Protégé : Le récit d’Irmin

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J’ai un très grand malaise

…. j’avoue que cette histoire de DSK – la New Yorkaise – ne m’a jamais parue crédible « en l’état », le mec qui saute à travers toute la chambre sur la femme de ménage, non ça ne passe pas. Elle aurait raconté qu’il aurait essayé au moins cinq minutes de la séduire, et que ça avait mal tourné – comme l’histoire parisienne – j’aurais pu imaginer la scène, mais là, malgré tout, non, ça ne passe pas. Pas « comme ça », pas « sans raison ».

En sens inverse, les révélations sur Nafissatou Diallo m’ont mise très mal à l’aise dans l’autre sens, parce que tout ce qu’on lui reprochait pour la transformer en quasi prostituée déliquante, tout cela, dans une culture plus africaine, moins américaine, ça passe sans problème et ça se fait tous les jours.

Mentir pour obtenir sa carte de séjour ? Combien l’ont fait, combien le feront ? Et, à sa place, combien d’entre nous le feraient ?

En posant la question autrement, qui n’a pas embelli son CV ? Menti pour échapper à une prune ? Et donc qui ne serait pas capable de faire bien pire pour arriver dans le saint des saints ? Emigration organisée ? Scénarios appris à l’avance et répétés jusqu’à être crédibles ? Rien de nouveau, rien d’inconnu, ça se passe tous les jours, c’est le quotidien de ceux qui trient les dossiers de demandes d’asile d’arriver à faire le tri, et bien sûr, il y en a qui passent à travers les mailles du filet.

Que son histoire d’alors porte sur le même registre de viol qu’aujourd’hui est très gênant pour elle, mais ne prouve rien.

Comme les histoires de téléphone, de versements sur son compte. Eh oui ça se passe comme ça dans l’émigration pauvre, on paye pour un tel, on reçoit de l’argent pour un autre. Donc en soi, elle peut avoir trouvé normal des faits en réalité délictueux, s’être faite avoir par son mec ou un membre de sa famille.

Tous ces « détails » étaient très gênants. Mais qui d’entre nous n’a pas des petits secrets dans sa vie qui accumulés par des personnes malveillantes, mis au jour, brosseraient de nous un portrait beaucoup plus noir qu’en réalité ?

Et puis elle a accepté une interview à la télé.

Et là quelque chose m’a profondément choquée. Quelque chose qui est en profond décalage avec le personnage qu’on nous a décrit d’une femme tranquille, effacée, pieuse, portant un voile (enfin cachant ses cheveux).

C’est que pour son interview, elle ne portait pas de voile. Et, pour démontrer ce que DSK lui aurait fait, elle a touché sa poitrine en imitant le geste.

Et les deux choses, même séparément, ça ne passe pas.

Il faut savoir d’abord que quand on porte sincèrement le voile, on ne le retire pas « comme ça », pour se faire belle à la télé, c’est une pratique de tous les jours, et on va le garder encore plus à la télé. Au « pire », mettre un turban, mais le garder.

Peut être ses avocats ont-ils fait pression, islamophobie rampante, 11 septembre, séduire les femmes noires, se fondre dans le cliché des minorités. Peut être s’est elle laissée faire.

Mais ce geste de toucher ses seins à pleine main, en public, non ça j’en suis certaine, le type de femme que l’on nous a décrit ne le ferait pas. On ne passe pas ainsi « sous la pression de ses avocats » par dessus 30 années de conditionnement culturel et religieux.

Ce soir j’ai acquis la certitude que Nafissatou Diallo n’est plus depuis longtemps la femme qui a été élevée en Guinée, celle qu’elle serait toujours restée au milieu de la grande ville.

(Et puis en plus, quand on voit cette grande femme vigoureuse…. beaucoup plus grande que DSK, euh là non plus, maintenant que je vois je n’y crois pas)

Personne ne saura jamais ce qui s’est réellement passé dans cette chambre d’hôtel. Du pire des scénarios, celui du piège à l’autre pire d’un viol, personne ne saura jamais la réalité. Mais avec ce que j’ai vu ce soir, je suis maintenant intimement convaincue que Nafissatou Diallo ment au moins sur qui elle est.

