Rabat, enfin dimanche 10 août 2008 à 02:06
Publié par Marie-Aude in : Maroc, Quotidien , rétrolienAprès cinq jours entiers de fête à Tazzarine, 34 piqures de bestioles sur tout le corps, le sacrifice d’une vache et d’un mouton, 32 bouteilles d’eau minérale, environ 1.400 photos (super les gros disques durs externes), un gros coup de vent de sable, et quelques averses, suffisantes pour apporter la chance, mais incapables de fixer la poussière plus de cinq minutes, une panne de voiture devant un champ de henné (barre de direction cassée en plein cagnard), cinquante quatre fois à répondre “bibi, pas encore, inch allah”, trois couscous, sept caftans, douze heures de route en convoi, voitures décorées de guirlandes de Noël, nous avons emmenée la fiancée vers la maison du fiancé, à Rabat, et retrouvé des températures plus clémentes (30 à 35° quand même), et surtout une petite brise atlantique qui me ravit.
Installés dans une maison à Témara, dans les faubourgs de Rabat (et non de Carthage), j’ai eu le plaisir de sentir un vent frisquet cette nuit, qui m’a poussée à resserrer le drap, et nous allons finir ce week-end la semaine de fête de mariage.
J’ai failli griller mon flash avec la chaleur, mais la qualité Canon a tenu le mélange de la batterie Turbo et des 40° + effet chaleur humaine d’un salon de 250 femmes serrées comme des sardines, et piapiatant comme autant de perroquets… non, jamais je ne comprendrai le berbère, jamais…
J’ai étendu ma connaissance des relations familiales dans la khabila d’au moins 300%, mais “tout ça” ce sont des cousins. Dialogue habituel :
“- elle est de la famille de ton mari.
- ah bon, comment?
- ah … euh.. bon c’est des cousins”.
Il faut dire que le vocabulaire pour désigner les tantes et les oncles est plus complexe que le notre, on séparera entre oncle paternel, tante paternelle, oncle maternel, tante maternelle, femme de l’oncle paternelle, femme de l’oncle maternel (les maris des tantes n’ayant aucun intérêt), mais la notion de cousins issus de germains, pourtant simplissime, s’pas ? est intraduisible directement. Et la périphrase “le fils de la deuxième femme du frère de mon père” est 1 un peu difficile à suivre 2- totalement inutile dans sa précision, quand on se retrouve dans une assemblée qui a environ une trentaines de soeurs de pères et soeurs de mères, autant de femmes des frères de pères et frères de mères, une bonne centaine de filles des soeurs en question, et un nombre indéterminé de relations un peu plus ténues….
Nb : le taux de mariage entre premiers cousins reste de l’ordre de 30% au Maroc. A Tazzarine, on pratique beaucoup les doubles alliances, deux soeurs épousant deux frères. Ça devient extrêmement intéressant pour mon pauvre cerveau quand les deux soeurs et les deux frères sont chacun des demi, suite oit à un divorce, soit à de la polygamie. Cela augmente de façon assez intéressante les possibilités d’oncles et de tantes pour les enfants des double couples, si on peut les appeler ainsi.
La détermination de qui est exactement qui devenant encore plus difficile du fait qu’environ 20% de ces femmes vont s’appeler Khadija, ou Khadouj, 20% Fatima, 10% environ M’Barka, 10% Zahra, 10% Aïcha, 10% Malika, les 20% restant se répartissant sur environ une quinzaine de prénoms, pour les malheureux pères qui ont plus de six filles et donc la nécessité de faire des efforts d’imagination, ou pour les audacieux, qui décident de laisser tomber la solution de facilité pour une originalité poétique (j’aime beaucoup Shayna…). C’est d’ailleurs le même problème du côté des hommes, avec Mohamed, Lahcen, M’bark, Brahim, Hassan et Youssef dans le peloton de tête. Bilal et moi formons donc un couple extrêmement original, puisqu’il n’y a “quasiment” qu’un Bilal et quasiment qu’une Meryem dans la famille étendue (le quasiment voulant dire 2 ou 3 avec une faible probabilité statistique d’arriver à en réunir plusieurs en même temps).
Donc, comme dans toute famille, un mariage c’est l’occasion de resserrer les liens familiaux. Dans ce cas précis, pour moi, c’est l’occasion d’essayer de fixer deux ou trois noms de plus sur des visages que je prends régulièrement en photo depuis quatre ans, et de voir peu à peu se préciser les fils d’un énorme noeud gordien de relations familiales et d’alliances qu’on appelle la khabila, la tribu. Parfois aussi, je “reconnais” quelqu’un dont on m’a parlé, comme la fille du cousin qui a épousé une arabe qui n’a pas tenu le coup et au bout de quelques années ils sont repartis dans le nord.
De temps en temps, j’avais envie de chanter “ils sont tous là, ils sont venus, même ceux du sud de l’Italie”, mais comme c’est pour une occasion heureuse ça ne le fait pas trop.
Pourtant ceux du sud de l’Italie sont bien venus… et ceux de Milan, de Paris, de Lyon, de Liège, de Safi, d’Essaouira, de Zagora, de Marrakech, de Rabat, d’Agadir…
Bref tout ça pour dire que tout va bien, que je ne suis pas en vacances, mais quand même super heureuse d’être dans un pays où je me sens chez moi, désormais, et que si la semaine a été épuisante pour moi, elle l’a été encore plus pour nos deux mariées… sacrées traditions !



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