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Valises posées. septembre 10 2008

Publié par Marie-Aude in : Errances , rétrolien

C’est une chose qui m’a frappée, pendant que mon esprit embrumé regardait la verdure allemande par la fenêtre du train qui me ramenait de l’aéroport à la maison. J’ai fait, sans m’en rendre compte, un énorme changement dans ma vie, quand j’ai décidé de faire le grand déménagement.

Quand j’étais enfant, je n’aimais pas trop les voyages. A de rares exceptions près, mon seul voyage était le chamboulement annuel des grandes vacances, près de deux mois et demi aux Sables d’Olonne. Nous partions toujours en train, souvent seules ma mère et moi, mon père nous rejoignant plus tard. Et quand il venait avec nous, c’était malgré tout en train, avec la voiture chargée, pour éviter la fatigue de conduire.

Je me souviens d’un temps où il n’y avait pas d’autoroute, et où la DS 21 parcourait longuement les nationales…

Bref, autant j’aimais les vacances, et autant j’aimais retrouver mon chez moi en septembre, autant je détestais le trajet. D’abord j’avais peur de rater le train, je refusais même de descendre sur le quai, au cas où il partirait sans nous, et quand mon père allait ranger la voiture, j’avais peur qu’il ne revienne pas à temps. Ensuite je m’ennuyais pendant le trajet - en fait je devais être infernale, la môme qui demande tout le temps “quand est ce qu’on arrive”. Les six cent kilomètres devaient quand même nous prendre cinq à six heures. Dire qu’à cette époque là, on pouvait les faire en train de nuit.

Et puis, vers 13 - 14 ans, cela s’est inversé. Les gênes de mes ancêtres baladeurs, espagnols, lituaniens, allemands, arabes, italiens, juifs, allemands, brésiliens, américains se sont soudain réveillés. Et plus que tout j’ai commencé à aimé le trajet. Le moment où on est entre deux endroits, attachée à rien du tout, disponible, où un paysage défile, des petites maisons où on n’entrera jamais, et où on va vers une nouveauté, un possible qui n’est pas encore ancré dans la réalité.

Une grande partie de ma vie s’est organisée autour de cela. J’ai bougé, bougé, bouffé des centaines de milliers de kilomètres pendant près de vingt ans. Et surtout, je me suis toujours débrouillée pour être en voyage permanent, entre deux. Voyages en France, dans une vie de consultant qui m’emmenait dans un nouvel endroit chaque semaine, voyage en Belgique, où je suis partie tout en restant, travaillant un ou deux jours par semaine à Paris et le reste là bas, ayant deux appartements, et faisant plus de quinze heures de trajet par semaine.
Ensuite vint la période du “grand projet”, je me souviens avoir fait 50.000 kilomètres en un mois, là ce n’était plus deux maisons, mais une valise, je devenais tortue, mon sac-mon chez moi. Entre deux avions, entre deux hôtels.
Je suis partie en Allemagne en sachant très bien que ce ne serait qu’un passage, un moment, et que je n’y resterai pas. Je n’ai pas vraiment fait d’effort pour apprendre la langue. Je n’avais pas de projets précis pour après.

Pendant ces vingt ans, je n’avais pas de projet précis pour après. J’étais “ouverte à toute opportunité intéressante”, comme on dit dans les entretiens d’embauche. Je n’avais aucune idée de l’endroit où je passerai ma vieillesse, j’avais des envies d’émigration au Québec, en Irlande, en Afrique Australe.

J’ai rencontré Bilal, nous nous sommes mariés. Je suis restée entre deux, entre Maroc et Allemagne, toujours deux maisons, deux provisoires.

Pour la première fois, je viens de décider de m’installer à un endroit. Pour longtemps, sans terme fixe, sans fin prévisible. Bilal n’a pas envie de vivre en Europe, il aime bien y passer des vacances, mais c’est tout. Nous continuerons à voyager, mais il y a un endroit qui va devenir un chez-moi, un mon-coin, un endroit où sans m’en rendre compte j’ai décidé de prendre racines. Un pays dont je n’ai pas de raison de partir, si “tout se passe normalement”, alors que jusqu’à maintenant, j’organisais tout pour être en partance permanente.

Commentaires»

1. Mohamed EKM - 20 septembre 2008

t’as le gêne “nomade” hahahahaha

salut Marie-aude

2. Marie-Aude - 20 septembre 2008

Oui ça c’est sûr :) Et Bilal aussi d’ailleurs !