aller à la navigation

Un petit voyage ordinaire dimanche 27 janvier 2008 à 21:23

Publié par Marie-Aude in : Quotidien , rétrolien

C’est ce qu’aurait dû être mon vol pour le Maroc. Mais rien ne s’est bien passé, si ce n’est l’arrivée finale à Marrakech.

Or donc, tout commence le lundi soir, puisque pour un départ à 6 heures du matin de Düsseldorf, je dois enregistrer avant l’heure d’arrivée du premier train. De longues recherches m’ont convaincue que la solution la plus simple est d’aller dormir sur place.
Et avant de repartir, il me faut récupérer du safran, amené du Maroc la dernière fois pour un prospect qui n’a même pas daigné donner signe de vie, et laissé en consigne à la douane.

A mes amis de la douane allemande aéroportuaire !

21 heures et des chouïas :
J’avais prévu d’arriver assez tôt, genre 16 heures, pour avoir le temps de faire toutes les formalités nécessaires, mais les choses ne se passent jamais comme prévu, et je suis là un peu tard.

Bien sûr la douane a fermé les “stocks”, bien sûr il faut que je revienne demain matin, vers 7 heures, et bien sûr un petit coup de larmes à la française déstabilise totalement nos douaniers, qui acceptent de faire une exception (heureusement il y a beaucoup d’équipes qui tournent, car sinon j’aurais quelques problèmes à refaire le même coup à chaque fois). Je dois donc revenir vers 4 heures, récupérer mon safran.

21 heures 47 :
Je me dirige maintenant vers “mon café”, un endroit où les banquettes sont confortables, et où on peut bloquer l’accès à son chariot, de telle façon que je ne risque pas de me faire voler mes bagages pendant mon sommeil. Je suis tellement crevée, je n’ai dormi qu’une dizaine d’heures depuis vendredi, que je m’endors à peine le réveil du portable programmé.

3 heures 03 :
Arrêt de la sonnerie du portable, il n’y a pas un bruit dans l’aéroport, j’ai dû réveiller d’autres personnes… il me reste trois minutes de demi-sommeil avant que ça ne recommence. Lever, arrêt du portable, défroissages divers, sortie du chariot.

3 heures 15 :
Arrivée devant le bureau de la douane (juste après le MacDo), le douanier ne semble pas beaucoup plus réveillé que moi, le safran est prêt, je signe la décharge, je charge dans le sac pris en plus, cinq kilos ça fait quand même un gros volume. Et surtout ça sent très très bon.

3 heures 25 :
Il n’y a presque rien d’ouvert, et pourtant ça commence à bouger un peu. L’aéroport de Düsseldorf est une énorme bulle, en pleine journée, quand il est rempli de voyageurs, on voit moins bien ses structures, mais là je suis trop chargée pour défaire le sac à dos et sortir l’appareil. Le comptoir d’enregistrement n’est pas encore ouvert, il faut encore une bonne demi-heure, mais il y a déjà une vingtaine de personnes qui font la queue. J’ai pré-enregistré sur internet, il me suffit de laisser mes bagages, ça va vite, et je reste bien installée sur un siège en regardant tous ces gens tellement impatients d’être sûrs d’être enregistrés, et de pouvoir avoir leur bagage tout au fond de la soute.

3 heures 55 :
Le personnel d’enregistrement arrive, et c’est la ruée. Je vais tranquillement vers mon comptoir, et j’explique trois ou quatre fois que non, je ne double pas tout le monde, c’est pour les enregistrements internet, mais si vous avez déjà votre carte d’embarquement, allez-y je vous en prie.

4 heures 01 :
Les seuls voyageurs qui font la queue derrière moi s’impatientent, il est l’heure, les autres comptoirs sont ouverts, pas le nôtre, c’est de la désorganisation. (On est en Allemagne, il ne faut pas l’oublier).

4 heures 04 :
Notre comptoir est ouvert, je laisse mes 40 kilos de bagages, je dissimule discrètement le poids de plomb de mon sac à dos, et je fais passer mon sac de safran et mon sac à laptop (qui contient tout à fait autre chose, de lourd, toutes les photos de mariage que j’emporte “chez moi” au Maroc). Ca reste lourd, je garde le chariot, et direction un bon petit déjeuner.

4 heures 12 :
Petit café ouvert dans les arcades. Un couple commande capuccino et des sandwiches. Mais à quoi ? La serveuse attend qu’on lui précise fromage ou jambon, le client la trouve idiote et lui fait savoir, la vendeuse se fâche, le client répète que c’est un monde, la vendeuse se plaint qu’elle n’a jamais vu ça… et moi j’attends.