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Peut-on faire un procès en 140 caractères ?

Il y a quelque chose de paradoxal à lire toutes les remontrances sur les prises de positions sur l’affaire Strauss-Kahn. Il faudrait réussir l’impossible conjugaison du respect de la présomption d’innocence, du respect de la présomption de véracité chez la victime, du respect de la famille des uns, des autres, de la vie privée, de l’honneur de tous, ne pas juger avant les juges, mais avoir une opinion, inattaquable, et tant qu’à faire juste.

Or une enquête, un procès se justifient par le fait même qu’il y a toujours, et dans les deux sens, doute. Sinon à quoi bon ? On enregistrerait toutes les plaintes, en disant « merci beaucoup, vous dites qu’il vous a fait ça, hop il écope de 15 ans » (six mois, à vie, castration chimique, amende, remplacez par ce que vous voulez).
Douter, vérifier, avérer, prouver, questionner… tous ces mots sont l’essence d’un processus qui permet de respecter en même temps les droits du plaignant, de l’accusé, de la société, et d’arriver à une décision aussi juste que possible.

On peut questionner la réalité d’un témoignage sans insulter la personne qui l’exprime, sans la mépriser. Et plus particulièrement quand elle est personnellement impliquée, et de façon aussi émotivement violente que dans le cas présent.
Pourquoi pas ? Des expériences répétées montrent la fragilité du témoignage direct. La perception sélective, la déformation rapide, les contre vérités même qui peuvent être rapportées par des témoins d’un événement même quelques minutes après qu’il soit survenu rendent nécessaires les preuves matérielles.

De plus, ici, on est dans un système américain, assez différent du notre, et où la communication est encore plus importante. Les différentes versions de la plainte ont tellement évolué sur les deux ou trois premiers jours, l’identité de la plaignante, l’heure de l’attentat, le déroulement de l’affaire, tout ceci a changé régulièrement. On peut douter de certains points, surtout quand ils ont ensuite été infirmés.
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Le voile et le viol

On a parfois des illuminations, comme ça, au saut du lit. La mienne a été de comprendre que toute la « problématique » du voile tournait autour du viol, et je suis désolée de cet apparentement lacanien à la noix entre les deux mots.

Le voile, la maman et la putain

A la base, en Islam, le voile est une protection, une différenciation visuelle entre les femmes « de bonnes mœurs », les musulmanes, en l’occurrence, les femmes libres, et d’autre part, les esclaves, les femmes de « mauvaise vie », celles qui se promènent les seins à l’air, en très gros, et qu’on a le droit d’utiliser. Une musulmane doit se couvrir pour ne pas être confondue avec celles dont on peut user. Dans les temps troublés des commencements de l’Islam, c’est une protection, et une valorisation.

Mais c’est en même temps quelque chose de très pervers : cela désigne a contrario toute femme non voilée comme utilisable et abusable à volonté. C’est le sens de la formule utilisée par je ne sais plus quel cheikh saoudien, qui disait grosso modo que quand la viande était étalée, le chat se servait. Tous les musulmans ne raisonnent pas comme cela, loin de là, mais c’est une réalité : la femme musulmane qui choisit de ne pas se voiler est souvent déconsidérée (et je vous traduirai bientôt un article d’Organica là dessus).

La visibilité du voile induit automatiquement un classement, une analyse « celle là suit sa religion, celle là pas, celle là est vertueuse, celle là pas », qui est beaucoup moins forte pour les hommes, le port de la djellabah et de la barbe ne relevant pas d’un commandement de Dieu, mais simplement de la sunna, de l’imitation dans ses moindres gestes de ce que faisait le prophète. Elle est aussi un processus de renforcement, une façon de se prouver sa propre vertu, soit en le portant, soit en étant marié avec une femme qui le porte, alors que – tous les musulmans sont d’accord – il y a des choses nettement plus essentielles à observer.

