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Je ne sais pas quand ma passion du voyage a commencée. J’aime le voyage pour lui-même, ce temps perdu entre deux réalités, entre deux mondes qui vivent et s’agitent sans vous, tandis que ma petite bulle avance. Temps gagné sur le temps, moments où l’on ne eut rien faire sinon rêver. J’ai beaucoup voyagé, pour mon travail comme pour mon plaisir. L’avion, le train ont perdu toute leur magie, et ne sont que des instruments banals, pas plus excitant qu’une bicyclette ou une rame de métro. Mais l’endroit où le voyage commence, la confusion stridente et colorée des bruits, des pas, la frénésie d’une ruche qui se découvrirait une dizaine de reines, qu’il s’agisse d’un aéroport, avec ses longs couloirs modernes, ses annonces impersonnelles où se rapprochent en quelques secondes Carpentras, Ouagadougou et Varsovie, reconstruisant une géographie rêvée… qu’il s’agisse d’une gare, avec ses quais incurvés, au fond, vers le départ, ses verrières immenses et salies, ses pigeons ou ses mouettes perchés sur les solives de métal noirci, et les haut-parleurs rendus incompréhensibles par l’écho… qu’il s’agisse d’un port, avec ses odeurs, ses sifflements et ses vrombissements, ses longues perspectives encombrées de grues et de containers dont l’uniformité rend le monde encore plus mystérieux … qu’il s’agisse d’un simple arrêt d’autocar, trois bancs, du macadam et de vieux horaires effacés… les lieux du départ ont gardé leur puissante magie. Lorsque je reste trop longtemps au même endroit, je vais m’y promener, pour retrouver l’effervescence deux heures de pointe, la fébrilité, les bagages accumulés, multicolores, fatigués par de longs trajets, ou, au contraire, la désertion du petit matin, quand il ne reste plus que les papiers sales, et quelques voyageurs en rade, endormis inconfortablement sur des banquettes peu accueillantes. Le monde est trop vaste pour le connaître tout entier. Je rêve de tant de destinations, je rêve de rester sur place, d’entrer dans une intimité différente, et je rêve d’aller partout, partager la chasse au faucon des nomades mongols et des derniers cheiks d’Arabie heureuse, traverser le continent Américain en pick-up, découvrir la grande barrière de corail, flâner dans les jardins d’Angleterre et sur les landes écossaises, apercevoir les bisons de la forêt polonaise, glisser dans une barque à l’embouchure du Danube, deviner le fantôme du Golem, vivre les nuits blanches et les jours noirs de Saint Pétersbourg, pêcher l’ambre après les tempêtes d’hiver sur la Baltique… Suivre les traces des grandes migrations en Afrique, sentir un souffle d’éternité dans un petit matin du Masai Mara… Quitter Bordeaux sur un cargo, arpenter les trottoirs de Buenos Ayres, et descendre à cheval la Patagonie jusqu’à la Terre de Feu… Voyages rêvés. Voyages vécus : Madison et la Huitième Avenue, Brooklyn Bridge et toute la fièvre de New York… Les rives du Saint Laurent, voir le dos des baleines à Tadoussac… Courir l’Afrique du Sud et la Namibie, 8.000 kilomètres à la poursuite d’une éclipse du soleil… Les sables de l’Egypte, les vergers de Tunisie… Vilnius, la Jérusalem du Nord, et les sables du Cur, où l’ambre se donne aux hommes… Et le Maroc, régulièrement, de pierre en sable, de medina en reg, le Maroc, sous toutes ses coutures. |