L’accusation de racisme comme point Godwin lundi 26 novembre 2007 à 02:11
Publié par Marie-Aude in : Coup de gueule, Maroc , rétrolienLe racisme est une plaie. Et il existe partout.
Il s’accompagne d’une autre plaie : l’accusation de racisme.
Il est très fréquent, quand quelqu’un émet une critique à l’égard d’une personne n’appartenant pas à la même origine ethnique, et surtout quand c’est dans le sens “PBP” (Personne blanche et privilégiée) vers “non-PBP” que la réaction soit “de toutes façons vous dites ça parce que vous êtes raciste”.
C’est facile, ça évite de s’interroger sur le fond de la critique, c’est une disqualification du message sous la honte du racisme.
Malheureusement, c’est aussi du racisme. C’est considérer a priori que ce que dit l’autre est motivé par ses appartenances raciales, sociales ou religieuse, et cela en fonction de ses propres appartenances raciales, sociales ou religieuses.
Clairement, si je dois être marocaine pour pouvoir critiquer un marocain sans me faire accuser de racisme, c’est que mon interlocuteur me voit avant tout comme “non-marocaine” et pas comme une personne.
Le dernier exemple en date est une discussion sur Casawaves, ou un journaliste français, installé au Maroc, et travaillant pour des journaux comme l’Express, critique le sensationalisme d’articles du Reporter, des faits divers comme on en décrit dans la PQR française.
Voilà que la directrice de Reporter vient pour répondre et défendre son travail.
Parfait.
Et puis on glisse à l’attaque ad hominem, et sort le point Godwin du racisme.
Sans vouloir vous vexer, si vous aviez les qualités requises pour donner des leçons de journalisme au monde, cela se saurait… Et en premier lieu dans votre pays. Mais il est peut être plus facile de venir chez les “bougnoules” lire leur presse imparfaite et la noter, plutôt que de faire profiter la planète des reportages exemplaires que vous ne faites pas.
Un conseil, M. Felix, au lieu de vous amuser à nous regarder à travers vos lunettes occidentalo-centristes - ce qui n’impressionne plus personne - employez vous à nous donner l’exemple en devenant vous-même un grand journaliste
En gros, si on lit bien la réponse de Bahia Amrani,
- les critiques de Julien Félix sont justifiées, sur la forme, mais en fait le “présumé coupable” a été condamné depuis, donc le non-respect de sa présomption d’innocence est justifié ex-post (ce qui est totalement faux, juridiquement parlant),
- la journaliste qui a écrit l’article pouvait être émue parce qu’elle avait des liens proches avec la victime, ce qui serait au contraire une bonne raison pour ne pas en parler,
- et de toutes façons c’est du racisme de l’attaquer, c’est vrai quoi on n’a pas le droit de venir chez les “bougnoules”. A ce compte là, est-ce que les “bougnoules” auraient le droit d’aller ailleurs et critiquer leur pays d’accueil ?
C’est malheureusement un exemple typique du manque de maturité dans la discussion argumentée, dans la blogosphère marocaine. L’invective est toujours au coin de la rue…
Heureusement, mon pauvre petit blog n’est pas indexé par Google, et je n’aurai pas droit aux foudres de Bahia Amrani.
PS: ayant lu son dernier éditotial sur Reporter, je suis encore plus amusée de ces leçons de “journalisme”. Quelqu’un qui écrit
Souvent, les Amazighs se croient victimes de répression parce que ce sont des Amazighs. Or, c’est tout simplement parce qu’ils sont un mouvement de revendication.
a juste tendance à oublier beaucoup de choses au Maroc, et notamment l’interdiction faite à tous pendant des années des prénoms berbères, ou la mise à l’écart de la langue berbère à l’école et à la télévision, qui diminue seulement maintenant. Vous qui accusez les autres de racisme, Madame, comment vivriez-vous de ne pas pouvoir vivre dans votre langue maternelle ?
Tags: Coup de gueule, Maroc
Commentaires»
[…] MAJ : Marie-Aude nous explique comment l’accusation de racisme permet de clore tout débat : L’accusation de racisme comme point Godwin. […]
Comparaison très judicieuse (linké).
Je me suis inventé une maxime. Tu l’as peut-être vue passer parfois, dans un billet ou dans un post-it express. Je la mets en ligne de temps à autre histoire de pratiquer pour moi-même la nécessaire piqûre de rappel, et tant qu’à le faire, pour les lecteurs, s’il y en a.
Pour la lire, il faut savoir que je suis, bien évidemment, une PBP, ce qui ressemblerait presqu’à une insulte en prononciation mais tant pis, je le suis.
“Le racisme aura disparu le jour où je pourrai traiter un arabe de connard sans me faire traiter de raciste”.
Dans cet aphorisme, on peut librement remplacer le mot arabe par tous les autres mots qu’on voudra.
J’en suis persuadé, seulement ce jour là le racisme aura disparu de nos têtes. Nous en sommes loin. Et, ne nous trompons pas, seule la vigilance nous empêchera d’y succomber nous-mêmes, ponctuellement ou massivement.
@Laurent :)
@Andrem, très vrai… mais pas demain la veille !
C’est vrai que la suspicion et les accusations de racisme, toujours à fleur de peau, empoisonnent les relations. Plus les gens en face de soi sont complexés et mal dans leurs sabots, plus ils réagissent de manière inappropriée… en parlant par exemple de “bougnoule”, comme le fait la rédac chef, alors que le sujet n’est vraiment pas là.
J’ai eu le même pb avec une amie juive qui refusait de comprendre qu’on puisse avoir une opinion sur le problème juif, différente de la sienne cela va de soi, sans être juif soi-même.
A la fin on ne discute plus !
@Yves… celle là aussi, oui, je l’ai subie. Avec les accusations nauséabondes d’être “manipulée” par ma belle-famille, d’avoir épousé “leur cause”. Heureusement, le fait d’avoir une ascendance juive me sert de botte secrète dans ces cas-là. Mais cet épidermisme est encore plus violent. Normal, d’une certaine façon, 2.000 ans de diaspora contre 150 ans de colonisation…
Ayant bossé dans un lycée type ZEP (comme pion) j’ai eu notamment à faire avec ce genre d’accusation, où le simple fait de sanctionner un élève pour comportement limite était une marque de racisme évident envers la culture musulmane ou black ou je ne sais quoi… le problème là-dedans c’est que finalement les autorités à tous les niveaux (chef d’établissement, etc…) n’ont absolument aucune solution à proposer par peur du scandale… or me faire traiter de raciste parce que j’engueule un élève en retard, moi ça passait pas… c’est surtout le seul et unique moyen pour certains de se défendre… ma botte secrète à moi était le fait qu’à l’époque je sortais avec une fille musulmane (et je ne m’en cachais pas pour ainsi dire, les élèves le savaient) et que j’arrivais toujours à faire comprendre au bout du compte que l’élève qui me traitait de raciste soulevait un étrange paradoxe chez moi, résultat ça tombait à plat pour l’élève… cela dit, heureusement qu’on a parfois cette botte secrète, parce que les gens qui n’ont pas ce genre de “prétexte” (un mot terrible) et bien eux ils sont coupables, car n’ayant pas de preuves qu’ils ne sont pas racistes… pas simple ! En fait il se passe la même chose avec les fous furieux genre pileirs LCR qui voient des fachos partout dès lors qu’on est pas d’accord à 100% avec eux… si tu prouves pas que t’es pas facho, et bien tu l’es, obligatoirement…
Et de toutes façons, si tu le prouves, c’est que tu éprouves le besoin de te justifier, et donc que tu l’es :) celle-là aussi elle est imparable !