Le voile c’est sexuel

Pour résumer, le voile doit être porté par une femme devant tout homme avec lequel un mariage – et donc une relation sexuelle – serait possible. Les hommes qui ne peuvent pas l’épouser, du fait des lois de l’Islam sont autorisés à la voir « en cheveux ». Là dessus se rajoutent les particularités locales. Je ne parlerai que de celles que je connais un peu …. au sud du Maroc, les femmes restent avec un foulard sur la tête en toute circonstance, ne l’enlevant que le soir, dans l’intimité de la chambre. Parce que notamment, il peut toujours y avoir un homme qui entre, les femmes ne sont pas enfermées dans un gynécée. D’autres, plus généralement en ville, porte le voile à l’extérieur, l’enlèvent à l’intérieur entre femmes, tout en ayant toujours sous la main une étoffe qu’elles peuvent poser sur leur tête au cas où. Mais dans ma belle famille, il y a beaucoup de femmes dont je n’ai jamais vu les cheveux. Cheveux qui justement dans la culture locale ont un poids érotique très fort.
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J’étais une intégriste – 2

La suite de l’article traduit hier, toujours par Organica. Encore plus intéressant à mon avis, parce que, à travers les réponses aux différents commentaires sur son premier article, elle démonte beaucoup d’idées fausses sur les femmes qui portent le niqab (et c’est là où je voulais en venir en publiant cette traduction), et elle montre que cet intégrisme peut s’inscrire dans une évolution … sans doute beaucoup plus facilement si on ne renforce par la personne dans une posture de martyre, en lui interdisant par exemple de porter le niqab pour la « libérer ».
Voilà la traduction :

J’ai prévu de répondre à chacun de vos commentaires, de vos mails, qui posent des questions comme « qui vous avait lavé le cerveau » ? « que pensez vous maintenant ? » etc.
D’abord, tout ce que j’ai listé comme « extrémiste » [j'ai traduit intégriste] ne l’est pas obligatoirement à mes yeux. J’essayais de me décrire le mieux possible pour vous, les lecteurs. Je n’ai jamais prétendu que baisser les yeux n’était pas islamique, ou était extrémiste, mais je vous expliquais ce que cela signifiait pour moi, à l’époque, baisser les yeux. Je n’essaye pas de vous donner des règles, ou de juger quiconque qui est comme mon ancien moi. Mon point est le suivant : la foi poussée à l’extrême est un phénomène qui existe, et qui est répandu dans nos communautés. Je partage simplement le voyage qu’une musulmane a fait du l’Islam extrême à l’Islam modéré, une musulmane qui continue à chercher et à apprendre chaque jour.

Deuxièmement, sentez vous libre de me juger. C’est volontairement que je rends mon expérience publique, pour que vous puissiez analyser, critiquer et réfléchir.

La question la plus répandue « Qui vous a lavé le cerveau, Organica ? »

Personne ne m’a lavé le cerveau, du moins au début. Comme avec tout, quand vous commencez quelque chose, vous vous jetez dedans avec intensité, jusqu’à ce que vous atteigniez la modération. Cela se produit souvent avec les convertis et ceux qui retournent vers la religion — mon cas.
J’étais jeune. Peut être 16 ans ? Encore au lycée, il me manquait pas mal de choses, la maturité, une éducation, des modèles positifs, et la connaissance. Une jeune fille, étudiant toute seule sa religion, avec tant de manques dans beaucoup de domaine, peut facilement arriver aux conclusions étranges que j’ai données dans mon précédent article.
La plupart de mes conclusions étaient basées sur une fatwa que j’avais lue et suivi aveuglément. Aucune autre opinion ne pouvait être tolérée, encore moins acceptée. Et plus ces sentiments (L’Iman [la Foi]) m’émouvaient, plus je voulais être stricte. Par exemple, une femme devrait passer de vêtements européens avec un foulard, à une djellabah avec un foulard, puis à un niquab en couleurs, pour arriver au vêtement entièrement noir couvrant le visage, les yeux et les mains. Vous pouviez soudainement arrêter ce que vous aviez l’habitude de faire, parce que c’était haraam (interdit). Le changement soudain, c’est ce qui cause le burn out. Vous changez d’un seul coup tout ce que vous connaissiez pour quelque chose de nouveau et de strict – et dans mon cas, en suivant aveuglément et sans questionnement (très commun).
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« J’étais une intégriste »

Pour alimenter la réflexion sur le voile, le niqab, la burqua, la laïcité, l’intégrisme, le pop-corn, la jupe, les quartiers, la liberté de pensée, tout ça, tout ça, j’ai décidé de publier ici la traduction d’articles d’un blog en anglais, celui d’Organica qui est une des figures de la blogosphère féministe musulmane anglophone. Son pseudo d’abord, Organica, anciennement Organic Muslimah peut se traduire par « intrinsèquement, naturellement musulmane ».