4 heures 16 :
Le client est reparti sans rien prendre, et j’ai droit à double ration d’amabilité pour compenser. Mais décidément les cafés d’aéroport ne sont pas bons…. Je commence à vraiment me réveiller, et part à la chasse du numéro de janvier de Photo, concours amateur, que je n’ai pas pu trouver à Bielefeld. Après 4 aller-retours dans l’allée commerciale, il est aussi introuvable ici.

5 heures 10 :
Contrôle d’embarquement, comme d’habitude, la voyageuse qui n’est pas contente parce qu’elle voulait emporter plein de shampoings et parfums en cadeau à sa famille, en bagage à main, comme d’habitude ça prend du temps à expliquer… ça occupe, comme d’habitude déballer le sac à dos pour contrôler les objectifs et la batterie externe du flash qui fait vraiment masse.

5 heures 25 :
Dernière tentative, pas de Photo, pas de journal français d’ailleurs, bus, l’embarquement, la chance d’avoir une rangée vide pour moi toute seule. Je me cale bien, et hop, on continue la nuit. J’arrive à m’endormir en 5 minutes dans n’importe quel engin roulant ou volant, souvenir des années de voyage-boulot, des départs trois fois par semaine à 4 heures du matin avant les longues journées de travail.

6 heures 20 :
Mon inconscient me réveille, on devrait déjà être dans les airs. Mais rien ne bouge, sauf tous les retraités en partance pour Agadir, qui trouvent qu’on reste trop longtemps au froid. Une demi-heure de retard au décollage, ce n’est pas très grave… Si j’étais dans mon lit, je me retournerais, là je recale mes jambes, et je me renfonce dans mon sommeil.

6 heures 45 :
Petite annonce, en fait deux passagers manquent à l’embarquement, et leur bagages ne se trouvent pas à l’endroit prévu dans la soute. Par mesure de sécurité, on va maintenant chercher les bagages partout, dans quelques instants on va s’envoler.
Je me re-retourne moralement, et me renfonce dans mon sommeil.

7 heures 15 :
Les bagages sont introuvables, on va devoir nous faire procéder à l’identification de nos petites affaires, on va tout sortir sur le tarmac, et puis nous allons descendre les uns après les autres. Le Steward s’excuse platement, mais nous fait bien comprendre que c’est pour notre sécurité, et on a vraiment cherché ces insupportables passagers dans tout l’aéroport…
J’ai un peu de mal à me renfoncer dans mon sommeil. Il pleut très fort, et je suis bien contente que le safran soit dans la cabine.

7 heures 45 :
Par la fenêtre, j’ai vu tous les bagages sortir. Un 737 plein de retraités en partance pour le soleil, ça fait beaucoup de valises. Ca va être long, au moins nous avons le droit à une boisson avant de descendre nous mouiller.
Je vois une voiture arriver, puis une autre, ça doit être le personnel de contrôle, qu’est ce qu’on attend pour commencer ?

7 heures 47 :
Le steward explique qu’en réalité les bagages ne sont pas à bord, parce que les passagers avaient décidé dès la veille au soir de ne pas voler, et avaient quitté l’aéroport avec leurs valises. C’est donc normal qu’on ait rien trouvé, puisqu’il n’avait rien, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, puisqu’on s’en est aperçu avant de nous faire descendre.
Je m’étonne de l’esprit bovin qui fait accepter cela… alors que l’erreur de la compagnie est manifeste. Les voitures repartent, et les bagages sont rechargés.

8 heures 20 :
Evidemment nous avons dû attendre notre slot un bon moment, c’est l’heure de pointe à Düsseldorf. Nous décollons enfin, après plus de deux heures de retard. A gauche soleil levant, à droite presque-pleine lune couchante.

8 heures 35 :
Appel pour savoir si il y a un docteur ou un secouriste à bord. D’autres se manifestent avant moi, ça bouge et ça s’active, ça a l’air beaucoup plus sérieux. En me retournant, je vois quelqu’un faire un massage cardiaque. Au bout d’une dizaine de minutes, ils passent en portant un homme âgé et inconscient, qu’ils installent un peu plus confortablement à l’avant et malgré le rideau tiré, je vois bien qu’ils continuent le massage cardiaque, puis c’est l’emploi du défibrillateur. Nous sommes déroutés vers Paris.
Après l’atterrissage, je vois les voitures d’urgence arriver, et les pompiers monter à bord. En les entendant discuter en français, je vois bien que mon intuition “c’est pas bon” est justifiée.
Mais la femme du monsieur est venue s’asseoir à côté de moi, vous savez, j’avais ma rangée vide, et elle refuse de se rendre compte de ce qui se passe, alors je fais semblant, je raconte n’importe quoi sur les méthodes du Samu, j’essaie d’endiguer ses montées de panique, je ne vais quand même pas lui dire, moi, que son mari est mort. Pourtant, en voyant une partie de l’équipe de secours en bas sortir tranquillement la civière, j’en suis sûre. Et je plains cette femme qui se retrouve toute seule, dans une ville étrangère, où elle ne parle même pas la langue, avec son mari mort, au lieu de partir en vacances.
Elle s’inquiète pour le retard, pour nos ennuis, elle se désole pour nous, et puis de temps en temps un grand silence, un geste des mains, quand la peur reprend le dessus… Je ne sais même pas son nom, mais je ne l’oublierai pas.

