La première semaine lundi 28 janvier 2008 à 13:00
Publié par Marie-Aude in : Le reste... , rétrolienAprès le long voyage épuisant, la suite était aussi assez active.
On avait prévu de passer à l’imprimerie à Marrakech, pour discuter de “petits problèmes de qualité” (ceux qui font que le directeur dit d’un air détaché “ah oui il y avait trop de bleu”) mais bien sûr pas le temps.
Après une grasse matinée réparatrice, c’était la tournée de la famille.
Mes beaux-parents sont rentrés de la Mecque il y a quelques jours, et j’ai manqué la fête de la réception, mais heureusement il y a les CD. Que nous avons regardés une fois chez Mohamed et une fois chez Baha (enfin là pas vraiment, on a essayé, mais ça ne marche pas, il faut que je convertisse… le fabricant du CD, qui est très heureux de son Pinnacle, a l’habitude de faire des montages vidéos, et il faut insister lourdement pour avoir les fichiers photo).
J’ai déballé les cadeaux que Hajja Fatima (c’est son nom désormais) m’a rapporté, un foulard, une jolie djellabah noire bien légère, un tapis de prière tout bleu, deux bagues, et de l’eau de zem-zem, c’est la fontaine miraculeuse qu’Allah a fait jaillir pour étancher la soif d’Agar et Ismael, chassés par Abraham dont la femme Sarah avait enfin enfanté Isaac, qui sera le père de Jacob-Israêl (et c’est ainsi que les ennuis commencèrent… mais c’est une autre histoire). Cela me touche beaucoup qu’elle prenne la peine de me rapporter ces cadeaux, comme à toutes les femmes de la famille. Si ils ne sont pas chargés pour moi de la signification religieuse qu’ils ont pour elle, il y a quand même toute l’affection que je ressens de sa part, même si on n’a toujours pas de langage commun.
Le lendemain matin nous sommes partis à Tazzarine, où des clients nous attendaient.
Deux jours sur place, j’ai continué à faire le tour des associations pour le portail en cours de construction, www.tazzarine.com
Je suis admirative de ce qui se fait, de ces efforts partout dans le village pour lutter contre l’ignorance, enseigner les femmes et les enfants, et le peu de moyens, dans certaines associations il n’y a même pas de sièges, les femmes sont assises par terre, sans moyen pour écrire, mais elles apprennent peu à peu, en répétant les signes sur le tableau noir.
Ce sont surtout des jeunes qui font la classe, garçons ou filles, et il y a dans tout ce mouvement un curieux mélange, cela se passe souvent dans des zaouias, ou dans des salles dépendant de la mosquée, le respect des traditions est là, et en même temps certains animateurs sont à mon avis plus démocrates, laïcs, voir marxistes qu’autre chose.
Il y a chez les berbères du sud une tradition “démocratique”, d’auto-gouvernement, de refus de l’autorité centrale, qui se retrouve dans ces organisations. Et puis quand on voit le dénuement, on peut aussi comprendre que la “royauté des riches” ne soit pas considérée comme un idéal.
Cela avance peu à peu, les petits vont à l’école, les grands se retrouvent dans les associations pour préparer les examens, avec les professeurs qui sont “en grève” pour obtenir le paiement de leur traitement (parfois il y a plus de neuf mois de retard). Ils quittent l’école pour aller faire la classe dans l’association, parce qu’on a beau être en grève, l’éducation est quelque chose qui ne peut pas se gâcher.
Et partout un accueil chaleureux, plus que gentil, des petits cadeaux, des pâtisseries, alors que finalement, je ne fais pas grand chose, juste un petit site internet, rapidement…
Nous avons eu aussi un superbe spectacle avec nos gnaouas. La lune était pleine, et j’ai réussi à prendre des photos avec le feu, les gnaouas et la lune. Pas encore le temps de traiter, mais le petit moment de bonheur à voir le fichier raw, et à savoir que là, il y a quelque chose ! Si Bilal, le raïs (le “président” mais aussi tout simplement celui qui dirige l’orchestre) a commencé à essayé de m’apprendre à chanter. Mission difficile, je suis pire qu’une casserole, et en plus je n’ai pas sa superbe basse !
Les chats que nous avions amenés la dernière fois ont quitté Mezgarne. Un des deux a succombé aux chiens errants, et Bilal a emporté l’autre dans la famille. C’est la première fois qu’ils ont un chat apprivoisé, et ils ne savent pas vraiment le dresser, moralité la bête prospère, c’est un plaisir de voir son poil brillant, et de sentir la chair sur les os. En plus Naïma a décidé de le laver, ce qui est une très bonne idée, on a donc un matou roux, bien nourri et un peu dominant qui entre le soir dans le salon des femmes pour savoir avec qui il va partager le confort des couvertures bien chaudes cette nuit là !
Retour à Ouarzazate dimanche, et dîner avec un de nos amis instituteur. Lui aussi plein de projet, il travaille en coopération avec le Peace Corps, et il essaie de développer son village, de lutter contre la corruption, d’avancer.
Parfois je me demande ce qu’il faudrait pour libérer toutes ses énergies, et que le Maroc profite vraiment du dynamisme de ses jeunes. Un peu moins de tradition, un peu moins de corruption, peut être…

Commentaires»
Ce qui m’épate le plus, c’est ta capacité d’écriture. A ce propos je viens de jeter un oeil sur http://www.tazzarine.com : superbe idée que de faire un site pour promouvoir cette ville et ses habitants. Comme toi je pense qu’il faut miser sur la capacité d’initiative des jeunes et finalement sur la vigueur des associations au Maroc, associations qui sont souvent le fait de femmes d’ailleurs.
Merci :)
Je suis une grande bavarde, et puis je viens de la culture du verbe …
Le blog remplace le journal intime, il permet aussi de donner des nouvelles aux autres, et d’élargir le monde.
En un an c’est devenu une nécessité.
J’espère aider avec tazzarine.com, en faisant l’intermédiaire pour des gens qui n’ont pas besoin d’autre chose qu’un peu d’aide.