Pour la présenter rapidement, Organica est une américaine d’origine égyptienne. Élevée entre deux mondes, deux cultures, elle a trouvé son équilibre entre les deux. Elle est éducatrice (cette année je crois dans une institution pour enfants autistes, l’année dernière c’était dans une institution « en zone sensible », elle étudie et finance ses études par son travail. Elle est aussi une excellente photographe, elle a un superbe sens des couleurs, elle aime les fleurs, le jardinage, la cuisine (malgré un besoin de faire des régimes de temps en temps), elle a une famille nombreuse et – parfois – envahissante, elle porte de nombreux foulards, et juste avant la promotion de la loi anti-burqa, sa photo de profil montrait une jeune femme assez star, avec d’énormes lunettes de soleil, un foulard bleu turquoise, et un énorme sourire.
Elle a un petit chien (trop petit pour mon goût, mais avant c’était un chat comme je les adore), une voiture qu’elle conduit de façon intrépide, il semble qu’elle ait eu un fiancé, mais elle n’en parle plus, des problèmes de budget, bref c’est quelqu’un d’absolument normal, que j’aimerais bien rencontrer en chair et en os.

Son blog n’est pas très apprécié dans certaines sphères « musulmanes bien pensantes », où on l’accuse de trop frayer avec les non musulmans, et de plein d’autres choses, que ma connaissance imparfaite de la religion musulmane ne me permet pas de qualifier. Pour moi cela a été un espace de discussion et de découvertes, un des tout premier blogs musulmans que j’ai lu régulièrement quand j’ai commencé à m’intéresser à l’Islam. A l’époque, on y parlait beaucoup de polygamie, quelque chose que je cherchais à comprendre. J’y ai beaucoup lu, j’y ai aussi posé des questions, exprimé ma surprise ou mon incompréhension, et c’est un endroit où je me suis toujours sentie bien. Une des choses que j’apprécie chez Organica, c’est sa clarté sur ce qu’elle croit, ce qu’elle considère comme bien pour elle, et quelles sont ses priorités dans la vie.

Et pourtant, alors que sa mère ne porte même pas le plus petit foulard, Organica a été, pendant une époque, une intégriste. Une fondamentaliste. Une niqabi. Avec son accord, je vais donc vous traduire un certain nombre d’articles, en commençant par ceux où elle raconte son évolution, ceux qui m’ont fait commencer à remettre en question ma conception d’alors sur le niqab, ceux qui m’ont fait comprendre qu’on ne peut jamais forcer quelqu’un à changer sa pensée, et que ce n’est pas l’habit qui compte, mais l’échange.

Cet article date d’environ cinq ans. Organica semble l’avoir retiré de son blog, mais elle m’a envoyé le texte en anglais, pour que je puisse traduire.

J’étais une intégriste

Je couvrais mon visage en permanence. Je me sentais coupable quand un collègue du sexe opposé me parlait, pour une raison quelconque. Je croyais que, parce que j’étais une musulmane, Allah m’avait faite « moins » qu’un homme. Mon seul chemin pour entrer au paradis était d’obéir à mon Mahram1 masculin, en espérant qu’il ne se retourne pas contre moi un jour en me rejetant en enfer. Je croyais que moi, une femme, je ne devais pas sortir de la maison — jamais ! Je croyais que j’étais trop fragile pour pouvoir faire quoi que ce soit sans un homme. Je n’étais pas aussi intelligente que les hommes. Je croyais que je devais baisser la tête, pour éviter les regards des hommes, et voiler ma face. Baisser la tête, par respect et par soumission. Après tout, j’étais le sexe faible, le maillon faible.
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Ne même plus être un souvenir…

