N’a pas voté dimanche 09 septembre 2007 à 01:34
Publié par Marie-Aude in : Maroc , rétrolienVoilà, les premiers résultats des élections marocaines sont là, un taux de participation minuscule (enfin en dessous de la barre des 50%), des islamistes en ressac au lieu du raz de marée attendu, et des socialistes qui flottent avec eux.
Mais avec une si faible participation, aucun parti, aucun ddéputé n’aura une vraie légitimité. Le Maroc, qui se plaint que le Roi fait tout, l’oblige à continuer à diriger de façon “présente” on va dire.
Peut être est-ce une bonne chose que l’élan islamiste soit stoppé, peut être au contraire une mauvaise, et une “autre” opposition va-t-elle se développer.
Encore une fois, on voit l’impossibilité de plaquer tel quel notre modèle démocratique dans un pays qui n’a pas notre histoire. Pendant 200 ans nous avons conquis, à coup de révolutions et de réformes successives un droit de vote de plus en plus large. Il ne servait pas toujours à grand chose, entre la valse des gouvernements de la III°, les sursauts autocratiques de Napoléon III, mais c’était une chose importante, ceux qui avaient le droit de voter le faisaient, et les autres les enviaient.
Les Marocains ont le droit de vote, des partis, une relative liberté d’expression. Et ils s’en fichent. Ils sont dans une logique du “tout ou rien”, appuyée notamment par les MRE qui rêvent pour leur pays d’un système politique comme celui dans lequel ils vivent, dans l’émigration. Mais une liberté ne peut être utile que si on l’utilise. On choisit toujours quand on vote, même quand on ne vote pas.
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Commentaires»
Des RME, qui au passage, n’avaient pas le droit de vote!
@ Karim
Techniquement, les MRE avaient le droit de vote, ils devaient rentrer l’exercer au royaume. Pratiquement parlant, ce n’est pas différent de la situation des français expatriés en Australie, qui ont certes le droit de vote dans leur consulat “local”, mais comme il n’y en a que deux en Autralie, un certain nombre de français auraient dû faire plus de 2.000 kms pour exercer leur droit. Enfin, si, c’est différent : ce que je vous dit valait pour les élections présidentielles, en revanche nous n’avons pas le droit de vote pour les législatives. Même en rentrant en France. C’est donc “pire”.
En plus, dans une situation où on a fait appel aux observateurs internationaux, il est tout à fait possible de penser qu’il était difficile de surveiller les votes dans les amabssades, et pas obligatoirement certains que ces bureaux de votes là n’auraient pas été entachés de soupçon.
Quoi qu’il en soit, en quoi le fait de ne pas pouvoir voter empêche d’appeler ceux qui peuvent le faire à exercer ce droit ?
@Marie-Aude,
Je m’excuse du retard que j’ai mis pour intervenir. Le problème est que les législatives marocaines ont été des élections sans aucun enjeux. Il était impossible qu’une majorité puisse se dessiner et ce, quel que soit le nombre de votants.
Maintenant, pour répondre à la situation des RME, je ne sais pas si les français à l’étranger représentent comme leurs homologues marocains plus de 8,5% du PIB de leur pays. Je crois que cette loyauté envers le pays méritait un minimum de considération.
Il ne s’agit hélas pas de deux citoyens perdus au fin fond du bush australien mais de bel et bien des millions de marocains qui participent activement à l’économie de leur pays et qui se sentent tous simplement rejetés. Ceci dit, je ne suis pas sur que les RME aient appelé en masse à boycotter ces élections. Le peuple marocain n’est pas plus bête qu’un autre et peut se faire lui même sa propre opinion à propos d’une mascarade et une caricature démocratique vendue au rabais et servie mille fois réchauffée.
@Bonsoir Karim
D’abord il n’y a pas d’obligation ici, c’est moi qui te remercie de lire et de participer.
Je suis d’accord avec toi sur le manque d’enjeux de ces élections, et je dirais que la responsabilité en revient pour 60% au maghzen, le reste aux marocains. “le pouvoir se prend”, et j’ai vu suffisamment de situations où cela a été le cas.
