Le portrait d’une personne a sa propre vie. Les morts survivent par le souvenir qu’on a d’eux. J’ai toujours trouvé émouvantes et tristes ces photos totalement anonymes, albums abandonnés, histoires à décrypter dont on a perdu la clé. Dans les brocantes, on trouve de vieilles photos, des sourires, des familles dont on ne saura jamais rien, des jeunes femmes qui posent dans leur plus belle robe, ont-elles trouvé un mari ? des soldats fiers dans un uniforme monochrome, ont-ils survécu l’enfer des grandes guerres ? des enfants bouclés et dodus, dont on ignorera toujours ce qu’ils sont devenus…. tant d’histoires aussi définitivement impossibles à connaître que des langages trop anciens, trop parcellaires pour qu’ils puissent être déchiffrés.
Celui qui fait un portrait, celui qui l’imprime, qui le garde dans son portefeuille, ou qui l’accroche au mur dans un beau cadre, tous partagent le même souhait, donner un point d’appui au souvenir, sauvegarder l’image de un tel qui a fait tant de choses bonnes, admirables, gentilles, qui a donné de l’amour à une femme, un homme, une famille.
Je me souviens d’une nouvelle ‘de je ne sais plus qui’ (souvenirs imparfaits) où des fantômes se retrouvaient dans une vieille maison, avant de disparaître, au petit matin, parce que la dernière personne qui se souvenait encore d’eux venait de mourir. Je cherche à fixer les traces de ceux qui passent, et mes obsessions conjuguées de la photo, de l’histoire, de la généalogie viennent sans doute en partie de ce texte. Peut être que je partage inconsciemment un peu de l’animisme de ceux qui croyaient perdre leur âme quand ils se faisaient prendre en photo ? On ne maltraite pas un portrait, on ne jette pas une photo. Il y a là un manque de respect qui me choque…
A un mois d’intervalle, trois images, trouvées chez Embruns :
au lendemain du tremblement de terre au Japon, Exposures
Photographie Lee Jae-Won/Reuters
et
Photographie Mark Baker/AP Photo
et « Sauvetage de mémoire« , un mois après
Photographie Toru Hanai/Reuters, source The Big Picture
Des gestes qui peuvent sembler dérisoires face aux « vrais urgences » sont aussi très nécessaires.