Le portrait d’une personne a sa propre vie. Les morts survivent par le souvenir qu’on a d’eux. J’ai toujours trouvé émouvantes et tristes ces photos totalement anonymes, albums abandonnés, histoires à décrypter dont on a perdu la clé. Dans les brocantes, on trouve de vieilles photos, des sourires, des familles dont on ne saura jamais rien, des jeunes femmes qui posent dans leur plus belle robe, ont-elles trouvé un mari ? des soldats fiers dans un uniforme monochrome, ont-ils survécu l’enfer des grandes guerres ? des enfants bouclés et dodus, dont on ignorera toujours ce qu’ils sont devenus…. tant d’histoires aussi définitivement impossibles à connaître que des langages trop anciens, trop parcellaires pour qu’ils puissent être déchiffrés.

Celui qui fait un portrait, celui qui l’imprime, qui le garde dans son portefeuille, ou qui l’accroche au mur dans un beau cadre, tous partagent le même souhait, donner un point d’appui au souvenir, sauvegarder l’image de un tel qui a fait tant de choses bonnes, admirables, gentilles, qui a donné de l’amour à une femme, un homme, une famille.

Je me souviens d’une nouvelle ‘de je ne sais plus qui’ (souvenirs imparfaits) où des fantômes se retrouvaient dans une vieille maison, avant de disparaître, au petit matin, parce que la dernière personne qui se souvenait encore d’eux venait de mourir. Je cherche à fixer les traces de ceux qui passent, et mes obsessions conjuguées de la photo, de l’histoire, de la généalogie viennent sans doute en partie de ce texte. Peut être que je partage inconsciemment un peu de l’animisme de ceux qui croyaient perdre leur âme quand ils se faisaient prendre en photo ? On ne maltraite pas un portrait, on ne jette pas une photo. Il y a là un manque de respect qui me choque…

A un mois d’intervalle, trois images, trouvées chez Embruns :
au lendemain du tremblement de terre au Japon, Exposures

Photographie Lee Jae-Won/Reuters

et

Photographie Mark Baker/AP Photo

et « Sauvetage de mémoire« , un mois après

Photographie Toru Hanai/Reuters, source The Big Picture

Des gestes qui peuvent sembler dérisoires face aux « vrais urgences » sont aussi très nécessaires.

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La France, ta laïcité fout le camp

… et c’est très grave.

Parce que mine de rien, c’est un des éléments constitutif de notre identité, de nos « lieux de mémoire », comme disait Simon Nora. Quand la fille ainée de l’Eglise a fait sa crise d’adolescence et envoyé tellement paître sa Maman et son Papa le Pape qu’elle en a changé son calendrier, appelé ses enfants Carotte et Framboise au lieu de Marie et Madeleine, tué un roi qui était sacré (vous voyiez « sacré », la dimension religieuse) avec un peu d’huile soi disant apportée quelques siècles plus tôt par un messager ailé, mis au gouvernement un évêque défroqué et père de famille, qui passera la plus grande partie de sa vie politique à se battre et à collaborer avec un ancien séminariste, quand la France, donc, a fait sa Révolution, elle a inventé un concept de laïcité assez original dans le monde encore très religieux de l’époque (puisque les précédentes révolutions, même celles qui avaient décapité des rois, comme celles de Cromwell s’étaient toujours exécutées sous une bannière religieuse).

La violence anti religieuse de la Révolution fait de cette laïcité l’objet d’un combat, qui ne s’apaisera que bien après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, une fois que la grande guerre aura, dans sa boucherie sanglante, unis tous ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas.

