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Religion, histoire et archéologie samedi 08 septembre 2007 à 01:35

Publié par Marie-Aude in : Christianisme, Islam, Judaïsme , rétrolien

L’intangibilité du texte sacré, sa vérité pure et absolue, en plus d’interdire avec plus ou moins de force les recherches linguistiques et les re-traductions qui pourraient faire apparaître de nouvelles interprétations, moins en accord avec le dogme, impacte fortement toute recherche historique et archéologique.

On va mettre de côté le débat créationnistes-darwinistes, qui est un extrême. Quoique… on serait surpris de la pénétration des créationnistes, mais j’y vois plutôt, dans beaucoup de cas, un orgueil qui refuse de voir les hommes comme des “bêtes comme les autres”, allié à un manque de culture scientifique, permettant de faire la différence entre une théorie scientifique (c’est-à-dire une explication raisonnée, et permettant d’expliquer de façon cohérente tous les faits connus à ce jour, et de dans de multiples cas) et une hypothèse (c’est à dire une idée d’explication, qui peut être farfelue ou erronée, et qui en tout cas n’est pas encore passée au crible de la preuve par l’existant, comme la théorie). La théorie scientifique peut toujours être remise en question, par de nouvelles découvertes, mais elle ne l’a pas été jusqu’à maintenant.

Et c’est le cas de toute science, de toute loi, justement, cette possibilité de pouvoir être invalidée par une nouvelle découverte.
Sauf dans le domaine de la religion, comment peut-on imaginer invalider la parole de Dieu ?
Face à cela, trois options, soit on invalide effectivement, on devient athée, agnostique, mécréant… soit on ré-examine son interprétation de la parole, c’est un peu ce qu’a fait l’Eglise à la fin du XIX°, notamment avec Theillard de Chardin, soit on rejette carrément la position scientifique, comme erronée par principe, puisque opposée à la parole intangible. C’est ce que font les créationistes.

Si vous voulez savoir ce que j’en pense… la foi et la science ne relèvent pas du même domaine, le Christ le dit à Saint Thomas, qui voulait faire une expérience scientifique en touchant les plaies. On n’a plus besoin de croire quand on s’est fait démontrer les choses. Et par ailleurs, que Dieu ait voulu nous créer directement comme cela, avec nos 1m70 de taille moyenne, ou qu’il ait choisi de nous créer en passant par un processus de création long et complexe (c’est la théorie du dessein iintelligent) ne change rien à l’affaire. Foi et science ne sont pas opposées, elles sont parallèles.

Sauf évidemment quand le texte religieux entre dans le domaine de l’histoire, là cela devient beaucoup plus sensible.

Nos trois “Livres” sont un mélange de mystique et de relation d’événements. Si un envoyé de Dieu vous dit “avant hier il faisait froid, et j’ai pu me balader en Tshirt pendant trois heures sans me les peler, parce que Dieu m’a envoyé sa chaleur et c’est bien la preuve de l’existence de Dieu”, et que vous découvrez dans le bulletin météo de votre journal local qu’avant hier il faisait 45°, et que tout le monde crevait de chaud, vous pouvez au choix :

C’est tout l’intrigue du roman de David Hilzenrath, “Jezebel Tomb”, publié par épisode chaque lundi et jeudi par le Washington Post. Une découverte potentielle extrêmement importante, un manuscrit historique du temps du Christ, qui relaterait la passion du Christ, et des représentants des trois religions qui le cherchent, tous avec l’espoir de découvrir une vérité qui conforte “leur” livre, et la crainte au contraire de le voir mis en cause.

Mais au delà du roman policier, il suffit de rappeler les polémiques autour des manuscrits de Qumran, tel ou tel groupe de chercheurs appartenant à une religion ou l’autre accusé de capter ces sources à son profit.
Et pire encore, il suffit de voir à quel point aujourd’hui une grande partie des Israéliens et des Palestiniens essayent de justifier leur droit à la terre par une occupation antérieure et un don de Dieu. (Au fait, “Terre Promise” ne veut pas dire “Terre Donnée”, mais bon, je digresse, je digresse).

