MMS lundi 12 novembre 2007 à 09:07
Publié par Marie-Aude in : Humour , rétrolienVous la connaissez peut être, je l’ai entendue un soir à Mezgarne.
Cela se passe dans une maison de retraite. Nos dames sont au salon, et en même temps qu’elles occupent leurs doigts avec le tricot, la broderie, le sudoku, le macramé, ou de dos du chat qui ronronne, elles parlent de leurs défunts maris.
Et chacune de vanter ses mérites, elles ont toutes eu de la chance, elles ont toutes été mariées à des Apollons romantiques, et surtout, les nuits, ma bonne dame, les nuits…
Comme ce blog est ouvert à tous, je tairais les détails, mais chacune renchérit à qui mieux-mieux, avec la verdeur de celles qui ont tout vu et plus aucune raison de s’offusquer, et elles organisent entre elles un petit concours post-mortem de ces messieurs. Toutes, sauf Lucie, qui tricote dans son coin, sans rien dire.
“Et surtout le vendredi soir, il était en forme, et ça durait… ”
Les aiguilles de Lucie font clic-clic-clic, et Lucie sourit
“Ah nos vacances à Didonne, en 52… je ne me suis pas baignée de la semaine !”
Clic-clic-clic, avec toujours le sourire en coin…
“Quand il rentrait du rugby avec ses copains, même après la troisième mi-temps, il était comme neuf…”
Sourire, clic-clic-clic…
A la fin ces dames n’y tiennent plus et questionnent Lucie, qui continue à tricoter sans rien dire, avec son petit sourire.
Mais au bout de quelques minutes, elle finit par céder :
“Oh, moi, mon Jacques, c’est MMS !
-MMS ?
-Oui, au début c’était Matin, Midi et Soir.
Ensuite ça a été Mardi, Mercredi, Samedi.
Enfin c’est devenu Mars, Mai, Septembre.
Et maintenant, c’est Mes Meilleurs Souvenirs.”



Commentaires»
Je serai donc le premier à me marrer.
Et je suis sûr que l’histoire a bien dû se passer pour de vrai quelque part un jour, et qu’elle continue ailleurs. Nous avons parfois tellement besoin de faux-semblant pour continuer à vivre joyeux.
Ton histoire rejoins ton billet d’amie d’enfance, juste mitoyen de celui-ci : tu y as fermé les commentaires mais ici non.
Alors je te donne ce que m’inspire cette douce nostalgie que tu exprimes, entre regret léger et lucidité soigneuse. Je n’ai gardé aucun ami d’enfance, aucun ami d’adolescence, et il me reste un seul ami de jeune homme parmi la petite huitaine qui s’était juré fidélité au fur et à mesures des vies qui partaient à travers le monde.
J’ai vécu des retrouvailles, ces sortes d’anniversaires étranges, les dix ans de, les vingt ans de, tous en chiffres ronds. Ils ont tous tourné à la catastrophe, ces anniversaires; je ne sais pas pour eux, mais pour moi, si. Trop de changements dans les têtes, trop de certitudes à étaler, trop de réussites à faire croire, sans parler des épouses.
Chaque rencontre se traduisait par une infinie tristesse que certains aient changé à ce point, sans me dire que moi aussi à coup sûr, et chaque fois, un deux ou trois “amis” en moins.
Ils étaient en moins depuis longtemps en vérité, il fallait la rencontre de trop qui fige, la rencontre qui fait renoncer au faux-semblant dans lequel je me complaisais, et eux aussi sans doute. Sans dispute, sans incident, sans mot qui fâche, entendons-nous bien, ces rencontres se sont (presque) toujours passées dans la joie et la bonne humeur, et même sincères, mais le soir de la fête, devant ma glace, le masque tombe et je ne donne plus suite, eux non plus, comme un accord tacite de désaccord.
Et le phénomène est le même, quel que soit l’origine de l’amitié, l’amitié d’école, l’amitié de régiment, l’amitié expatriée au même endroit, l’amitié de collègues d’ex-employeurs, que sais-je, moi, tout ce qui conduit a créer entre deux ou plusieurs personne une micro-société de confiance où régna pendant un temps suffisant contacts, complicités, ententes, solidarités.
L’ami qui me reste de ces temps là, que je vois peu, est seul resté. A l’époque, il n’aurait pas été celui que j’aurais spontanément désigné comme mon meilleur ami si la question m’avait été posée. Mais voilà, avec des vies sans rapport aucun, avec des galères totalement incompréhensibles l’un à l’autre, il est resté cette joie et cette détente de se voir, et de parler jusqu’à l’aube comme si nous avions encore vingt ans, y compris de sujets qui fâchent puisque nous ne sommes d’accord sur rien en politique, en religion, en éducation des enfants, en solutions de refaisage de monde.
Sauf sur un seul point, mineur? L’essentiel.
Tu exprimes si bien ce que j’ai pu ressentir, et vivre, merci.