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Liberté de la presse, liberté d’expression, censure, élections… mercredi 27 juin 2007 à 12:35

Publié par Marie-Aude in : Maroc, Politique , rétrolien

Larbi a mis sur son blog un appel à soutenir des manifestants arrêtés et lourdement condamnés (2 et 3 ans de prison) lors des manifestations du 1° mai.

J’ai voulu instantanément la relayer, et puis je me suis posé des questions, car finalement, je ne sais rien du contexte, ni de ce pour quoi ces manifestants ont été condamnés, ni de qui ils sont.

Les faits sont simples : il y a au Maroc des lois interdisant d’insulter la famille royale et la religion. Ces lois sont régulièrement appliquées, les dernier fameux exemple ayant été la condamnation des responsables du journal Nichane (tout droit) ) 3 mois de prison pour un numéro “spécial blagues marocaines” dont certaines faisaient rire de l’Islam ou de la famille royale.

La répression policière est violente au Maroc, les photos montrées dans le lien dans l’article de Larbi le prouvent, mais il est très facile de manipuler l’information et de montrer (surtout ainsi en gros plan) plusieurs fois la même marque de matraque, ou tout simplement des photos faites ailleurs…

Les condamnés l’ont été par un tribunal. Ils n’ont pas été jettés dans une prison sans procès, pour être oubliés pendant des années comme aux temps des années de fer de Hassan II.

Donc si on résume la chose, des manifestants ayant enfreint des lois du royaume ont été jugés par un tribunal, avec des avocats, et condamnés assez lourdement pour avoir enfreint ces lois.

Toute la question est de savoir ce qu’il y a derrière :

Là où le bât blesse, c’est que je n’en sais rien. J’ai cherché sur Internet, mais pas possible de trouver.

Symptomatique de la qualité de la presse au Maroc, de la liberté globale d’expression et de l’auto-censure qui se pratique dans un pays où les informations TV feraient passer TF1 pour une annexe du Canard Enchaîné et où la presse écrite se hésite entre la page locale de Ouest France et les … comment dire ? … les discours imprécatoires appelant au renvoi des touristes et des juifs buveurs d’alcool, porteurs de MST et entièrement responsables de la corruption du royaume. Quelques titres échappent à cette caricature (comme Tel Quel) mais ils sont peu nombreux, et malgré tout ils louvoient entre les écceuils de la censure.

Or, mine de rien, ces questions ont de l’importance. La gravité d’une sanction s’apprécie dans l’ensemble d’un système judiciaire, une infraction à la loi dans un contexte.

Dénué de tout contexte, par exemple, l’arrestation de José Bové aurait très bien pu être titrée “le gouvernement français emprisonne un opposant politique candidat aux élections présidentielles pour le faire taire”.

Ce n’est pas la première fois que je ressens ce malaise face à l’impossibilité de savoir le vrai. j’ai reçu il y a quelques temps un mail appelant à dénoncer les assassinats et les maltraitances d’étudiants berbères dans les universités par des groupes extrémistes arabes. Je sais qu’il y a eu des morts dans des affrontements à Er-Rachidia, et qu’une partie de ces morts étaient des étudiants berbères. Mais je ne sais pas combien, où dans le pays, je ne sais pas dans quelle mesure l’état laisse-faire ou sanctionne. On a nos fous aussi en France, et on a régulièrement des condamnations d’extrémistes juifs ou arabes pour voies de faits racistes. Ce n’est pas pour autant que l’état laisse faire…

Condamner un homme de 72 ans à plusieurs années de prison semble excessif, de prime abord. Mais après tout Khomeiny avait 79 ans quand il est revenu en Iran et a pris la tête de la Révolution Islamique…

Alors, finalement, et dans la très innocente et naïve croyance que même un post sur un blog confidentiel comme le mien a un zeste de toute petite importance, et parce que, quels que soient les faits, la censure de l’information au Maroc est une réalité, j’ai décidé d’en parler. Parce que la crispation du pouvoir aux approches des élections est sensible, et qu’il est rare qu’un pouvoir se décrispe facilement après avoir commencé à goûter du gant de fer…

Vous avez tous les détails et le lien vers la pétition sur le blog de Larbi.

