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De la statistique ethnique mercredi 26 septembre 2007 à 15:12

Publié par Marie-Aude in : Errances, France, Politique , rétrolien

Un des nombreux volets de la loi Hortefeux prévoit qu’on puisse collecter des données faisant directement ou indirectement apparaître les origines raciales ou ethniques des personnes pourront être recueillies pour les besoins d’études ayant pour finalités « la mesure de la diversité des origines des personnes, de la discrimination et de l’intégration ».

La statistique est, comme la langue, la pire et la meilleure des choses.
En l’occurrence, je pencherai plutôt pour la pire.

Soyons clairs, je ne pense pas que le recueil de ces données soit mauvais par principe. Dans un état où le respect de la vie privée serait correctement assuré, dans un état où nous serions sûrs que ces données ne puissent jamais être utilisées à d’autres fins que purement statistiques, qu’elles ne soient jamais stockées de façon nominative, un tel outil d’analyse serait une bonne chose.

Je suis intimement persuadée que des chiffres précis, exhaustifs, établis sur le long terme prouveraient qu’en réalité la délinquance n’est pas pire dans les “milieux immigrés” qu’ailleurs (peut être différente, ça c’est autre chose). Et si les chiffres me prouvaient réellement le contraire, je mangerais mon chapeau avec honnêteté.

D’un point de vue purement pratique, par exemple, de telles statistiques permettraient plus facilement aux offices d’HLM de dispatcher les candidats aux logements sociaux pour casser les groupes, et forcer à la mixité et à l’intégration…

Mais…

bref en France, j’ai des doutes.

Diner’s Room, comme d’habitude, donne une très bonne analyse, fine et détaillée, du contexte juridique. Il pointe en particulier, avec justesse, qu’être musulman n’est pas une origine, mais une foi.

Et si je comprends bien le texte de l’amendement, la collecte de données “religieuses” n’est pas autorisée par l’amendement.

Si il faut parler clairement, aujourd’hui, la grande frilosité c’est celle d’une France face à des musulmans exciseurs et égorgeurs de moutons, portant sur nos terres le jihad et refusant de dévoiler leurs femmes. Mais si les données autorisées sont seulement “raciale ou ethnique”, comment prendre la religion en compte ?

Jules pose la question de savoir jusqu’à quand remontera l’origine ?
Bonne question, environ 25% de la population française est d’origine étrangère quand on remonte sur 4 générations.

Par exemple moi … j’ai un nom qui fleure bon les steppes slaves. J’ai en plus une arrière-grand-mère italienne. J’ai donc 37,5% de mes gènes qui sont arrivés en passant la frontière. Un peu plus de 43% si on remonte encore à deux générations au dessus.

Quand s’arrête-t-on ?

Et puis suis-je d’origine italienne ou russe ? Sachant que mon arrière-grand-mère italienne a abandonné son fils à la naissance, et n’a jamais plus donné de nouvelles ? Sachant que mon grand-père russe était fils de juifs lituaniens ? En fait à cette époque là on migrait plus vite que son ombre, et l’on pouvait parfois faire trois pays en une génération, voir quatre ? Si on raisonne en termes de culture, quelle est la culture qu’a pu me transmettre un fils de juifs ashkenaze totalement intégré, socialiste et agnostique ?

Si j’ai des enfants avec mon mari marocain, ils seront légalement musulmans et marocains pour le Maroc, ils seront légalement français pour la France. Ils croiront ce qu’ils veulent.
Comment les enregistrer dans les bases ? Comme musulman marocain d’origine juive ashkenaze ?
J’ai rencontré hier dans le train un Angolais qui a fait ses études supérieures en Russie, à Kiev. Il s’est marié là-bas, est venu travailler en Allemagne, où son premier enfant est né. Il démménage maintenant à Paris, son fils à 6 mois. Quelle origine donnera-t-on à ce gamin s’il vole un scooter ?

Et l’ethnie, c’est quoi au juste ? Comment peut-on attendre d’un fonctionnaire français qu’il connaisse les ethnies africaines ou asiatiques ? Et à quel niveau de détail veut-on aller ? Pour prendre un exemple malheureusement trop connu, un Rwandais se définit-il plus par sa nationalité ou par son appartenance aux Tutsis ou aux Hutus ? Combien de cases faudra-t-il pour des statistiques efficaces, qui permettent de voir effectivement s’il y a réellement du racisme et de la discrimination intra-immigrés, et pour suivre les complexités de celle-ci ?

Ce qui me gêne profondément, c’est lorsqu’on pose ces questions, on en arrive forcément à des décisions arbitraires, genre “père, mère, grand-parent”, si 2 grand-parents (ou 4…) alors étranger, sinon français, et ça je vous laisse réfléchir à ce que cela rapelle.

Ce qui ne serait pas si grave que cela, car en réalité tout est dans l’usage qu’on en fait. Mais, encore une fois, face à un parlement qui a voté allègrement des lois illégales (2), on peut se demander si tout cela est bien sûr.

Le deuxième point sera l’usage fait de ces chiffres.
Je vous laisse chercher sur Google “mouton noir et mouton blanc + suisse”, une affaire d’une affiche politique demandant l’expulsion des étrangers tellement dangereux. Ou tout simplement aller voir chez le Monolecte le démontage de la manipulation, ou comment on essaye de faire croire que 85% des violeurs sont des étrangers, alors qu’il semble que cela soit de l’ordre de 40%. Et en citant Agnès

Ceci dit, qui va se crever la couenne a chercher à comprendre ce qui se cache derrière les chiffres qu’on nous balance à la gueule comme autant de vérités incontournables?