En même temps que la laïcité, qui malheureusement n’est pas inscrite dans la devise française, apparaissent les idées d’égalité, et de fraternité. Par rapport à d’autres pays, les français sont profondément égalitaristes. La mise en place par Napoléon des grands corps de l’État s’accompagne d’une réforme de l’enseignement, et surtout de la mise en place de concours, qui doivent assurer le recrutement de fonctionnaires sur la base unique du mérite, de la compétence et du savoir. Concours anonymes (en tout cas à l’écrit) et stricte égalité de traitement (savoir si cela correspond à une stricte égalité des chances est une autre question, les filières comme celles de Sciences Po et de l’ENA qui visent à aider dans leur scolarité des étudiants issus des banlieues, comme les statistiques sur l’auto- reproduction des classes dirigeantes prouvent le contraire, mais bon…)

Et là, en pleine effervescence sur la loi sur le niqab « qui n’est pas dirigée contre les musulmans, mais pour une laïcité égalitariste qui traite toutes les religions de la même façon », une petite bombinette apprend que sur pression de l’Élysée, les conditions de passage des écrits de quelques grandes écoles (Ponts, Mines, Centrale, etc) ont été aménagés, pour permettre à des candidats juifs pratiquants de passer quand même les écrits, la nuit, en pleine période de Pâques juive (parce que quand on est un juif pratiquant, il y a des choses qu’on s’interdit avant le coucher du soleil, certains jours).

C’est du grand n’importe quoi. Jamais vu pareille connerie.
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Lettre ouverte à un français pas de souche qui a perdu la boule

Mon cher non-ami

(après tout on n’est pas obligé d’être ami avec tout le monde, n’est-ce pas ?), à quelques jours de ce débat qui n’aura comme mérite que de – sans doute – te coûter ta place à la tête du parti qui se prétend encore majoritaire, laisses moi te dire à quel point tu m’as déçue. Toi qui a le même âge que moi, qui est passé par les mêmes écoles que moi (mais heureusement, tu as un peu traîné en route, ce qui m’a permis de quitter Sciences Po quand tu y entrais), tu sembles n’avoir pas beaucoup profité de leurs enseignements, et ton action politique est bien loin de ce qu’on pourrait attendre d’un crâne d’oeuf comme toi. Pour tout dire, tu te comportes comme un troupeau d’éléphants parkinsionniens dans un magasin d’antiquités Ming.

Non pas que la France, sa République et sa laïcité soient si fragiles… mais tu as quand même chargé ce qu’il fallait.

Vois tu, moi dont le grand père a eu toute sa vie des cauchemars, parce qu’il s’était engagé volontaire en mentant sur son âge, et a subi le calvaire du Chemin des Dames, à Verdun, âgé d’à peine dix-huit ans, dont un grand oncle tomba 4 jour après le début de la grande guerre, le 8 août 1914, je trouve que tu as un certain culot d’évoquer le fantôme des morts musulmans de Verdun pour vendre ta soupe. Après tout, toi dont le grand-père paternel est arrivé en France en 1924, dont le grand-père maternel est sans doute mort en Algérie avant le début de la guerre d’Indépendance, tu sembles être la preuve qu’on n’a pas besoin d’ancêtres morts à Verdun pour être intégré.
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Le printemps marocain

Le Maroc sera sans doute le seul des pays « arabes » à avancer aussi vite dans la voie des réformes. Après son presque silence au lendemain des grandes manifestations du 20 février, où il avait bien refusé de se laisser pousser dans les réformes dans l’impatience et la démagogie, le Roi du Maroc a fait ce soir un discours un discours rare, celui d’un roi qui décide de lui même de limiter fortement son pouvoir, de passer d’une monarchie autoritaire à une monarchie parlementaire.

Je ne doublerai pas ici le post que j’ai fait sur le blog de Mezgarne, mais j’ajouterai juste qu’en le rédigeant, je me suis demandée pourquoi le Maroc semblait aller plus loin que la France dans certaines directions, et combien de ces points évoqués dans le discours devraient aussi être « remis » en place en France.

Il est clair qu’entre le discours et la pratique finale, il y aura beaucoup de déperdition et d’imperfection, beaucoup de ratés, beaucoup d’échecs même, de résistances. Mais je préfère, et de loin, la direction où va le pays où je vis à celle de mon pays natal.

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Le printemps arabe vu de Ouarzazate

Oui, c’est déjà le printemps ici. Et dans le sud marocain, on regarde ce qui se passe « ailleurs » et au nord avec une certaine réserve. En tout cas moi et un certain nombre de gens de ma connaissance.
C’est calme, ici, à peine une centaine de manifestants dimanche, pas de quoi fouetter un chat.

