Une simple brosse à dents mardi 25 mars 2008 à 23:46
Publié par Marie-Aude in : sablier , rétrolienIl faut que je vous raconte… C’est une drôle d’histoire en fait, une histoire de brosses à dents ! Dingue !! En fait tout a commencé alors que j’étais chez B. toute la semaine dernière. Nous avions bien senti que quelque chose se tramait dans la salle de bain, et puis il fallait se rendre à l’évidence, il y avait des signes avant-coureurs qui ne trompent pas…un petit air allègre, un peu moins de disponibilité pour les vieux copains, et surtout ce répondeur, le vendredi soir, le samedi soir, toutes les semaines.
Il faut vous dire que même si B. a de quoi faire chavirer le cœur des filles, c’est un célibataire endurci. Un beau ténébreux à la voix un peu grave et au sourire soleil, mais plus réservé qu’un chat, plus glissant qu’un calamar, un in-rattrapable irréductible. Pas un Don Juan non plus, il n’abusait pas trop, mais on sentait bien qu’il ne voulait pas partager sa vie. Il avait ses tics et ses manies, et son appartement avait comme un sortilège qui empêchait toute conquête de déposer un quelconque objet personnel. L’œil de lynx de B. repérait tout de suite le rouge à lèvre, le sèche cheveux ou la petite culotte soi-disant oublié, et le remettait dans le sac de la dame, avec un baiser prolongé sur le pas de la porte pour lui faire oublier sa déception.
Aussi, il préférait aller chez elles, c’était plus simple, et j’avais mis ses absences répétées du week-end sur un nouvel attachement, certes un peu plus long, mais comme les autres.
En entrant me laver les mains, avant le dîner qui nous réunissait, vieux camarades de lycée, une fois par mois, je compris mon erreur, en voyant… une deuxième brosse à dents ! Et clairement pas la sienne, le dentiste que je suis identifia immédiatement des poils durs, et un angle de brossage différent de celui de B.
A l’entrée, de délicieuses coquilles St Jacques au safran, je fis part de ma découverte à la table, et nous nous mimes à brocarder gentiment B. Qui souriait, tout à fait à l’aise, sans rien reconnaître, et s’affirmait toujours aussi endurci dans son célibat qu’à nos précédentes agapes. Mais la brosse à dents était là, petite délatrice involontaire.
Ça nous a pris tout le repas, et trois bouteilles de Chablis pour arriver à connaître le fin mot de l’histoire.
La nouvelle conquête de B. était une fille superbe, (il a toujours eu bon goût), rencontrée au rayon hygiène du supermarché, et dont les mains débordaient de brosses à dents. B. l’avait regardé avec l’intérêt de l’amateur de jolies femmes, et avec l’intérêt de l’homme intrigué par un comportement étrange.
Car elle n’avait pas le physique d’être une mère de famille nombreuse, ni l’habillement d’une économe de pension, seules explications qu’il pouvait trouver aux 35 brosses à dents à poil dur, de couleurs variées, qui constituaient son unique achat.
Il l’avait donc suivie, et obtenu son numéro de téléphone. Un premier rendez-vous, et le mystère s’était éclairci, Anne, puisque tel était son nom, était archéologue, et avait simplement fait un ravitaillement d’outils de chantier.
Et les absences du week-end s’expliquaient simplement parce que B. la suivait sur les chantiers, Anne n’avait, à l’en croire, mis la valise qu’une seule fois dans son appartement. Oui, elle avait laissé la brosse à dents, … en quelque sorte. Elle lui avait offert une petite statuette, à peine dégagée de la terre où elle était restée emprisonnée pendant des siècles, et, pour l’entraîner, lui avait montré comment doucement la nettoyer à la brosse. Opération à renouveler plusieurs fois, doucement, après avoir fait tremper l’objet dans des solutions complexes, pour le dégager peu à peu.
Et c’est ainsi, conclut B. souriant, que j’ai une deuxième brosse à dents chez moi, sans déroger à mes principes !
Certes… mais six mois après, ils étaient mariés, car derrière cette première brèche avaient suivi quelques livres, et puis un sac pour tout rapporter, et puis.. et puis…
Ceci est ma première participation au sablier de printemps de Kozlika (j’ai honteusement séché par manque d’inspiration hier, donc c’est la deuxième amorce).
Le billet d’origine était chez Matoo, et étrangement proche de celui d’un des participants :)



Commentaires»
Pas de honte à sécher hier, c’est très aujourd’hui… Et c’est moi qui sèche!
*bien* est le manquant!
J’aime beaucoup cette histoire plein de romantisme. Pourvu que l’inspiration ne te quittes plus !
En séchant sur cette amorce (avant de finalement trouver l’inspiration dans un recoin tordu de mon cerveau), j’avais essayé de l’attaquer sous l’angle de la deuxième brosse à dents signe d’un amour naissant, mais n’ai pas réussi à en tirer quoi que ce soit. Je savoure d’autant plus ce texte qui met pleinement l’idée à profit !
Une belle histoire à partir d’une brosse à dents, c’est DINGUE, ce sablier!
Comme Krazy Kitty, j’avais aussi essayé brièvement d’attaquer la brosse à dents par son angle romantique, mais sans grand succès. Ton histoire est bien menée, un joli conte moderne!
C’est sacrément bien écrit.
très jolie histoire…
:) merci
J’ai eu du mal aussi, mais je me disais que je n’allais pas sécher deux fois…