L’histoire de Pierrot qui criait au loup.

Comme les petits enfants sont trop jeunes pour apprendre que « l’honneur c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois », on leur inculque cette vérité première par d’autres moyens.

Moi on m’a raconté l’histoire de Pierrot qui criait au feu, ou au loup, alors qu’il n’y avait pas de danger, pour s’amuser. Alors les villageois se sont lassés, et n’y sont pas revenus, quand Pierrot était vraiment en danger. Et Pierrot est mort.

Pourquoi est-ce que j’y repense à propos de l’affaire DSK ?

Il y a les preuves, et les absences de preuves. Il y a ce qu’on raconte, et les preuves qu’on peut trouver pour valider ce qu’on raconte.

Le problème dans cette affaire, c’est que, comme dans beaucoup de cas de la même nature, c’est finalement du parole contre parole.

Alors oui, quand on joue à parole contre parole, il est important, il est essentiel de ne pas mentir. Nafissatou Diallo n’a pas seulement, comme le disent beaucoup de féministes, menti il y a longtemps, menti sur son passé, elle a surtout énormément menti pendant l’enquête. Au sujet des faits mêmes dont elle accusait DSK. Et cela dans un contexte où il n’y a pas de preuve matérielle probante.

Non, ce n’est pas une histoire de petite pauvre noire contre grand riche blanc. C’est l’histoire d’une femme qui ment, sans raison valable, sur des points plus ou moins importants. C’est l’histoire d’une femme qui accuse et qui en même temps prouve qu’on ne peut pas faire confiance à sa parole.

C’est l’histoire d’un homme dont la route vers le succès s’est effondrée, et qui ne retrouvera jamais ce qu’il a perdu. De la justice d’un pays qui n’a pas hésité à détruire tout cela parce qu’elle a fait confiance à une femme pauvre et noire, et qu’il y avait urgence à se saisir de l’homme riche et blanc.

C’est l’histoire d’un procureur qui a vu peu à peu la plaignante, malgré le support de ses avocats (parce que côté honoraires, les avocats de Diallo doivent valoir ceux de DSK, et les moyens mis en oeuvre avec enquête et correspondants internationaux sont de la même nature que ceux que le clan DSK a sans doute utilisé. La seule différence, c’est que les avocats de DSK seront payés, et que Thompson a fait un investissement qui semble de plus en plus douteux), donc une plaignante, malgré tous les conseils qui l’entouraient, se désaggréger peu à peu, mentir sans raison, se soustraire aux interrogatoires, refuser de donner des éléments de preuve (le détail de son dossier médical).

Les éléments « objectifs » (le relevé des mouvements via l’utilisation des cartes, les horaires des coup de fil, et même le rapport médical) ne permettent pas de conclure dans un sens ou dans un autre.

Il reste donc la parole d’une femme qui accuse un homme de viol. Qui, pendant qu’elle témoignait sur cette accusation, raconte un viol imaginaire en Guinée, son pays d’origine, en pleurant et en émouvant les enquêteurs. Qui ensuite, une fois convaincue de mensonge, explique qu’elle voulait rester cohérente avec son dossier de demande d’asile, alors que cette histoire de viol ne s’y trouve pas.

La parole d’une femme qui raconte trois versions des faits entre le viol et son récit à son superviseur. Deux auraient pu être acceptables, mais le problème, c’est que la seconde, tout aussi fausse que la première, a été faite à tête reposée, et que, convaincue de mensonge, cette femme accuse le cabinet du procureur.

La parole d’une femme qui « découvre » au bout de 28 jours qu’elle souffre de l’épaule, là où DSK l’aurait maltraitée, alors que cette souffrance a été signalée comme « allant en diminuant » lors des premiers examens médicaux, et ensuite n’a pas été signalée lors des premiers interrogatoires, et qu’elle n’a pas non plus été mentionnée dans les interviews télévisées qu’elle a données.

Dans un pays où on menace un président d’impeachment pour avoir menti sur une turlute privée, il serait temps de comprendre que – contrairement à ce que la communication de ses avocats essaye de faire croire avec un certain succès – le cabinet du procureur a été plutôt patient et ouvert vis à vis de Nafissattou Diallo.