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Commentaires»

1. Chris CB - 28 juin 2007

Je dirais que c’est symptomatique des petitions sur internet. On trouve pas mal de combat qui ont l’air “juste” à priori sauf que quand on creuse on se rend compte qu’on a aucune information sur ce qui s’est vraiment passé : pas de contexte, pas de contradicteur. Et ces deux points sont la base de la justice.

2. Pierre-O - 3 juillet 2007

On envoie pas les gens en taule pour ce qu’il dise, et quoi qu’il, quelle que soit la gravité, l’outrance du propos.

Après on peut condamner les gens à des peines diverses (amendes salées, excuses publiques etc…) mais pas être privé de sa liberté de mouvement et de pensée pour ce que l’on a dit, aussi bête que ce soit… bref, je veux dire que l’argument de la gravité des propos ne doit pas rentrer en compte lorsque l’on s’interroge sur la censure. On ne doit pas juger la qualité du propos et censurer, emprisonner, l’homme qui les profère puisque la qualité desdits propos est variable selon les personnes, les cultures et les systèmes politiques.

Dès lors qu’on emprisonne quelqu’un pour ses propos (quelque soit l’âge) aussi graves/idiots/injustes/honteux soient-ils, on n’est pas/plus en démocratie. Il faut pouvoir dire les pires choses sans risquer de se faire épinglé puisque cela évite une chose encore pire que la censure à savoir l’auto-censure, qui est une prison qu’on se construit soi-même et qui est le but ultime de ladite censure finalement : transformer les gens en moutons (ce qui au Maroc, ma foi, n’est pas si mal !!).

Après libre à chacun d’exprimer un droit de réponse aussi violent que les attaques subies ; libre aux gens d’entamer des actions en justice pour avoir une réparation du préjudice “moral”… mais en aucun cas ce qui sort de ma bouche ou de ma plume ne doit me priver de mon droit de vivre libre…

Je sais, ça sonne très “flower power” comme propos mais pourtant je crois que c’est la base en société et en démocratie : accepter que les autres te détestent, te critiquent pour pouvoir critiquer, détester les autres, bref : avoir un avis, une opinion, se différencier. Or si l’on est tous pareils, on va jamais loin…

Donc oui, manifestement, il y a de la censure au Maroc.

3. Marie-Aude - 3 juillet 2007

“on n’envoie pas les gens en taulent pour ce qu’ils disent”….
ça dépend :)
Honnêtement, je verrais bien en taule quelques uns des journalistes anit-sémites et anti européens du Maroc.
Mais pour ce qui est des insultes à la famille royale… ceux qui disent par exemple que la reine va partouzer avec l’accord de son mari et se vautrer dans l’alcool au Moyen-Orient, et que son fils n’est pas celui du roi… ben chez nous ça serait de la diffamation, et là bas c’est encore plus grave (http://www.trassagere.com/blog/dar-al-maghrib/censure-youtube-maroc/)

Le schéma que tu décris (attaque en justice, etc…) est relativement efficace dans nos pays (encore que… on fait encore courir des bruits sur Baudis), mais dans un pays comme le Maroc (50% d’analphabètes) il n’a aucune chance de jouer son rôle.

Le Maroc n’est pas une démocratie, il n’a jamais prétendu l’être. Il est une dictature, dont la consitution est une des plus absolue du monde, même si la pratique est beaucoup plus douce (malgré tout), en chemin cahotant vers la démocratie, mais de toute façon la démocratie est-elle compatible avec un état religieux ?

La question que je me pose régulièrement, c’est comment peut on arriver à passer d’une distature à une démocratie sans trop de casse ? Dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal cela s’est bien passé, mais la dictature était de courte durée. C’est déjà beaucoup plus difficile dans les anciens pays communistes, la Russie par exemple n’avait jamais eu de tradition démocratique, et la glasnost a finalement remplacé un tyran par un autre.

Or “historiquement” les Marocains ont un rapport extrêmement excessif au pouvoir, soit totalement courbé (comme ils le font encore lors du renouvellement annuel de l’allégeance au roi), soit dès que les boulons pètent, en pleine révolte. Ce n’est pas simple d’instaurer une tradition démocratique dans un pays comme ça.

J’essaie toujours de comprendre le Maroc par rapport à sa dynamique, pas par rapport à notre façon de faire.