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La septième vague mercredi 26 mars 2008 à 20:23

Publié par Marie-Aude in : sablier , rétrolien

Il est trois heures du matin, je n’arrive pas à dormir. J’entends le bruit de la mer, des vagues qui s’écrasent contre la falaise en soupirant, en rongeant de leur larmes les pierres insensibles. J’ai toujours aimé le bruit de la mer, cette compagne de solitude. Le bruit sourd, régulier, avec les petite arythmies d’un être vivant.

Quand j’étais enfant, je pouvais passer des heures à guetter la septième vague, celle qui était plus grosse que les autres. Mais le problème, pour trouver la septième vague, c’est de connaître la première. Car quand une septième vague est plus petite que la précédente, c’est bien que ce n’était pas la septième ? Laquelle alors ? C’est tout l’arbitraire des commencements. Il y a eu un jour une première vague, et une septième vague, plus forte que les autres.

Sans doute personne n’était là pour les voir. Personne, ni rien. La première vague a eu lieu avant le premier battement de cil de la première paramécie. La première vague, personne ne la compte, parce que personne ne sait que viendra la deuxième vague, ni la troisième, ni la quarante-neuvième.

Et pourtant, un jour, quelqu’un a dit “la septième vague est toujours plus forte que les autres”. Ce quelqu’un là avait observé la mer suffisamment longtemps pour pouvoir retrouver le compte des vagues.
Je ne savais pas comment il avait fait. J’étais trop jeune pour connaître les lois des séries. Je n’avais pas imaginé de prendre une vague, et de noter ensuite, dans sept séries différentes, la taille des vagues, pour identifier ce point de départ qui m’aurait rammenée à l’origine du monde. Mais quelqu’un y était arrivé. Quelqu’un qui connaissait suffisamment bien la mer, qui l’avait tellement scrutée qu’il pouvait affirmer, sans erreur, que, par tous les temps, à marée montante, à marée descendante, par temps plat et par tempête, la septième vague est la plus forte.

Il y avait les demi-vagues, aussi, les petits bouts de vagues qui se rejoignaient en arrivant sur la plage, ou au contraire, les vagues qui se cassaient en deux houles, sur un rocher. Comment fallait-il les compter ? La septième vague était-elle septième au moment où elle se formait, au large, loin de ma vue, aussi impossible à voir et reconnaître que la toute première vague d’avant la première paramécie, était-elle septième quand je la voyais arriver sous mes yeux, à dix mètres environ du rivage, à cet endroit où je n’avais pas le droit d’aller nager, parce que trop petite - et même la première vague toute faiblotte aurait pu me noyer - , était-elle septième au moment où elle expirait en écume sur le sable mouillé ?

J’avais sept ans, et je cherchais l’essence du monde dans la septième vague.

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Ceci est ma participation au sablier de printemps du jour, avec une très belle annonce, dont je remercie Otir, et surtout son auteur, Zoridae (Au bord de la mer), et qui me rappelle le début d’un de mes romans préférés, “Le Chercheur d’Or”. Alors pour continuer le plaisir, une citation déjà donnée dans le questionnaire des quatre :

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé la mer. Mêlé au vent dans les aiguilles des filaos, au vent qui ne cesse pas, même lorsque l’on s’éloigne des rivages et qu’on s’avance à travers les champs de canne, c’est ce bruit qui a bercé mon enfance. Je l’entends maintenant au plus profond de moi, je l’emporte partout où je vais. Le bruit lent, inlassable, des vagues qui se brisent au loin sur la barrière de corail, et qui viennent mourir sur le sable de la Rivière Noire. Pas un jour sans que j’aille à la mer, pas une nuit sans que je m’éveille, le dos mouillé de sueur, assis dans mon lit de camp, écartant la moustiquaire et cherchant à percevoir la marée, inquiet, plein d’un désir que je ne comprends pas.Je pense à elle comme à une personne humaine, et dans l’obscurité, tous mes sens sont un éveil pour mieux l’entendre, avivés pour mieux la recevoir. Les vagues géantes bondissent par dessus les récifs, s’écroulent dans le lagon, et le bruit fait vibrer la terre et l’air comme une chaudière. Je l’entends, elle bouge, elle respire.

Commentaires»

1. Mavie - 26 mar '08

Très belle quête, la septième vague.
Quand tu parlais d’une personne qui scrutait la mer, j’ai pensé à la pension Almudeyer (”Océan mer” d’Alessandro Barrico). Si ce n’est déjà fait, mi racommando! (je te le conseille)

2. Marie-Aude - 26 mar '08

Je ne connais pas, mais j’ai noté :)

3. Dom - 26 mar '08

J’aime beaucoup ces comptes d’enfances qui paraissent dérisoires une fois adultes mais qui nous semblaient essentiels. Oui, une belle quête et un texte qui nous accroche jusqu’au bout. Le début de roman donne envie de lire la suite…merci pour cette amorce…à lire cette fois ;)

4. Elisabeth - 26 mar '08

Tiens, j’avais oublié les heures que j’ai passé à penser à cette septième vague après avoir lu “Papillon”

5. anita - 26 mar '08

J’aime beaucoup ce texte. Il dit très bien pourquoi, inlassablement, nous scrutons et rêvons…

6. Spierre - 27 mar '08

Ah Le Clézio… Joli texte, pensée pour nos recherches d’enfant qui continuent toujours, un peu.

7. shiva - 27 mar '08

Très beau texte… et troublant de voir comme ces vagues tristes nous ont communément renvoyées à l’enfance…

8. Franck - 27 mar '08

J’ai compté moi aussi et il n’y a pas encore si longtemps, pour vérifier !

Très beau texte

9. Marie-Aude - 28 mar '08

Merci à vous :)

Elisabeth, je ne savais pas qu’on parlait de la septième vague dans Papillon (je ne l’ai pas lu)