

Sinon, pour le moment, je suis célibataire… :-D

Sur la double nationalité, vous n’avez pas tort, mais parfois, je me demande toujours si il n’y a pas derrière l’idée de profiter du beurre et de l’argent du beurre, ce qui n’est pas normal, que ce soit pour un Français expatrié, ou un étranger devenu Français.

8. Marie-Aude - 16 mai 2007

Révisez vos textes, la naissance ne s’accorde pas “de facto”, mais sur des conditions de résidence, et de demande. Les conditions de résidence étant suffisamment longues…. Donc un enfant né en France, mais qui n’y a pas vécu longtemps (plus de 5 ans) n’a aucun droit à demander la naitonalité française :)

Je pense que la double nationalité est plus complexe. Certains souhaitent effectivement simplement cumuler les avantages. D’autres se sentent réellement appartenir à deux cultures, et ne veulent pas choisir. Enfin une bonne partie le fait “faute de mieux”, et par obligation pratique. Pour les derniers, supprimons l’obligation pratique, il restera je pense une faible partie de cumulards.

Et n’oubliez pas… même si un Marocain veut abandonner la nationalité marocaine pour n’être que Français, il ne le peut pas, l’état marocain le verra toujours comme un national. Beaucoup de pays sont dans ce cas… peut on blamer leurs ressortissants qui ont voulu devenir français ?

9. Polydamas - 18 mai 2007

Ce que je voulais dire est qu’à partir du moment où l’on se refuse à expulser, les chiffres d’expulsion étant sans communes mesures avec le nombre d’immigrants, le droit du sol au bout des 5 ans règlementaires est donc automatiquement accordé….

10. Marie-Aude - 18 mai 2007

Tstttssssss c’est pas si simple :)

On expulse dans l’année environ 20% des immigrés clandestins interpellés. Mais il s’agit souvent de clandestins interpellés les années précédentes. Etre né en France, arriver à 5 ans de résidence et être rpésent sur le territoire français au moment de ses dix huit ans, donc en gros, si on est clandestin avoir résidé sans discontinuer pendant 18 ans en France n’est pas si courant.

11. De la statistique ethnique | Trassagere - 26 septembre 2007

[…] un pays où on a réussi à faire croire aux français que des centaines de millions d’étrangers étaient…, confondant allègrement “stock” et “flux”, migrants à l’échelle […]