Libération(s) de la femme jeudi 22 février 2007 à 03:43
Publié par Marie-Aude in : Allemagne, France, Maroc, exploitation , rétrolienAvant hier, dans le train vers Hannovre, une affiche : un beau bedon tout rond, une paire de petits chaussons de bébés, et un slogan que je traduirais approximativement “Maman m’apprends à marcher à quatre pattes, et après Papa à bien marcher” (Krabbeln lerne ich bei Mama. Laufen dann bei Papa), et une phrase : “les avantages de la famille”.
Ce qui permet de se rappeler que même si l’Allemagne a élu avant la France une femme à la tête du pays (le président allemand étant un coupeur de ruban comme nos présidents de la III° République), le mythe de la Mère avec toute l’emphase nécessaire reste bien ancré dans les mentalités. Et comme l’école ferme à deux heures de l’après-midi, les femmes ont le choix entre se dédier à leurs enfants, au détriment de leur carrière, ou se transformer en mère indignes, ici en mères corbeaux (Rabenmutter) qui laissent leurs enfants rentrer tout seuls à la maison, la clé suspendue au cou, en en faisant des Schüsselkinder.
Résultat, beaucoup de filles qui ont fait des études décident tout simplement de ne pas avoir d’enfants. Rien, nada, plutôt que de sentir la pression sociale sur la mauvaise mère pendant que la carrière patine de toutes façons.
L’idée qu’un enfant puisse être content d’être un peu indépendant de ses parents est considérée avec surprise. On fait des enfants pour s’en occuper, et on s’en occupe avec constance, organisation et méthode, et ce goût de la qualité qui chercher à tout faire avec perfection.
A cause de ce tout ou rien, il nait de moins en moins de petits allemands, et ce sont donc les enfants des Turques voilées qui paieront les retraites des business women.
La femme française se plaint d’être obligée de travailler, des horaires impossibles et de la double journée, s’occuper de la maison pendant que monsieur se prélasse, après avoir trimé toute la journée (mode caricature was on). Elle rêve de temps libre, mais utilise ses 35 heures pour aller passer un bon moment au MacDo avec le petit.
Et mes amies marocaines ? Elles sont souvent voilées, mais elles travaillent. Quand elles ont des enfants, il y a toujours une soeur, une cousine, une nièce, ou tout ça à la fois pour venir les aider et leur permettre de reprendre leur travail rapidement. La séparation de bien est la règle, et la loi leur permet de travailler, d’ouvrir un compte banque (et de faire un chèque, mode ironie again) sans l’autorisation de leur mari.
Mais pour en revenir à la publicité allemande, elle me frappe par son machisme de base. Les femmes à la maison pour s’occuper des bébés, et après, quand on peut leur parler, avoir des activités, le père, le protecteur, celui qui va à l’extérieur pour travailler, s’en occupe et les prend en charge. Pour moi, en bonne petite française, c’est plutôt “mon coeur on partage les couches, les biberons la nuit, et les balades en forêt”.
Eh bien non… on part de si loin que cette pub est perçue positivement. Ainsi ici, dans un “blog pour être un bon père”, nos pères allemands expliquent que c’est un progrès d’être associés à l’éducation de leurs enfants, et de ne pas être seulement considéré comme le nourricier allant gagner l’argent de la famille. (Cette affiche entre dans le cadre d’une campagne pour informer sur les allocations familiales dont peuvent bénéficier les parents et qui vont être sérieusement augmentées).
Pourtant j’ai bien des amis qui s’occupent de leurs enfants, à égalité avec leur épouse. Mais c’est loin d’être une majorité, c’est vrai.
Et de ce que j’ai pu voir dans le paysage des blogs germanophones, la seule question qui se pose réellement est de savoir si c’est “juste de la communication” ou une bonne chose pour la politique de la famille.
Tags: Allemagne, exploitation, France, Maroc


Commentaires»
[…] Warum nicht (auch) so, die aktuellen Plakate hinterlassen nicht nur bei mir einen faden Beigeschmack. Im Blog Liberation(s) de la femme at trassagere ist eine Einschätzung aus französischer Perspektive zu lesen. […]
Allez absolument voir la superbe interprétation de l’affiche faite par Hasn-Georg dans son blog… il a merveilleusement inversé les rôles !