Pour compléter les deux longs articles que je viens de faire sur Mezgarne (ou plutôt le long article coupé en deux, ici et ) je suis très pessimiste sur ce que je vois dans les autres pays. Il est clair pour moi que la révolution égyptienne a été confisquée par l’armée (accessoirement – ou pas – le principal propriétaire économique du pays), et que le successeur de Moubarak ne règnera gouvernera qu’avec l’accord des cadres de l’armée, que le bain de sang lybien va conduire à un bordel sans nom, que la révolution algérienne ne « passera » qu’avec l’accord de l’armée, là aussi.

Seule la Tunisie a je crois une chance de s’en sortir.

Après tout, c’est assez conforme à ce qu’ont vécu les pays de l’ex bloc soviétique.

Et je trouve aberrant que Sarkozy prenne tout ça comme justification pour un remaniement ministériel destiné à endiguer les « flux migratoires incontrôlables ».

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10 jours en Algérie – Visites

Suite des albums photos d’Algérie. (Si vous en avez assez vous le dites).

Un chouia de Kabylie

Pas d’album photos de moi, mais quelques images qu’a faites Mohamed, qui nous accompagnait, et qu’il a eu la gentillesse de nous laisser. Si elles vous plaisent, faites lui un coucou sur sa page Facebook, et profitez de ses albums photo.

Printemps en Kabylie

Printemps en Kabylie



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10 jours en Algérie – ce qu’on a vu à Alger

Lampadaire sur Didouche Mourad

Lampadaire sur Didouche Mourad

Et voilà le reste de l’album photo.

Donc, à Alger, nous étions sur Didouche Mourad, artère centrale. On s’est promenés tout autour, la corniche, et on a eu droit à quelques visites plutôt en voiture. Le monument aux Martyrs le soir (pas possible de voir de près, on nous a laisser regarder un peu, photographier un tout petit peu, mais il ne fallait pas traîner), le quartier des Universités, la Grande Poste et l’hôtel Albert Premier, un peu de Bab El Oued, un chouïa de casbah, et Notre Dame d’Afrique.

L'hôtel Albert 1° et le bâtiment des Nouvelles d'Alger

L’hôtel Albert 1° et le bâtiment des Nouvelles d’Alger

Bilal devant la grande Poste

Bilal devant la grande Poste

Et au bout de Didouche Mourad, la place Abdel Kader, au début de ce qui était autrefois la rue d’Isly.

Le monument à Abd El Kader, à Alger

Le monument à Abd El Kader, à Alger

Le Milk Bar de l'ancienne rue d'Isly

Le Milk Bar de l’ancienne rue d’Isly

Le reste, les jardins, notamment, pas eu trop le temps, après tout on était quand même là pour bosser.

Le Mémorial du Martyr, Maqam Echahid

C’est une énorme construction, en hauteur, donc impossible de le rater, quasiment où qu’on soit avec un peu de vue, on l’aperçoit.
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Protégé : 10 jours en Algérie – Impressions

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Notre Dame d’Afrique

Puisqu’on parle aujourd’hui de la rénovation (et de la soi disant réouverture) de Notre Dame d’Afrique (via Le Petit Chose), voici quelques photos que nous avons prises sur place. La basilique est très belle, bien intégrée au paysage. La couleur claire de ses pierres est douce à la lumière du soir.

L’intérieur est aussi très clair, et un peu un résumé d’une histoire complexe. De nombreux ex-votos, majoritairement colons, bien sûr, une vierge noire qui n’est noire que parce qu’elle est en bronze, et une plaque « protégez l’Algérie toute entière » qui recouvre…. eh bien on ne sait pas. Une phrase sans doute beaucoup moins acceptable à l’heure de la décolonisation. Je suis allée voir le prêtre qui était à l’accueil, et lui ai posé la question. Il m’a avoué qu’il avait eu la même curiosité que moi, mais qu’il n’avait rien trouvé. Sans doute la formule originale était « La France et l’Algérie », ou pire encore « l’Algérie Française ».
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