Car c’est cela, le problème de la loi Hortefeux ? Est-elle là réellement pour donner des outils de compréhension ou d’intégration, ou des outils de propagande à un gouvernement définitivement poujadiste ?


(1) Une vieille interview de la campagne présidentielle, où poussé dans ses retranchements par un journaliste qui lui demandait si Al Quaida était sunnite ou chiite, il explique qu’on ne peut pas la réduire à un problème ethnique. Sunnites et chiites sont tout autant différents en termes “d’ethnies” que protestants et catholiques.
(2) La même nuit, l’amendement sur le contrôle génétique de la filiation, s’il n’est pas constitutionnel, n’est pas non plus légal.

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Commentaires»

1. Chris CB - 26 septembre 2007

Je ne sais pas quoi penser de ce genre de loi. Personnellement, depuis quelques temps, j’ai l’impression de devenir parano. J’ai l’impression que nous sommes tous sous hypnose et que personne ne remarque ce que je trouve pourtant évident.

Sauf que voilà, j’ai regardé quelques emmission politique et je me rends compte que l’opposition (enfin celle qui n’est pas coincé dans ses luttes de cloché) fait a peu près les même remarque que nous : ecran de fumée, statistique manipulé, manipulation par la peur, etc… Mais les réponses sont tellement simple que ces critiques dont l’argumentation est forcement complexe sont renvoyé dans leurs 22 directs. Comment contré des arguments simples (et donc forcement un peu faux puisque la réalité politique est complexe)… Je sais pas.

2. Marie-Aude - 26 septembre 2007

Je suis d’accord avec toi l’opposition est catastrophiquement nulle et aphone. Pas de projet, rien à sortir pour contrer.

En fait pour contrer les gens c’est simple : il faut avoir des idées sur ce qu’il faut faire et comment le faire,e t pouvoir les expliquer simplement.

La droite sarkozienne a une idée extrêmement simple : chassons tous ceux qui mangent le pain des français. Et communique en permanence avec la bonne vieille dialectique communiste. Quand tu dis,e t que tu répètes tous les jours “l’inévitable victoire de la révolution prolétarienne apportera le bonheur à tous les travailleurs”; les gens discutent sur l’action (apporter le bonheur) et le fait que la victoire est inévitable passe avec l’eau du bain.

3. MICHEL - 27 septembre 2007

Décidément Marie-Aude diaboliser Sarkozy et la droite libérale est ton sport favoris c’est tellement gros que cela en devient ridicule.

4. Marie-Aude - 27 septembre 2007

Je ne vois pas ce que cela a de ridicule. “Diaboliser” ? Certes, à telle point que la même droite libérale a refusé de voter l’amendement sur les tests génétiques de filiation.
Contrairement à d’autres, je ne jette pas à la poubelle ces stats ethniques. J’en souligne juste les dangers, après avoir dit ce qu’elles pouvaient aussi apporter de bon.

Au lieu de dire que c’est ridicule, des arguments et un raisonnement seraient bievenus.

Maintenant comme on n’a gardé ni les vaches ni quoi que ce soit d’autre ensemble, on peut en rester au vouvoiement.

5. MICHEL - 28 septembre 2007

J’avais lu plus haut et ailleurs que vous employez le tutoiement, mille excuses loins de moi l’idée d’être familier, je crois comprendre que nous n’avons pas les mêmes idées d’où probablement votre remarque..

Concernant votre petite démonstration,comme d’habitude vous partez d’exemple qui sont des exceptions pour diaboliser à l’avance l’utilisation que l’on pourrait faire d’un outil statistique qui se révèlera fort utile.
Alors que vous seriez étonné de ce que peuvent faire des banques et autres sociétés commerciales avec les informations qu’elles collectent à partir de simples fichiers clients. Pour bien faire, il va falloir que quelqu’un se décide aussi à attaquer Google et autres Yahoo on trouve sur ces moteurs de recherche de quoi “fliquer” la planète entière

6. Marie-Aude - 28 septembre 2007

Il est exact que quand on m’explique que je suis ridicule je n’apprécie pas en plus la familiarité.

Maintenant, j’aimerais bien savoir en quoi mes exemples sont des exceptions.

Les exemples que j’ai donnés d’origines multiples ne sont pas des exceptions, c’est même le quotidien d’une France où l’immigration s’assimile en 2 à 3 générations. Et même si l’assimilation n’est pas parfaite aujourd’hui, les cités sont aussi des lieux où les populations se cotoient et se mélangent.

Pensez-vous vraiment que la liste qui suit la phrase “dans un pays où… ” soit composé d’exceptions ? L’INSEE comme source de statistiques démographiques est-elle une exception ? Depuis quand n’a-t-elle pas fait un recensement exhaustif ? Sarkozy n’a-t-il pas exprimé clairement et à plusieurs reprises son opinion ? (Et on ne peut certainement pas lui reprocher de ne pas être sincère dans ce qu’il dit).

Je n’ai pas dit que ces stats seraient inutiles. J’ai dit que j’avais des doutes assez forts sur leur future utilisation. Nous avons étés confrontés à suffisamment de manipulations médiatiques ces derniers mois pour qu’il ne s’agisse pas d’une diabolisation à l’avance mais d’une interrogation assez légitime.

Pour les fichiers banques, clients et autres, merci je sais ce qu’on peut en faire, cela a même été mon métier pendant quelques années. Je suis même assez contente qu’il y ait quelques garde-fous, notamment dans l’interdiction de croiser les fichiers.
Et quant aux attaques contre Google, et autres moteurs, figurez-vous que cela a déjà commencé.

Mais voilà, il y a une énorme différence : Google et les sociétés commerciales sont soumises à une loi, l’état fait la loi. Cela implique quelques différences, notamment dans l’appréciation des pouvoirs.