Le fait est là : il n’y a pas de preuve décisive, et sa parole n’a plus de poids, pas parce qu’elle est noire et pauvre, mais parce qu’elle est au mieux mythomane ou simple d’esprit, au pire une fieffée menteuse. (Lire tous les détails ici sur Rue89)

On peut être menteuse et être violée. Mais dans ce cas, on est dans la situation de Pierrot qui criait au loup.

Faut-il regretter que le procès n’ait pas lieu ?

Non.

Qu’est ce qu’il aurait apporté de plus ? Il est perdu d’avance, le procureur le sait. Si Cyrus Vance avait pu trouver le moindre élément permettant de supporter l’accusation, il l’aurait brandi, parce que sa carrière est en jeu. Je suis sûre qu’il a passé ces trois mois à frénétiquement instruire à charge, en se disant « non de dieu, comment je peux rattraper le coup, où sont les preuves, les preuves, les preuves, donnez moi un zeste de preuve ».

Pas trouvé.

A la limite, aujourd’hui, seul DSK aurait intérêt à un procès, pour obtenir un blanchissement juridique, et pas un abandon de plainte. Mais en fait ça ne changerait rien. Tous ceux qui sont persuadé qu’il est sauvé grâce à son argent continueraient à répéter la même litanie.

Ce qui s’est passé ces trois derniers mois, cet emballement médiatique. C’est finalement très peu rassurant de voir sur twitter tous ceux qui condamnent d’avance, qui se sont fait une intime conviction de la culpabilité de DSK, parce qu’enfin voyons, une femme qui se plaint d’un viol a raison.

Eh oh… affaire Doutreau, par exemple ?

Et faut-il rappeler un des grands principes de base de la justice, soit-elle américaine, soit-elle française ?

Le doute profite à l’accusé, et à la fin il vaut mieux un coupable en liberté qu’un innocent en prison.

Le jour où un de ces procureurs sur internet risquera l’erreur judiciaire, peut-être qu’il s’en souviendra.

A part ça, il semble que Khadaffi soit prisonnier.

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Une réponse à L’histoire de Pierrot qui criait au loup.

  1. andrem dit :

    Voilà longtemps que je n’étais pas venu me promener dans ton salon. Il est toujours aussi bien tenu et le propos sur l’affaire qui nous bassine est très intéressant. J’avance lentement dans un texte où je m’efforce de raisonner de la même façon.
    Il sera en ligne un jour, ou ne sera pas, selon. Tout est lent chez moi, et de plus en plus. Le courant contraire vers la cataracte se renforce.
    Je veux mettre une nuance, ou plutôt un complément, qui est l’objet de ma réflexion actuelle. L’homme de cette affaire, puissant et riche, avait un prestige certain auprès de ma modeste jugeote. Et bien que je souscrive à tous les arguments développés dans ton billet, ce prestige s’est complètement effondré, et ce n’est pas sa pitoyable prestation télévisée qui va redresser sa situation.
    La question n’est pas que je le considère coupable d’un crime ou d’un délit dans la fameuse suite, il y a doute pour le moins, et je penche même bien au delà du doute, mais restons en à ce doute qui doit lui profiter comme dans toute justice digne de ce nom. Il n’empêche que son prestige est anéanti et que l’homme est rayé de mes tablette d’homme méritant. Et c’est cette chute là qui m’intéresse, qu’il faut comprendre et décrire. C’est d ‘ailleurs cette question qui aurait dû être abordé lors de son intervention télévisée, au lieu de brandir un rapport qui ne démontre rien sinon qu’il ne peut rien démontrer.
    Autant les accusateurs frénétiques m’énervent par leur combat perdu d’avance et contre productif, autant il y a matière à faire peser sur cet homme des reproches justifiés et cohérents, qui relèvent bien plus de la philosophie, de la sagesse et de l’humanité que de la justice et de la prison. Voilà ce à quoi je travaille. J’en profiterai pour stigmatiser les faux procès et les bonnes consciences un peu trop hâtives, un peu trop éjaculatrices précoces.
    Voilà. C’est tout pour ce soir.
    Amicalement. Andrem.

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