Mais ce n’est pas compatible avec une partie de la culture marocaine, cette partie qui est tellement respectueuse des aînés et des autorités.
Pour le poids des Français de l’étranger, je ne sais pas trop; mais disons que nous sommes 2 millions recensés, sans doute 3 à 4 millions, difficile à dire car un certain nombre sont toujours officiellement en France. Et que ces 5% ne sont pas parmi les plus pauvres. Mais ils n’ont sûrement pas le même poids en termes de transfert.
La seule chose que je voulais souligner, c’est que dans ce cadre, d’une élection par nature territoriale, les marocains avaient déjà plus que les français.
Quand je suis allée voter aux présidentielles, cela m’a pris 6 heures au premier tour, et 7 heures au second tour. Certes c’était au consulat, mais c’est énorme…
Et que le contrôle des bureaux de vote était impossible.
Je ne sais pas non plus si les MRE ont appelé en masse à boycotter, mais en tout cas, dans les blogs que je lis, c’était la position largement majoritaire. Et en tant que citoyenne d’un pays qui a envoyé Le Pen au second tour des présidentielles, par désintérêt pour la chose politique, je pense que chaque occasion d’exprimer ce que l’on pense est un acquit à ne pas gâcher.
La démocratie se construit peu à peu. Le Maroc est trop hétérogène pour pouvoir vivre facilement aujourd’hui une démocratie telle que de nombreux pays d’Europe l’ont construite en plus de 200 ans. Faut pas non plus pousser grand mère dans les orties, ni la charrue avant les boeufs… :) c’était le sens de mon coup de gueule, qui est celui de quelqu’un qui finalement se même de ce qui ne la regarde pas.
J’admire votre analyse.
Je ne suis pas d’accord quand vous dites, ou vous laissez entendre que le Maroc a besoin de 200 ans pour arriver à la démocratie. D’abord, on cherche pas à calquer un modèle, ensuite, le processus est entammé et il est complexe de le juger à la voltige.
A contre exemple, l’espagne a reussi le pari de la democratisation en peu de temps, ils n’avait pas leur nappoléon à eux!
Le modèle marocain est unique, en chantier, mais il existe. Espoir de gauche oblige.
Salutations.
@Mounir
l’Espagne s’est “démocratisée” rapidement, mais en réalité, elle a vécu le même processus que les autres pays européens. Même si’ils n’avaient pas leur Napoléeon, ils ont été occupés par la France Napoléonienne, à la même époque Goya était le chantre à la fois d’une résistance et d’un progrès (Dos de Mayo), et la lutte politique était la même au XIX°. La démocratisation rapide a donc été possible à la chute de Franco parce qu’elle se faisait dans un pays qui avait déjà avancé vers la démocratie. Ce qui n’était pas le cas de l’URSS, par exemple, passé directement de l’autocratisme tazrisme à l’autocratisme communiste.
Quelle que soit la durée je pense que le processus marocain a besoin de temps. Quand je vois mes beaux parents, ils sont d’une génération pour laquelle la démocratie ne veut pas dire la même chose que pour vous. Et mes “beaux-frères aînés” aussi.
Surtout, ce que je dis dans ce post, c’est qu’il nous a fallu 200 ans pour construire un consensus sur notre modèle démocratique. Le Maroc n’a pas encore construit le sien, entre les “indépendantistes républicains” berbères, les partisans d’une monarchie démocratique, les partisans d’un modèle ge gouvernment islamiste - a mon avis idéalisé - les partisans du rien ne change… il y a encore beaucoup de travail pour arriver à un consensus dans la population sur la façon de vivre les choses, de les dire, etc…
Croyez bien que je ne juge pas à la voltige. D’abord je ne juge pas :) Mais je vois des choses autour de moi qui me font dire que “on ne peut pas juger le Maroc à l’aune de notre modèle démocratique”, qu’il faut laisser du temps au temps pour que les choses se passent en douceur, et qu’en tout cas, contrairement àc e que certains disent, l’abstention n’était pas une victoire démocratique.
Amitiés