C’est là l’enjeu essentiel de l’archéologie religieuse. Retrouver des traces d’événements aujourd’hui tellement lourds de sens, mais qui, à l’époque où ils se sont produits, n’ont pas laissé de signe dans les chroniques de l’époque. On ne trouve pas de récit mosaïque dans les archives des pharaons, et celui qui prouvera qu’il a bien existé assoiera fortement l’histoire d’une religion.
Il est ridicule de se battre pour savoir qui a l’antériorité. Les mouvements de population ont été tels dans cette région que chacun a chassé plusieurs autres.
Mais l’archéologie “devrait” prouver que les Palestiniens ne sont pas les descendants des Philistins, peuple antérieur sans langue écrite et soi disant dissout dans les Phéniciens (et hop, renvoi au Liban), l’archéologie “devrait” prouver que ceci, que cela. Entre la création a posteriori d’une soi disant nation, dans une région où le système tribal était la loi jusqu’à la fin du mandat anglais, et le deni de cette occupation tribale, soi disant amenée par les ottomans… Il faut savoir qu’au temps du Christ, la région d’Israel était fortement laïcisée, héllénisée, et les populations juives en représentaient à peine 30%. Doit-on pour autant rendre Israël aux Grecs ? Ou aux Italiens ?

Justifier le présent par l’histoire, c’est condamner l’histoire à être un instrument politique, au lieu d’une source d’explication.
Quand il s’agit en plus d’une histoire religieuse, où les preuves d’un texte théologiquement incontestable ne peuvent pas être trouvées, parce que ce texte est manifestement allégoriques, mais qu’une vision traditionnelle de la religion empêche de reconnaître cette allégorie, c’est la mort assurée de la science historique.

C’est ainsi que beaucoup de musulmans fondamentalistes rejoignent le “Satan américain” dans leur refus de l’évolution, et dans leur conception mot à mot des récits de la création.

Et appliquent cette même vision à l’interprétation des paroles du prophète, qu’il soit Christ ou Mahomet.

L’histoire peut prouver qu’une population, à une époque, parlait araméen, syriaque, ou arabe classique. La linguistique aussi. L’alliance des deux conduit normalement à un ré-examen des textes.

Mais pour cela, il faut que les hommes reconnaissent qu’ils ont interprétés la parole de Dieu, et que cet écrit fondateur, aussi proche qu’il soit dans le temps de la parole, n’est qu’une transcription humaine, donc sujette à à-peu-près.

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Commentaires»

1. rimbus - 9 septembre 2007

Bonjour Marie-Aude

je vais te répondre aussi ce que je pense ; j’espère que je vais arriver à transcrire de manière concise ma pensée agnostique.

L’experience mystique, qui est sans doute l’origine de nos cultes est une réalité dans toutes les religions. Les mystiques sont souvent persecutés par les tenant d’un pouvoir temporel. Des mystères d’eleusis à Aldous Huxley, la recherche d’une perception absolue a suivie l’évolution des sociétés, par differents moyens. Cette recherche humaine d’un contact direct avec la réalité est incompatible avec le dogme et l’encadrement d’un clergé prompt a persécuter la déviance.

Le mythe de la tour de Babel est frappant : Alors que les hommes cherchent à construire une tour pour atteindre Dieu, celui-ci donne un langage different à chacun d’eux. Ceux ci ne peuvent plus s’entendre pour terminer la tour. Ainsi le langage serait un frein pour atteindre le divin. De la même manière, il faut s’affranchir du verbe et de la pensée conceptuelle pour s’approcher de la réalité ultime. Tout cela me fait penser à Lao Tseu qui dit : “la voie que l’on peut concevoir n’est pas la voie eternelle, le nom pour la nommer n’est pas son nom eternel”.

Sacré Lao Tseu :)

2. Marie-Aude - 9 septembre 2007

Disons que pour moi il y a trois choses différentes : la foi, qui est ce que tu appelles l’expérience mystique, la religion en tant que “code moral de bonne conduite”, et la religion comme instrument de pouvoir.

L’instrumentalisation de la religion comme instrument de pouvoir est une chose qui me hérisse, mais elle est malheureusement indissociable de la religion comme “code moral” puisque quand il y a code, il y a juge. Et ce code moral est utile à ceux qui n’ont pas l’expérience mystique, il est aussi utile à la société, la crainte du gendarme de l’au delà étant parfois le seul recours pour discipliner.

Aux temps d’Eleusis, Esope disait que la langue est la pire et la meilleure des choses. En bonne judéo-chrétienne, je pense que le Verbe est créateur :) mais le Verbe n’est pas toujours notre parole.

Il y a plusieurs voies dans la tradition, les trois oeuvres des alchimistes correspondent peu ou prou aux trois yoga, et celui de la connaissance passe par le langage.

Et à Lao Tseu, quelqu’un aurait pu répondre “tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé”. Il semble que l’expérience mystique ait des constantes, qui vont justement au delà des religions …