9 heures 45 :
Nous évacuons l’avion. On part en “zone de sécurité” dans Orly, nous sommes parqués dans une salle dont on ne peut pas sortir, en attendant que l’équipage de remplacement arrive. Normalement dans deux heures.

9 heures 50 :
Frictions de passagers avec la police, qui refuse même de les laisser devant la porte pour fumer. Il faudra attendre 45 minutes avant qu’arrivent des personnes qui resteront avec eux sur le trottoir, devant la salle.

9 heures 55 :
Je sais exactement où je suis, et je m’engueule un peu fortement avec le flic qui essaie de me faire croire que nous sommes dans une zone spéciale sans boutiques ni restos. Quand je lui montre l’autocollant derrière lui indiquant la direction d’un restau, j’ai comme réponse “c’est comme ça”. Mon espoir de profiter de cette escale pour trouver mon “Photo” s’évanouit.

11 heures 30 :
Cafés, boissons, et sandwiches. Je papote avec deux marocaines, qui partaient en urgence à Marrakech pour enterrer leur père. Avec le retard, la cérémonie sera finie largement avant leur arrivée. Et puis un émirati, qui vit une partie de son temps à Agadir. Le sandwiche pain de mie est bien déprimant, et le café moyen. Surtout, je m’interroge, on devait repartir au bout de deux heures, donc maintenant, et ils apportent la nourriture ? Mal barré, tout ça. Et pas un personnel responsable pour donner une information fiable.

12 heures 10 :
Le garçon qui distribuait les boissons a eu la gentillesse d’aller m’acheter mon Photo, que je brandis sous le nez du flic, en lui expliquant moyennement gentiment que ce n’est pas la peine de prendre des gens pour des cons.
Les passagers dorment ou s’énervent. D’un seul coup, l’un d’entre eux se lèvent et crie, tout seul, que c’est un scandale de les traiter comme cela, ils sont des allemands en vacances.

13 heures 30 :
Gros mouvement de foule, les bus arrivent, nous repartons. Enfin.
Une fois installés à bord, l’explication donnée par le pilote appuiera fortement sur le décès, et passera totalement sous silence le cafouillage du matin, commué en “incident technique”. Incident technique, mon oeil, il y a une personne qui a oublié d’enregistrer sur l’ordinateur que les passagers ne volaient pas.
J’appelle Bilal, pour lui dire que nous partons. Heureusement qu’il ne s’est pas levé à 4 heures du mat pour venir me chercher directement de Ouarzazate !

16 heures :
Escale - prévue - à Agadir, normalement un touch, throw and go, on laisse les passagers pour Agadir et on repart tout de suite pour Marrakech, nous abandonner et reprendre ceux qui retournent en Allemagne. Mais là, la tour de contrôle de Casablanca nous a oublié, et nous restons encore un bon quart d’heure sur le tarmac.
Et j’entends que l’arrêt à Marrakech sera plus long que prévu, car il faut prendre le temps de nettoyer l’avion, ce qui se fait normalement à Agadir…

17 heures 15 :
Avec 12 heures de retard, j’atterris enfin. Curieusement, les douaniers font très vite, ne nous arrêtent pas, tamponnent le passeport sans poser trop de questions…

17 heures 27 :
Douze minutes après être sortie de la carlingue, un record, je retrouve Bilal. Enfin je crois le retrouver… parce qu’il n’est pas là ! Il ne s’attendait plus à me voir arriver aussi rapidement, il regarde un match en ville. Je pousse mon chariot vers la sortie du parking. Ce qui est sympa au Maroc, c’est qu’on peut se poser n’importe où sans problème.

18 heures 10 :
La voiture est chargée, nous prenons la route de Tichka.

20 heures 30 :
Arrêt à Tazlida pour mon premier mechoui marocain. Le goût de la viande grillée au charbon me réconcilie avec la vie.

22 heures :
28 heures après avoir quitté mes chats, je pose enfin mes valises, et dix minutes après, je dors !

Commentaires»

1. Yves - 28 janvier 2008

Il y a des jours comme ça où on se prend à regretter de s’être levé. Des jours gluants, poissards… Heureusement, ils sont rares.

2. Marie-Aude - 28 janvier 2008

Oui. Et puis ce n’était pas moi qui avais le plus de problèmes…