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| Le
20 décembre 1848, Juliette arrive à Mostaganem. A cette
époque, tout au plus une crique à peine aménagée,
Karouba. Le 24 décembre, Ain-Noussy, où restera une partie
des colons.
Noël au chaud, dans un camp de fortune, sous les
étoiles. Enfin,
le 26 décembre, elle pose son maigre bagage dans le camp militarisé
de Mesra, la future Aboukir, à 13 kilomètres de la mer,
sur le versant sud du djebel Bou Hamara. |
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Ce sont 8 hectares pour les cultures, et 15 ares pour le jardinage. Ces cailloux et ces racines vont se transformer en champs de blé, de pommes de terre, de colza, maïs, lin, tabac, garance… en rangées de laitues, radis, … Les militaires ont
préparé des tentes, soigneusement alignées. Le
commandant répartit les familles, les terrains. Et commence à
assigner les tâches. La famille Sohn
a récupéré ses bagages. Julien a reçu une
hache, une pelle et une pioche. Le vieux Joseph soupèse les outils,
et aidera autant qu’il peut.
Mais la fatigue fait dormir très facilement le soir, et empêche les colons de trop rouspéter. On les entend un peu plus le dimanche, après la messe « On nous donne des graines, on nous dit de planter nos jardins ou ils nous seront retirés, mais on a oublié de nous faire faire les drainages, et mon jardin est inondé, tout est perdu ! » Surtout, ces premiers colons découvrent rapidement qu’aussi courageux qu’on soit, aussi dur à la tache qu’on puisse être, on ne s’improvise pas facilement paysan, surtout en plein milieu de vie. Ouvriers des villes, habitués à travailler longtemps et durement, certes…. Mais un coutelier, par exemple, passait ses douze à quatorze heures de travail quotidiennes allongé sur un banc… Et même un tailleur de pierres devait apprendre de nouveau gestes, fatiguer d’autres muscles de son dos… Je pense à Julien, qui travaillait le plâtre, maintenant cassé en deux toute la journée sur sa terre. Ayant tout à ré-apprendre, et de qui ? De militaires pas plus cultivateurs que lui… Bientôt, d’autres épreuves vont suivre. Le choléra va frapper, par exemple. L’hygiène est loin d’être parfaite dans cet Aboukir naissant, à cause des conditions d’habitation, de l’ignorance des colons, et aussi des marais proches.
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Juliette et Henri |
Je retrouve Juliette
à une date imprécise.
Disons simplement qu’un jour, le 25 avril 1862, elle donne naissance à Henri. Et qu’Henri est le fils de Juliette et de mon bisaïeul, Adrien de La Valette. Sans rentrer dans le détail de sa vie, Adrien est à cette époque un légitimiste connu, possesseur d’un journal très politique et très à droite. Après la séparation de corps de ses parents – chose assez exceptionnelle dans la bonne société catholique et royaliste de cette époque – il a été élevé seul par sa mère, qui avait le soutien du Faubourg (le Faubourg Saint-Germain, ainsi appelé parce que rien d’autre ne pouvait exister) …. Il a épousé en premières noces une fille de bonne noblesse normande, Anaïs de La Broise, laquelle est morte en 1863, sans lui donner d’héritier. Peut être
la dot d’Anaïs a été l’un des fondements de sa fortune ?
Toujours est-il qu’il a acheté un hôtel particulier dans
le Marais, vue directe sur la Seine, l’a complètement restauré,
dans un style annonciateur de Viollet-le-Duc, et mène grand-train,
affaires, canal de Suez, Compagnie Ferroviaire du Simplon, parties fines,
soirées à l’Opéra, duels et articles enfiévrés.
Je dispose de peu d’éléments sûrs pour imaginer ce qui s’est passé.
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La mère de
Juliette, Mélanie, serait resté en Algérie, où
elle serait morte en le 9 juillet 1877 à Ouled Rahmoun, près
de Constantine. Son père, lui, est mort bien plus tôt. Dans
ce petit carnet pleins de mensonges que j’ai appris à ne plus croire,
Juliette a écrit : 23 juillet 1856, mort de mon père…
En 1860, presque tous les Sohn sont à Paris. En tout cas, si j’en
crois le petit carnet, Hélène, une sœur sortie de je ne
sais où (peut être née en Algérie, peut être
Frédérika qui a changé de nom), Léo (lui aussi,
né en Algérie ? Ou bien Édouard) et Juliette.
Georges mourrait à Mexico, en Septembre 1863. Comment donc la fille d'un petit colon pauvre d'Algérie a-t-elle pu rencontrer le Comte de La Valette, fils d'un des cheveaux-légers de Charles X, et descendant des comtes de Toulouse ? Une explication raisonnable est que ma Juliette fut une de ces filles un peu faciles qui fleurissaient dans le quartier St-Georges, les lorettes tirèrent leur surmom de l'église de leur quartier de prédilection, Notre-Dame-de-Lorette devenant ainsi Sainte-Marie-des-Courtisanes ... les lorettes... cousettes, danseuses, filles fraîches et jolies qui donnaient à ces beaux messieurs des plaisirs agréables en ces temps où les affaires se traitaient dans la mousse du champagne, et le foyer de l'Opéra. Une autre explication est qu'Adrien serait allé en Algérie pour y faire des affaires, participer au grand mouvement de développement lancé par le second Empire. Il y aurait rencontré Juliette, et l'aurait rammenée en France. |
Juliette, Adrien et Henri |