Régal de lecture dimanche 13 avril 2008 à 23:27
Publié par Marie-Aude in : Littératures , rétrolienJe n’aurais pas dû… mais j’ai passé mon week-end plongée dans un John Irving pas tout récent, “Une veuve de papier“, en V.O. “One year Widow”.
Ce livre est un petit bijou. Ancien, certes, puisqu’il a maintenant sept ans, mais je suis bien contente de l’avoir retrouvé par hasard dans un bout d’étagère de ma bibliothèque.
L’intrique est un mélange de mélodrame, d’ironie, et d’indulgence pour des personnages qui se compliquent bien la vie, pour arriver à trouver leur bonheur.
Tous les caractères principaux sont écrivains, sauf un, et c’est d’ailleurs lui qui est le plus simple, et par qui, en quelque sorte, le Happy End arrive. Entre le Dom Juan des Hamptons écrivain pour enfant et dessinateur de femmes nues, la journaliste féministe et croqueuse d’hommes, le professeur d’anglais pompeux et ennuyeux, la femme déjà un peu mûre qui n’arrivera que bien plus tard à écrire, le jeune homme éperdument amoureux et fidèle qui écrira sans cesse le même livre, et se met tout entier dans ses histoires, incapable d’imaginer ce qu’il n’a pas vécu, et Ruth, le personnage central, qui met beaucoup plus d’autobiographie dans ses livres qu’elle ne veut se l’avouer, tout en étant la plus talentueuse de tous, ce sont les vues d’Irving sur la littérature et le roman qui sont expliquées, sans lourdeur, sans dogmatisme. Et on assiste de façon assez fascinante au processus créatif, au moins par deux fois il montre comment un auteur s’empare d’un fait réel pour le transformer en oeuvre d’imagination.
Dans cette histoire qui s’étale sur presque quarante ans, c’est toute l’Amérique de la côte Est qui défile, la libération sexuelle, les expériences, les mouvements féministes, socialistes, les twin-set en cashmere et les jeans à tout faire, mais là encore, sans donner l’impression d’un catalogue, simplement comme une toile de fond un peu floue qui donnerait juste les taches de lumières et les ombres nécessaires pour le relief.
Le coeur de l’intrigue lui-même est finalement assez simple. En 1958, Eddie a seize ans, et il effectue son premier job d’été comme assistant du célèbre écrivain Ted Cole, qui a prévu de se séparer de sa femme Marion, et voudrait mettre Eddie dans le lit de celle-ci pour être sûr d’obtenir la garde de sa fille Ruth, âgée de quatre ans, malgré ses nombreuses aventures. Satisfait, quand Ruth trouve un soir sa mère et son jeune amant “en plein dans l’acte”, il ne sait pas que Marion avait prévu de le quitter, en lui laissant sa fille. Elle n’est plus que l’ombre d’elle même depuis la mort de leurs deux fils adolescents, il y a cinq ans, et elle a toujours refuser de s’attacher à Ruth, pour ne pas être une mauvaise mère, et pour ne pas souffrir encore, si celle-ci venait à disparaître.
A la fin de l’été, après une liaison intense, Marion disparaît, abandonnant sa fille, Ted, et Eddie qui l’aimera toute sa vie.
Trente ans plus tard, Eddie et Ruth, tous deux écrivains, se retrouvent, et deviennent amis. Ruth choisit de se marier, a à son tour un enfant. Devenue veuve quelques années plus tard, elle rencontre le véritable amour en Europe, et met en vente la maison de son enfance. Sa mère revient enfin, pour racheter la maison, et chacun fait la paix avec ses démons.
Mais plus que l’histoire, plus que les détails sur le métier d’écrivain, plus que l’analyse de ces multiples couples, mari et femme, amants et amantes, amis et amies, parents et enfants, qui n’arrivent pas à s’accorder, ce qui m’a fascinée, c’est la technique du récit, une sorte de contrepoint, où Irving distille avec talent son récit, reprenant plusieurs fois la narration, pour à chaque fois l’élargir un peu, rajouter une information supplémentaire, reprendre un élément discrètement abandonné quelques pages auparavant. D’une certaine façon, tout le livre est basé sur ce schéma de la répétition, qui commence dès les premières pages, quand Ruth, petite fille, calme ses angoisses en se faisant raconter, à l’identique, les histoires attachées aux photos de ses frères morts, qui sont accrochées partout dans l’appartement. Et comme tous les enfants, exige que le récit soit repris de façon fidèle, à l’identique, jouant elle-même son rôle dans les questions et les réponses, et reposant toujours les mêmes questions, pour vérifier que la réponse est la même.
Mais les répétitions ne sont pas identiques, au contraire, et c’est je crois ce mode de narration qui permet à Irving de distiller son récit sans être lourd ou didactique, en nous livrant peu à peu, par petits éclats, les secrets de ses personnages.




Commentaires»
Effectivement, un très bon livre, mais je ne suis peut être pas objectif, j’adore Irving… ;-)
Je me souviens avoir pris beaucoup de plaisir à lire ce livre !
@Gilsoub Moi j’aimais bien Irving, sans le mettre au panthéon de mes meilleurs auteurs :) là il a progressé fortement dans la montée !
@Samantdi tu as bon goût ;)
Tu devrais éviter d’apprendre par coeur ce bouquin… depuis le 13 avril, tu n’écris plus :-)))
Disons que je me disperse un peu entre mes différents blogs…
Mais je vais faire un effort !